Osman Jérôme

La « détente » est un droit sacré

Crédit photo: Osman Jérôme
Crédit photo: Osman Jérôme

Que sert-il à un homme de passer toute sa vie à travailler sans un temps de délassement ? Pas de concentration, sans distraction, m’a dit un jour un prof. Et depuis, plus conscient qu’avant, j’essaie toujours de faire l’équilibre du temps entre mes sessions d’études et mes heures de décontraction.

En effet, contrairement à Haïti où les grandes vacances courent même parfois jusqu’à trois mois, ici en République Dominicaine où la majorité des universités offrent trois sessions de classe par an, les jours de congé pour un étudiant sont comptés au bout des doigts.

Finie la dernière session (mai-août), je me suis rendu en Haïti pour quelques jours de recréation. Loin des leçons à repasser, des notes à recopier, des travaux à envoyer, j’ai vécu une belle quinzaine de jours de relaxation. Entre le sable de la plage, les galantes sorties, les activités nocturnes, le tourisme local, j’ai eu un de mes meilleurs séjours en Haïti, notamment à Saint-Marc.

À la plage

Crédit photo:Osman Jérôme
Crédit photo:Osman Jérôme

Après le fastueux accueil que m’a réservé la famille, tout a véritablement commencé le dimanche 01 septembre sur le joli sable de Amani-y beach. Ce cadre ravissant situé à l’entrée sud de la cité de Nissage Saget.

Le bleu de la mer, la chaleur du sable, les filles en bikini, les gens qui se divertissent, entre deux prestiges et un plat de poisson bien épicé, je me défais de tous les soucis encombrant mon esprit trop préoccupé par les choses de la vie. Si chaque jour serait comme celui-là !

Sorties nocturnes

De nature, je n’ai pas la réputation d’être un oiseau de nuit, mais, votre ami n’est pas non plus une poule qui regagne sa basse-cour à la tombée de la nuit. Tantôt seul ou entre amis, durant ces deux semaines passées en Haïti, j’ai eu plusieurs sorties nocturnes.

La plupart des fois, c’est juste pour potiner au tour d’une table, sirotant quelques  bières ou autres boissons de valeurs sociales. Par ailleurs, on s’amuse bien aussi dans ces animations de quartier qui mettent la vie dans la ville presque tous les soirs.

Tourisme local

Ce séjour était aussi pour moi l’occasion de faire du tourisme local. J’ai passé un week-end à Mirebalais. C’était ma première visite dans cet arrondissement situé dans le département du Centre.

Le groupe Chœur d’homme céleste de l’église Adventiste temple II de Saint-Marc y était pour un concert de chants au temple Adventiste Bethléem.  J’ai été choisi comme Maitre de Cérémonie (MC). J’en ai profité pour explorer cette région du pays, dont l’économie est surtout basée  sur la culture du café, du citron vert, de la canne à sucre, du coton, entre autres.

Séjour réussi  

Plage, excursion, ballades nocturnes, en somme, c’était une quinzaine de jours de bonne distraction entre familles et amis. J’en ai joui à satiété. C’est dommage que ce ne fût pas plus long. Déjà, je reprends avec les cours cette semaine.

Après ces moments de loisir, je peux vous affirmer que, comme tous les autres droits fondamentaux liés à la personne humaine, la détente est un droit sacré. C’est moi qui vous le dis hein !

Osman Jérôme 


Jeux de la Francophonie: consécration en or pour Jean Jean Roosevelt

Jean Jean Roosevelt-Crédit photo:haitinews2000
Jean Jean Roosevelt-Crédit photo:haitinews2000

Du 7 au 15 septembre 2013, la 7eme  édition des Jeux de la Francophonie se tient à Nice, en France. Plusieurs états, dont Haïti y sont représentés. Tous partent à la recherche des médailles, de l’or surtout.

Malgré des difficultés pour le voyage, la délégation haïtienne n’a pas démérité sa participation. Notamment avec cette médaille d’or remportée par Jean Jean Roosevelt dans la catégorie « chanson ».

JJR avec sa médaille-Crédit photo: Pierre Michel Jean

En finale, le jeune artiste haïtien a surclassé Sae Lis’ du Liban, médaille d’argent et de BENEGIHANGA du Rwanda, médaille de bronze.

Cette victoire est une autre consécration pour ce talentueux compositeur, interprète, chanteur de charme, déjà honoré en d’autres circonstances pour l’immensité de son talent.

Jean Jean Roosevelt, un artiste confirmé

Jean Jean Roosevelt : un nom, une voix, une figure représentative de la chanson haïtienne depuis quelques années. Avec trois albums (Recommence, 2007, Pinga, 2009, Y a danger, 2012) les uns plus intéressants, plus éclectiques que les autres, ce natif de Jérémie traîne déjà derrière lui une intéressante carrière musicale qui lui a valu une belle popularité, non seulement en Haïti, mais aussi dans plusieurs régions de la métropole française où il est souvent en spectacles.

L’interprète de « Donnez le monde aux femmes » est un artiste, un vrai. L’expression de sa musique est un engagement pour le respect de la dignité humaine, une plaidoirie pour la cause des enfants, un hymne à la femme, entre autres.

La qualité de ses textes, l’essence de sa musique, le charme de sa voix, son humour captivant…JJR est d’une admiration sans borne. Aujourd’hui, Haïti entière se tient debout pour lui dire merci pour cette médaille, synonyme d’une fierté dessinée en lettres d’or sur le visage de chaque Haïtien dans le monde.

Osman Jérôme

 


Premier autobus fabriqué en Haïti

Crédit photo: Le Nouvelliste
Crédit photo: Le Nouvelliste

La nouvelle a fait forte sensation. Jeudi, 22 août, la présentation officielle de l’appareil a crée du buzz. Le premier autocar fabriqué en Haïti vient d’être sorti. Le pays vit un moment de grande fierté.

Le coût financier de cet accomplissement de Jean-Paul Coutard est 160.000 dollars américains. Le jeune de 30 ans dit avoir pris 7  ans pour la conception et la réalisation de ce rêve dont il nourrit depuis son enfance.

Appareils électroniques modernes, téléviseurs, cameras électroniques, commodités sanitaires, l’autobus de 57 sièges inclinables a tout ce qu’il faut pour garantir le bien-être des passagers.

 « Coutard », une fierté!

Crédit photo: Le Nouvelliste
Crédit photo: Le Nouvelliste

Conscient de l’importance d’une telle réalisation, le gouvernement haïtien, par la voix de son ministre du Commerce et de l’Industrie, monsieur Wilson Laleau, promet son appui au jeune constructeur.

C’est plus qu’encouragent. Car, cette fière création est un appel de plus à encadrer les jeunes Haïtiens qui, parfois, n’ont besoin que ça pour faire valoir leurs potentialités intrinsèques.Je vous assure qu’il y a d’autres Jean-Paul Coutard dans le pays. Ils pourront bien faire au tant dans d’autres domaines spécifiques.

En tout cas, en attendant que le mieux soit fait, désormais, Haïti a sa propre marque de voiture; elle s’appelle « Coutard », soit le nom de son constructeur.

En attendant que Coutard Motors arrive avec d’autres productions, le premier autobus made in Haïti va assurer ; le trajet Port-au-Prince/Port-de-Paix.

Osman Jérôme 


Un « DictionnArt » pour le journalisme en Haïti

« dictionnArt »: Page de couverture
« dictionnArt »: Page de couverture

À chacun son métier. À chaque métier son langage. Le journalisme, comme toutes autres activités professionnelles a son propre jargon. Donc, il y a une manière de s’exprimer, une façon de faire.

Être journaliste exige une certaine formation liée à ce domaine. En Haïti, certains sont conscients, d’autres s’en narguent royalement. Et comme ça, on est tombé dans un charlatanisme insupportable.

Par vocation ou circonstance, de jour en jour, beaucoup plus de jeunes sont devenus animateurs de radio, présentateurs de télévision, critiques d’art en Haïti. Ils offrent leurs services à la communauté. Certains sont des professionnels, d’autres pataugent dans un amateurisme avilissant. Les lacunes, les improvisations sont trop flagrantes.

Animation à la radio, présentation à la télévision, réalisation des interviews, retransmission des activités sociales, le manque de professionnalisme a souvent eu gain de cause de nos jeunes journalistes culturels. Pour n’avoir pas été formés, ils débitent souvent n’importe quoi.

Un « dictionnArt » comme aide

Pour être à la hauteur de son travail en tant que journaliste (culturel), la meilleure chose est de se former. Se former à l’école, avoir un modèle, mais surtout se faire ami des livres.

En effet, conscient du phénomène, Johny Célicourt aka Djecee, veut à sa façon, apporter sa pierre à l’amélioration de la pratique du journalisme culturel en Haïti.

Il dispose d’une solide formation universitaire en Communication et Formation à Distance acquise en Haïti, Canada et aux Etats-Unis. Rédacteur en chef de www.kitelmache.net,  critique d’art, Djecee a déjà fait son nom dans le milieu. Il est surtout apprécié pour son écriture bien soignée et l’acidité de ses critiques sur l’industrie musicale haïtienne. En fait, c’est un modèle pour beaucoup de jeunes qui louent son travail dans la presse people locale.

Dans le souci d’aider ceux qui veulent peaufiner leur style, leur langage et leur écriture dans la profession du  journalisme (culturel), l’animateur vedette de Mardi Alternative propose « dictionnArt » (Petit Lexique du Journalisme Culturel).

L’accent de cet ouvrage didactique est surtout porté sur les termes techniques à employer dans les différentes situations de la pratique journalistique. D’ailleurs par ce titre, qui aura un volume II, Djecee entend contribuer à la professionnalisation de ce métier dans le pays.

« DictionnArt », c’est écrire bien, parler mieux.

 Osman Jérôme


Top 10 des plus grands auteurs haïtiens

Anténor Firmin-source : Le Nouvelliste
Anténor Firmin-source : Le Nouvelliste

Depuis la prise de son indépendance, bientôt 210 ans de ça, la société haïtienne a fait expérience de plusieurs mouvements littéraires. De brillants intellectuels, Haïti en a beaucoup produit.

Les écoles de pensée se suivent, les courants théoriques se succèdent, l’intelligentsia haïtienne reste égale à elle-même. Même si parfois, on sent un manque d’implication publique de certains écrivains contemporains.

Des Prix, des Distinctions, des récompenses, des nominations, les femmes et les hommes de lettres haïtiens ont souvent fait preuve de pensées élégantes. De Joseph Anténor Firmin à Dany Laferrière, faire un classement des 10 plus grands auteurs haïtiens n’est pas une mince affaire. Dieu seul sait, combien d’éminents intellectuels qu’a produits ce pays.

Rigueur scientifique, rationalité, subjectivité, peu importe les méthodes employées, cela va soulever de toutes façons des réactions contraires. C’est une évidence. Surtout quand il s’agit parfois de goût ou de préférence.

En effet, même s’il s’agit en partie des données combinées, pour donner une allure plus ou moins objective à mon travail, j’ai élaboré trois critères de sélection que voici :

1-  Personnalité de l’auteur.

2-  Originalité de ses œuvres.

3-  Implication sociale ou politique.

Et voici, madame, monsieur, mon classement des 10 plus grands auteurs haïtiens :

1-  Joseph Anténor Firmin (1850-1911)

Homme politique, écrivain, Joseph Anténor Firmin demeure l’un des plus grands érudits haïtiens de tous les temps. Il contribue toute sa vie d’homme à combattre les inégalités. Et pour mieux comprendre son combat anti-racial, vous devez surtout lire son chef-d’œuvre De l’Egalité des Races Humaines, publié en 1855. Un titre qui, durant le 19e siècle a eu un grand impact sur l’opinion nationale et internationale.

Cet ouvrage est une réplique scientifique à Arthur de Gobineau qui, peu de temps avant a publié une œuvre tout aussi monumentale Essaie sur l’inégalité des races humaines.  Avec un air raciste, ce fils de la noblesse française tente d’établir les différences séparant les races humaines.

Dans tous ses écrits, Firmin a toujours fait preuve d’une érudition palpable.

2-  Louis Joseph Janvier (1855-1991)

Membre de la Société d’Anthropologie de Paris, Louis Joseph Janvier est un auteur prolifique. Il  fait toujours usage de ses forces intellectuelles pour s’opposer avec véhémence à des idées négatives portées sur son pays.

En 1883, Dans La République d’Haïti et ses visiteurs, il s’en prend à ceux qui assimilent Haïti à un « îlot de sauvagerie » (pour reprendre le mot de Jacques-Stephen Alexis dans L’Espace d’un Cillement).

3-  Justin Lhérisson (1873-1907)

Durant ses 34 ans de vie, Justin Lhérisson a eu quand même le temps de faire valoir le sens de ses critiques concentrées et sublimées. Poète, journaliste, il est l’auteur de la Dessalinienne, l’hymne national d’Haïti.

Pour bien vendre ses potentialités intellectuelles, Justin Lhérisson utilise souvent la parabole et la litote. Il est surtout connu pour avoir introduit les « lodyans » (audiences) dans la littérature nationale. L’audience chez Lhérisson est de raconter l’haïtien à l’haïtienne. Il s’en est bien inspiré dans ses deux œuvres majeures (deux audiences): La Famille des Pitite-Caille (1905) et Zoune chez sa ninnaine (1906).

4-  Jean-Price Mars (1876 – 1969)

Médecin, ethnographe, diplomate, pédagogue, ce natif de la Grande-Rivière du Nord (Haïti) est considéré comme le principal maître à penser haïtien du XXe siècle. Ancien de la Sorbonne, pionnier de la Négritude, dans son ouvrage majeur Ainsi parla l’oncle (1928), Mars étudie les fondements à la fois historiques et folkloriques de la culture haïtienne.

En 1959, l’Académie Française lui a accordé un prix spécial qui distingue l’ensemble de son œuvre.

5–  Jacques Roumain (1907-1944)

Fondateur du Parti Communiste Haïtien, cet observateur habile se classe dans la catégorie des écrivains haïtiens les plus lus et les plus connus. Son chef-d’œuvre, le roman Gouverneurs de la rosée, traduit en 17 langues.

Romancier, poète, anthropologue, journaliste, le fondateur du Bureau d’Ethnologie en Haïti dédie sa vie à lutter pour la liberté et la dignité de son peuple.

6-  Félix Morisseau-Leroy (1912-1998)

Auteur bilingue (français-créole), il occupe une place de choix dans le corpus littéraire haïtien. Il est l’un des promoteurs les plus importants de la langue créole. Son recueil Dyakout I, paru en 1953, constitue l’œuvre fondatrice de la nouvelle littérature créole. Il entreprend la traduction d’une série d’œuvres classiques afin de montrer la richesse du créole: Antigone de Sophocle, 1953, Wa Kreyon, 1953.

7-  Jacques Stéphen Alexis (1922-1961)

Jacques S. Alexis, écrivain mythique de la littérature haïtienne, dont la réputation a troué le temps et les frontières. L’auteur a une  imagination qui se complaît dans le merveilleux, qui confond rêve et réalité. Son premier roman, Compère Général Soleil  (1955) a connu un succès immédiat.

Médecin, écrivain, l’auteur de Romanceros aux Etoiles (1960) est aussi populaire pour ses prises de position politiques contre la dictature, ainsi que pour sa nouvelle définition d’un réalisme magique proprement créole. 

8-  René Depestre (1926 à aujourd’hui)

Révolutionnaire dans l’âme, ami de Pablo Neruda, de Che Guevara, Depestre passe toute sa vie à  combattre la dictature, non seulement en Haïti, mais dans d’autres pays de la région. Il fait partie des dirigeants du mouvement étudiant révolutionnaire de janvier 1946, qui parvient à renverser le président Élie Lescot.

Son recueil de poésie le plus célèbre est sans doute Un arc-en-ciel pour l’Occident chrétien (1967) où se mêlent politique, érotisme, et vaudou, des thèmes qui traversent toute son œuvre. Depestre a eu le talent de surprendre toujours ses lecteurs par la musicalité des ses mots et une poésie imagée.

Ses œuvres lui ont valu plusieurs Distinctions, dont le Prix Goncourt de la Nouvelle en 1982.

9-  Frankétienne (1936 à aujourd’hui)

Poète, dramaturge, romancier, comédien et peintre, Frankétienne est un artiste complet. Il fonde en 1968 avec René Philoctète et Jean-Claude Fignolé « la Spirale », qui prône l’art total en mélangeant les genres romanesque, théâtral et poétique (Spiralisme).

On reconnait à Frank la force des ses mots, l’invention  des mondes. C’est sa marque de fabrique d’ailleurs. Chacune de ses œuvres est une collection de savoirs dans l’histoire contemporaine haïtienne. Son œuvre dépasse aujourd’hui les frontières haïtiennes et fait l’objet de nombreux travaux universitaires.   L’auteur de « Melovivi » vient de faire son entrée dans l’édition 2014 du Petit Larousse.

10–  Dany Laferrière (1953-à aujourd’hui)

Un écrivain qui a toujours su comment capter l’attention des lecteurs par la magie de ses mots bien balancés. Son intelligence extraordinaire.

Son premier roman, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985) est un énorme succès international. Et depuis, Dany n’a cessé de faire valoir ses potentialités pour les lettres. Édités en France chez Grasset, les livres de Dany Laferrière ont été traduits dans une douzaine de langues, dont le coréen et le polonais.

Aujourd’hui, Dany est une figure remarquable, non seulement de la littérature haïtienne et québécoise, mais celle du monde entier. Des récompenses, des Distinctions, des Prix, il n’en manque pas du tout. Après Larousse en 2012, le voilà en 2013 dans le prestigieux Petit Robert. Une nouvelle consécration pour cet auteur à la simplicité significative.

Maintenant, vous qui connaissez un peu la littérature haïtienne, qui lisez des auteurs haïtiens, quel nom a manqué a ce classement selon vous ?

Osman Jérôme


Saint-Marc et son nouveau visage

Place Philippe Guerrier de Saint-Marc (C) : Walkens Pierre-Louis

Sur la carte géographique d’Haïti, Saint-Marc n’est plus à présenter. En matière de loisirs, d’hospitalité et de commerce, cet arrondissement placé au cœur du département de l’Artibonite a déjà fait son nom.

La ville est située à environ une centaine km de Port-au-Prince. Un port commercial très fréquenté, des plages qui séduisent, des équipes de foot qui s’imposent, des sites historiques à visiter, des week-ends de spectacle, la cité de Nissage Saget a toujours été une destination touristique et commerciale très prisée.

Cependant, loin de toutes ces potentialités, la capitale du bas-Artibonite souffre pendant longtemps d’un manque d’infrastructure qui ne fait point honneur à sa réputation.

 Le nouveau visage

Certains efforts commencent par être consentis pour redorer le blason de la ville. Depuis quelque temps, certains recoins de l’agglomération affichent désormais un nouveau visage. La ville se défait pour se refaire.

L’assainissement de plusieurs rues, réparation de certaines routes, « l’adoquinage » de plusieurs zones. Les Saint-Marcois ont de quoi s’exalter. La ville est sur le point de retrouver sa jeunesse et sa beauté.

L’une des plus grandes satisfactions des Saint-Marcois est sans doute, la rénovation complète de la place Philippe Guerrier. Un espace très fréquenté, notamment par les jeunes.

Place Philippe Guerrier de Saint-Marc © Ironce Rampart
Place Philippe Guerrier de Saint-Marc © Ironce Rampart

En effet, après quelques mois de fermeture pour des travaux d’aménagement, ce site sera de nouveau accessible aux visiteurs qui s’y rendent souvent pour un petit moment de détente.

En attendant que l’équation du black-out soit résolue, les citoyens sont appelés à protéger les acquis, faire preuve de propreté, en gardant la ville avec toute sa fraicheur.

Osman Jérôme


Haïti: après le carnaval, retour à la réalité

Photo : Osman
Photo : Osman

Ceux qui adorent les ambiances mondaines, ne peuvent pas se plaindre ces temps-ci en Haïti. Le Président Michel Martelly pense bien à eux. Car depuis sa prise de pouvoir, il y a déjà deux ans de ça, l’ancienne vedette de Sweet Micky s’investit avec joie dans une politique de divertissement sans précédent.

Pétition signéemanifestations organisées. Pour ou contre, du 28 au 30 juillet, le carnaval des fleurs, soit le deuxième carnaval de l’année, a eu bien lieu à Port-au-Prince. Comme l’aurait souhaité le premier citoyen de la nation.

Et qui sait, durant ces trois jours gras, combien de peine et de soucis de la vie se sont noyés dans les déhanchements et les bousculades des fêtards.

C’était le rendez-vous où que des milliers de gens se donnaient vivement pendant trois jours d’ambiance à haut débit, offerts gratuitement au Champ-de-Mars.

Deux morts, des centaines de blessés, des bandes à pieds et des chars allégoriques défilant pendant trois jours, voilà en gros, le bilan pour les quelques 97 millions de gourdes décaissées pour l’organisation de ces festivités.

 Et après ?

Les dirigeants, semblent ne pas trop avoir réfléchi là-dessus. Le carnaval des fleurs n’était juste qu’une parenthèse dans la vie du peuple haïtien. Ce dernier qui adore bien se défouler.

Cependant, trois jours de bamboche n’auraient jamais été suffisants pour cacher sous des masques, la dure réalité d’une population qui cherche encore une lueur d’espoir dans une grotte de difficultés.

Aujourd’hui, nous avons une République qui trémule face à des enjeux socio-politiques très coriaces: l’affaire Jean Serge Joseph, un juge récemment décédé dans des conditions suspectes. Un dossier sensationnel dans lequel la présidence serait impliquée.

Urgence électorale : aujourd’hui plus que jamais, la réalisation des prochaines élections sénatoriales et municipales à la fin de l’année est comme une épée de Damoclès sur la tête du gouvernement. D’ailleurs, le mot d’ordre est lancé ; élections ou démissions.

Donc, fini les trois jours gras, retour à la réalité. Une réalité qui, de toute évidence, n’est point rose ni pour le pays ni pour les dirigeants.

Osman Jérôme


Solidarité haïtienne

Crédit photo : https://donttouchmymoleskine.wordpress.com/page/8/
Crédit photo : https://donttouchmymoleskine.wordpress.com

Alain Fournier a eu raison de dire que :   « La solidarité, c’est d’être égoïste ensemble. »  Et dans une certaine mesure, je dirais que cette citation colle bien aux Haïtiens. Car, la solidarité, vue comme interaction humaine,  est présente dans le vivre ensemble du peuple haïtien.

L’Haïtien est un peuple solidaire, très solidaire. Et cette fraternité se manifeste dans sa quotidienneté. On dirait que l’Haïtien authentique serait né avec une belle paire de chromosomes de solidarité dans sa structure biologique.

L’union fait la force, c’est la devise de la République. Et cette cohésion sociale, les Haïtiens en ont souvent fait preuve, surtout dans les moments de déboires.

En effet, pour parler de la solidarité en Haïti, il faut remonter la fulgurante histoire du pays. Ce qu’on ne pourra pas faire dans un seul billet.

Mais, on peut tout de même rappeler que, pour gagner leur indépendance des mains des Colons, les Indigènes ont unifié, conjugué leurs forces pour se débarrasser du joug de l’esclavagiste. Cet esprit de corps a fait d’Haïti, la première République Noire indépendante du monde.

Dans certaines variantes de la vie quotidienne, l’Haïtien a souvent fait preuve d’un esprit de réciprocité sans égal. Par exemple, dans le département de l’Artibonite d’où je suis, il y a ce qu’on appelle le « konbit ». Cette activité consiste à réunir des planteurs d’un champ de riz par exemple, sur la plantation d’un d’entre eux pour faire le travail de ce dernier. Donc, c’est comme un prêt. Et comme ça, aucun planteur du clan ne payera un centime pour préparer son jardin. Il va compter sur la main d’œuvre des autres habitants du bourg, à qui il aura aussi prêté ses services. Quelle convivialité !

Je ne veux pas être trop long, m’éternisant dans tous les aspects de la solidarité du peuple haïtien, mais laissez-moi revenir sur deux cas qui ont particulièrement marqué mon attention durant cette année: le phénomène Kita Nago et le récent marathon au profit de la sélection nationale de football.

 Kita Nago

Du 1er au 27 janvier 2013, du Sud-Ouest à Nord-Ouest, soit un trajet de 700 km, environ 4 millions d’Haïtiens (la population générale est environ 10 millions) ont marché dans les rues, transportant un tronc d’arbre de 500 kilos, traversant le pays d’un bout à l’autre.

Si l’on croit Harry Nicolas, le principal initiateur de ce mouvement, le but était de prouver une fois de plus que les Haïtiens peuvent toujours s’unir pour un objectif commun. Donc, la solidarité haïtienne est encore là. Et on l’a vue tout au long de cette caravane, s’étendant presque sur un mois.

Football-marathon

Récemment, la sélection nationale de football a participé à la dernière édition de la Gold Cup. Pour venir en aide (financièrement) aux Grenadiers, un marathon a été organisé. Et les Haïtiens ont encore fait preuve d’une grande solidarité. 48h seulement auraient été suffisantes pour ramasser plus de 11 millions de Gourdes pour la cause du onze national.

Mais malheureusement, les joueurs n’ont pas été à la hauteur pour satisfaire l’attente du public, qui espérait une meilleure présentation de son équipe. N’empêche que le soutien est toujours là.

 Profitez de la solidarité

En effet, après la démonstration pour l’équipe nationale, certaines voix s’élèvent pour un marathon pour la reconstruction du palais national, toujours par terre depuis le cataclysme du 12 janvier 2010.

Car, de toute évidence, toutes les promesses faites par les amis d’Haïti pour la reconstruction de ce bâtiment historique, sont restées des paroles en l’air. L’atterrissage semble bloquer quelque part.

Comme Haïti aux Haïtiens ?

Il serait donc mieux que le peuple soit impliqué directement dans la reconstruction de son palais national qui, aujourd’hui n’existe que de nom, ont suggéré certains observateurs.

D’ailleurs, si la solidarité est là, pourquoi ne pas en profiter ?

Bien à vous, chers décideurs.

Osman Jérôme


Saint-Marc et ses chaînes de télévision, quel gâchis

Crédit : pixabay.com
Crédit : pixabay.com

Certaines situations appellent à la conscience. D’autres suscitent la réflexion. En effet, après le cas des stations de radio évoqué ici, cela fait bien des temps que j’ai eu l’idée de partager avec vous ce titre, dont le contenu est consacré à l’invasion pour le moins inquiétante d’une série de chaînes de télévision à Saint-Marc.

Dynasty TV, Télé Quisqueya, Star Vision, Savannah, Télé Satellite. Peu de temps avant, on pouvait compter au bout des doigts les chaines de télédiffusion qui desservaient la population saint-marcoise.

Tant bien que mal, chacune, par la diversité de sa programmation, offrait ses services à la communauté. Même si la satisfaction était loin de combler en termes de qualité.

En fait, on pouvait remarquer un certain amateurisme, suinté dans le mode de travail de ces médias audiovisuels. La qualité médiocre du son, la diffusion des images mal soignées, l’incompétence de certains travailleurs. Les amants des petits écrans espèraient toujours à quelque chose de nouveau.

 En mode Radio-télé

Nous sommes au début des années 2010. Comme c’était déjà le cas à Port-au-Prince, plusieurs patrons de stations de radio à Saint-Marc veulent avoir une chaine de télévision en complémentarité à la fréquence modulée (FM). Et depuis, les nouvelles chaines ne cessent d’émettre sur la ville.

En cas de besoin, je vous laisse une petite liste: Dynasty canal 9, Quisqueya (5), LJS (7), Télé Saint-Marc (28), Télé Artibo (22), Télé Amani-y (13), Télé Delta (15), Télé Evolution (47), TVNS (20), Télé Dynamic (4), Télé Continental (2). Franchement ce n’est pas trop pour un arrondissement comme Saint-Marc.

 Du nouveau sans nouveauté

À regarder fonctionner ces médias, on comprend vite que, si la quantité est là, la qualité est bien ailleurs. Car, ceux-là qui espéraient à un changement dans le mode de travail de ces médias audiovisuels, se sont grandement gourés. Dérive totale.

À part deux d’entre elles qui essayent de se détacher du lot par leur programmation et la qualité des images diffusées, on peut bien se demander si les propriétaires de ces organes de presse ne se trompent pas de ce qu’ils voulaient réellement faire ?

Presque rien de nouveau  comme programmation. Sinon, les mêmes habitudes se poursuivent; des feuilletons télévisés à longueur de journée, des retransmissions des matches de foot international, des films haïtiens et étrangers en continue, des clips sans répit. C’est tout.

D’autre part, aujourd’hui, tout le monde fait du feuilleton télévisé à Saint-Marc.  Par conséquent, les petits écrans sont pollués par une forme de comédie, dite paysanne. Mais au fond, ce n’est qu’une insulte à l’art. De la pure niaiserie. Donc, du genre débile.

L’inquiétude

Combien de ces chaines de télévision ont une grille de programmation? Combien sont dotées d’une salle des nouvelles, ? Combien restent allumées au moins 12h/24h ? Combien sont reconnues par le CONATEL (Conseil National des Télécommunications) ? Je vous fais pitié des réponses. Car, ce n’est pas du tout sérieux.

L’idée est bonne, mais l’action est mauvaise? Certes, je comprends bien l’intention de ces patrons de presse de doter la ville de tous ces moyens de communication, cependant, comme dirait l’autre : « Tout ce qui se mérite d’être fait, vaut la peine d’être bien fait ». Sinon, épargnez-nous de l’inutilité, please.

Osman Jérôme


Haïti à l’heure des manifestations contre l’homosexualité

Crédit photo : noulive.com
Crédit photo : noulive.com

Port-au-Prince, 19 juillet 2013. Comme prévu, aux environs de 9h30 AM, plusieurs centaines de citoyens gagnent des rues de la capitale. Ils répondent à l’appel de plusieurs secteurs des églises protestantes pour une marche contre les pratiques homosexuelles en Haïti.

Car, selon des rumeurs circulant depuis quelques  jours dans la capitale haïtienne, il y aurait un projet de loi déposé au parlement, visant à légaliser le mariage de deux personnes de même sexe en Haïti.

Au cœur de la manifestation

Un homme, une femme, oui-Crédit photo : Richarson Dorvil
Un homme, une femme, oui-Crédit photo : Richarson Dorvil

Pacifiquement, la manif débute. Tant que les minutes s’égrainent, la foule devient plus grande. Aba masisi (gay), aba madivine (lesbienne), un homme et une femme, pouvait-on lire dans divers pancartes portées par les manifestants.

Bibles, livres de chants en main, versets au bout des lèvres, propos homophobes à l’ endroit des homos, les protestataires parcourent diverses rues de la capitale avant de s’arrêter au Bicentenaire.

Là, devant le parlement, les organisateurs  livrent un message aux parlementaires. Ils lancent une mise en garde aux membres du grand corps quant à une éventuelle proposition de loi, visant à officialiser les activités des homosexuels sur le territoire.

Pour l’ancien commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Maître Jean Renel Cénatus qui prend part à cette manif, la République ne doit pas suivre l’exemple de certaines grandes puissances mondiales, ayant déjà officialisé le mariage pour tous.

L’homme de loi qui s’était fait populaire dans sa lutte contre la dépravation juvénile à Port-au-Prince est clair : « Le mariage homosexuel est une forme de délinquance qui affectera la relève sociale du pays. Donc, pas de question que le pays entre dans ce dynamisme social », prévient-il.

Y a-t-il vraiment un projet de loi à ce sujet ?

Jean Tolbert Alexi, président de la chambre basse a coupé court à toutes rumeurs sur un quelconque projet de loi déposé au parlement au profit des homosexuels.

Pour le parlementaire qui se vante de sa foi chrétienne, au tant qu’il sera membre de l’assemblée nationale, pas de question de voter une telle loi. D’ailleurs, l’homosexualité est une abomination, a-t-il vociféré.

Le député Jean René Lochard abonde dans le même sens. L’élu de la deuxième circonscription de Port-au-Prince dit appuyer à 100% tous les mouvements contre la prostitution et l’homosexualité dans le pays.

Le parlementaire en a profité pour appeler toutes les forces vives de la nation à se joindre aux leaders religieux dans la lutte contre l’homosexualité dans le pays.



Violences physiques, agressions verbales

La manif de ce vendredi qui, apparemment a donné l’air d’être passive au départ, a donc pourtant laissé quelques incidents regrettables. Deux individus soupçonnés d’être homos auraient été battus jusqu’à la mort au terme de la marche.

D’autre part, selon ce qu’a rapporté l’agence de presse en ligne Alterpresse, Amélie Baron, la correspondante permanente de RFI à Port-au-Prince  a été le cible de plusieurs manifestants qui lui ont lancé des sales propos « Tu es malsaine, une abomination, le diable venu corrompre Haïti … », ont-ils pesté à l’endroit de la journaliste , dont le pays, la France, a légitimé le mariage homosexuel.

A l’autre bout de la frontière

Entre-temps, à l’autre bout de la frontière se tiennent debout les partisans des pratiques homosexuelles. Ces organismes qui plaident en faveur de la liberté individuelle, se disent très préoccuper par ces mouvements anti-gay qui se développent sournoisement en Haïti.

Les responsables craignent que cela ne se débouche pas sur des persécutions contre les gays et les lesbiennes dans le pays.

Pour Charlot Jeudy, président de KOURAJ, une organisation homosexuelle, l’Etat et la communauté internationale doivent prendre leurs responsabilités dans cette affaire, surtout garantir les droits des homos. Car comme tout le monde, ils doivent jouir de leurs droits et de leur liberté, dit-il.

Par ailleurs, monsieur Jeudy appelle la population à faire preuve de tolérance, l’invitant ainsi à respecter l’orientation sexuelle des individus.

Entre pour ou contre, la population haïtienne est divisée quand à l’officialisation de l’homosexualité dans le pays. Certains parlent du respect de la liberté individuelle, d’autres plaident en faveur du respect de la moralité.

La balle est bien lancée.

Osman Jérôme