Haïti, dans l’impasse d’une politique fantaisiste

10 novembre 2013

Haïti, dans l’impasse d’une politique fantaisiste

Michel Martelly, Jean Tholbert Alexis et Desras Simon Dieuseul (présidents des deux chambres). Source : Le Nouvelliste
Michel Martelly, Jean Tholbert Alexis et Desras Simon Dieuseul (présidents des deux chambres) (Source : Le Nouvelliste)

Liberté-Égalité-Fraternité: Haïti, République des politicards.

Dans toutes sociétés plus ou moins évoluées, la politique, prise comme « Art et pratique du gouvernement des sociétés humaines » [Le Petit Robert de la langue française, version 2006],  est un outil de développement. Un garant de paix et de sécurité (sociale et économique). Mais non une espèce de rétorsion.

Œuvre du désir, du sentiment, de l’émotion, de la connaissance de l’homme, aucun système politique du monde n’est parfait. Certains sont plus corrompus, plus ridicules que d’autres.

Comme dans les autres pays du monde, nous autres en Haïti, nous avons notre propre façon de faire la politique. Oui, une manière traditionnelle, fortement estampillée par le sceau du risible. En fait, une politique fantaisiste depuis quelque temps.

 Des éternels opposants

Dépendamment de la société, les motifs d’une carrière en politique sont divers : se mettre au service de sa communauté, participer à l’émergence de son pays, donner corps à une nouvelle aventure, entre autres.

Cependant, loin de toutes ces raisons, ici en Haïti, il y a aussi ceux qui se versent dans la politique pour faire fortune et/ou assouvir leur mégalomanie excessive. Derrière chaque homme politique, se cache une ambition. Même si ce n’est pas toujours la bonne.

Donc, une fois au pouvoir, ces politicards font des acquis de l’État, leurs biens privés. Ils ne veulent surtout pas se séparer de leur titre honorifique et bénéfique. Le pouvoir politique en Haïti est une obsession. Tout le monde veut y accéder. Pour faire quoi ?

Dans « Regards sur le monde actuel« , Paul Valéry avait raison de dire que : « La politique consiste dans la volonté de conquête et de conservation du pouvoir ; elle exige, par conséquent, une action de contrainte ou d’illusion sur les esprits, qui sont la matière de tout pouvoir. »

En effet, pour contrecarrer tout régime qui veut ériger le totalitarisme, gouverner dans le désordre institutionnel, de 1985 à aujourd’hui, Haïti a connu plusieurs soulèvements historiques.

Entre-temps, il y a des noms, des familles qui deviennent tout simplement des célébrités de la politique haïtienne. Tantôt pour, tantôt contre, ils sont au cœur de tous les mouvements. D’ailleurs, l’important c’est d’être là ?

Je vous fais donc pitié de citer des noms, mais la scène politique haïtienne de ces dernières années, a toujours connu les mêmes visages, les mêmes acteurs. Et presque toujours avec le même statut d’opposant.

En fait, parallèlement à ces éternels opposants, il existe aussi un groupe qui se laisse toujours porter par le courant politique du moment. Adversaires d’hier, partisans d’aujourd’hui. Il n’a rien à perdre. D’ailleurs, le ridicule ne tue pas.

 À l’ère de Michel Martelly

Ancien chanteur (populaire, controversé), devenu Président de la République, Michel Joseph Martelly incarne, ce que certains qualifieraient d’échec de la classe politique haïtienne, trop usitée, trop moribonde.

En effet, comme pour respecter le rituel, au lendemain même de sa prestation de nouveau locataire du palais national, l’ancien homme fort du Champ-de-Mars,  était déjà dans le collimateur de l’opposition politique.

Et depuis, c’est une opposition farouche qui profite de chaque dérive du nouveau gouvernement pour exprimer ses griefs.

Opposants politiques ou personnels ? Peu importe, mais aux yeux de certains observateurs, cette opposition est plutôt clinquante dans ses démarches. On se souvient encore de la question de la double nationalité du premier mandataire de la nation. Bof 🙂

Les principaux leaders de l’opposition, véritables victimes des invectives répétées du chef de État, ne vont pas par quatre chemins ; ils réclament désormais la démission de l’homme « tèt kale » (crane rasé).

Frustration, émotion, les écarts de langage, ponctués parfois de menaces virulentes entre le Président du pays et certains membres de l’opposition politique, dont des parlementaires, rappellent étrangement les années de gloire de « Sweet Micky », quand il était président du Compas.

Depuis quelque temps, pour diverses causes, c’est le bras de fer entre le pouvoir exécutif et législatif. Les échanges entre les deux pouvoirs sont plus grivois que politiques. L’arrogance a souvent eu gain de cause sur la raison.

Provocations gratuites, propos obscènes, les insultes viennent de part et d’autre. Le comble de l’hystérie !

Aujourd’hui, on est face à une situation où les valeurs et les idéologies politiques sont foulées aux pieds d’une ignorance sans cesse grandissante et avilissante.

La politique est un jeu à grandes conséquences, rares sont les politiciens haïtiens qui s’en rendent compte vraiment.  Leurs comportements irresponsables en disent long. Et voilà aujourd’hui, presqu’aucune figure politique n’est digne de confiance en Haïti.

Et voilà à quelle politique propagandiste on assiste ces derniers temps au pays de Jean-Jacques Dessalines. Et vous savez, le hic dans tout ça, c’est qu’il faut attendre que le peuple paye encore, paye toujours les conséquences des inconséquences des hommes politiques. Malheureusement !

Osman Jérôme 

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Commentaires

Josiane Kouagheu
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Osman, en lisant ce texte, j'ai l'impression que Haïti et le Cameroun ne sont qu'une et même nation. A la différence prêt que, chez nous, notre président a dejà passé 31 ans au pouvoir. C'est comme la marque de fabrique des chefs d'Etat des pays pauvres. Osman, et le peuple paie toujours, oui, c’est qu’il faut attendre que le peuple paye encore, paye toujours les conséquences des inconséquences des hommes politiques. Je paie à ma manière!

Osman
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C'est qui est plus révoltant dans le cas d'Haiti, Josiane, c'est qu'il n'existe vraiment pas une "opposition" sérieuse avec des nouvelles alternatives. Tout le monde veut accéder au pouvoir au profit des petits intérêts mesquins.

Valéry Moise
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Osman, je voudrais d'abord te présenter mes hommages de t’intéresser à la chose politique de ce qui nous reste de pays. Beaucoup, déjà trop d'ailleurs, ont abandonné, gagné par le découragement utilisé comme stratégie de bataille par ceux qui ne peuvent être que des politiciens en minuscule.Par contre, je me pose certaines questions. Quelle est la responsabilité du peuple dans son malheur récurrent? Est-il condamné à toujours se comporter en mineur?Réponds moi si la Lumière t’éclaire.

Osman
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Tout d’abord, je dois te dire que, je suis flatté pour l’intérêt que tu portes à ma réflexion, Dr. Comme toi, nous faisons de notre mieux avec nos plumes pour apporter notre pierre de contribution à l’édifice de cette Autre Haïti, que nous espérons tous.
Tu m’as posé deux questions auxquelles, il demande une certaine Lumière pour répondre. Néanmoins, le peu que je puisse dire, la notion de responsabilité fait tout bonnement défaut à l’Haïtien de notre temps, vivant dans un individualisme agressif. Je me dis toujours que, si le « Peuple » reconnait vraiment ses responsabilités face à la construction et à l’avenir du pays, peut-être, on ne serait pas là aujourd’hui. Malheureusement, un peuple qui souffre de l’amnésie, est condamné à répéter les mêmes bêtises du passé. Et Haïti est un exemple flagrant. Mais, je suis persuadé que, tout n’est pas encore perdu.

Wolf Quiet Boy Quiet
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La vérité court a flot dans ton texte, g pas les mots. en Haiti '' Qui vivra verra''

Osman
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Donc, comme spectateur de la scène politique haïtienne, que Dieu te prête vie, et comme ça tu verras, Wolf :)