Haïti : telle société, telle jeunesse (Partie 1)

Crédit photo : http://www.ayitikaleje.org
Crédit photo : http://www.ayitikaleje.org

Tant vaut la jeunesse, tant vaut la société. À chaque société, sa jeunesse. Et à chaque jeunesse, ses modèles, ses styles, ses qualités, ses dérives aussi. Il doit être ainsi dans tous les pays du monde?

Qu’on le clame incessamment dans les médias. Qu’on le ronchonne entre amis, la spirale descendante que prend depuis quelques temps la jeunesse haïtienne, est alarmante.  Et, qui pis est, d’une manière ou d’une autre, la société aurait contribué activement à pousser les jeunes aux abysses de cette dépravation sans précédent.

Les années se suivent et malheureusement se ressemblent pour une jeunesse haïtienne, toujours en pleine crise d’identité. Au mépris de tout ce qui a rapport avec l’éducation et la formation, certains (les jeunes) se forgent un mode de vie, dont  la fumée des cigarettes, l’odeur de l’alcool, les beats des DJ, la marque et le prix des fringues sont les valeurs de noblesse. Hélas !

Aujourd’hui, l’immoralité au milieu de ces jeunes semble atteindre son niveau record. Pour ce qui est de la déviance sociale, c’est la hausse continue. Le phénomène « zokiki » et l’imbattable « rabòday » peuvent donc en témoigner.

Loin de tout encadrement adéquat, désormais, la jeunesse est perçue comme un danger social en Haïti. De gouvernement en gouvernement, cette tranche importante de la population, à ma connaissance, n’est jamais bénéficiaire d’aucun programme politique. Au contraire, elle est plutôt victime de politique d’exclusion et de discrimination. Honte !

La nature a horreur du vide. En panne de repères, de bons modèles d’exemple, nos jeunes s’accrochent à tout ce que la « société » leur offre.  Manipulée, exclue, larguée, laissée pour contre, nous avons désormais une jeunesse qui se cherche plutôt dans les lyrics malsains des rappeurs, dans les refrains obscènes de nos faiseurs de tubes dans les réalités fantasmagoriques des feuilletons télévisés.

Société irresponsable ?

Dans un dynamisme de socialisation continue, l’encadrement de l’individu doit être pris en charge par la société elle-même. À ce niveau, où en sommes-nous en Haïti ? « Gran moun yo echwe » (les adultes ont échoué), ont pesté les détracteurs.

La famille, l’école, l’église, l’État, les institutions responsables ont pratiquement failli à leur mission de socialiser, d’éduquer, de former, d’encadrer les jeunes.

En effet, reprocher à la jeunesse haïtienne d’être « dejwe » (déviante), sans mettre en cause l’implication de la société elle-même, serait illusoire. D’ailleurs, la triste réputation dont elle jouit aujourd’hui, traduit tout simplement l’expression d’une société moralement débile, bornée dans tous les sens, estiment certains observateurs. D’autres plus tranchants y voient aussi le profil d’une société cloisonnée par un système « anti-jeune ».

Mais en réalité, qu’est-ce qu’on offre à cette jeunesse pour lui conscientiser de ses potentialités, de ses responsabilités dans l’organisation de la société demain ? Préparer cet avenir qui lui appartient, et qu’elle est appelée à construire dès maintenant? Les tentatives de réponse peuvent être abondantes.

Aujourd’hui, nous avons une société haïtienne où les gens s’investissent plus dans les boîtes de nuit, dans le matraquage publicitaire pour l’alcool et la cigarette, au lieu de construire des bibliothèques, des librairies, des centres de recherches intellectuelles.

Sur les trottoirs, les « ti boutèy plat » (boissons alcoolisées) laissent peu de place aux bouquins. Et voilà les alternatives offertes à une jeunesse plutôt friande de la débauche.

À défaut d’une vraie politique d’encadrement et d’intégration, que doit-on espérer de positif de la jeunesse ? N’allons pas chercher l’odeur du café dans une tasse de chocolat. Quand la barque n’a pas de gouvernail, elle prend souvent la direction du vent qui l’emmène. Et très souvent, ça se termine par une catastrophe.

Que faire ?

En dépit de tout, il y a quand même une bougie d’espoir qui s’allume à l’horizon. L’exception confirmera toujours la règle. Il existe une minorité de cette jeunesse qui tente de faire la différence. Oui, une portion qui lutte toujours pour la réussite professionnelle en dépit des obstacles de toutes sortes. Des jeunes conscients, soucieux, opiniâtres, sachant qu’ils doivent travailler au profit de ce pays qui ne doit pas mourir. Maintenant, quel modèle de politique pour les encadrer ?

Et voilà un empêchement majeur ; les jeunes éduqués se heurtent souvent contre un système qui ne favorise pas leur pleine intégration dans les affaires du pays. Donc, nous sommes face à une plaie sociétale qu’il faut rapidement cicatriser.

Dans la suite de cette réflexion, nous allons essayer de proposer quelques points qui peuvent servir de facteurs d’intégration des jeunes dans cette société dont ils sont acteurs.

À bientôt !

Osman Jérôme 

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture. Je suis un photographe "amateur" qui veux tout immortaliser sur mon passage.

29 réflexions au sujet de « Haïti : telle société, telle jeunesse (Partie 1) »

  1. Super billet Osman. En te lisant, j’ai cru lire la réalité des jeunes au Cameroun. Tellement, il y a une ressemblance. Notamment avec les bibliothèques qui foutent le camp pour laisser la place aux bars et débits de boisson.

    1. Merci pour le passage, Ulrcich. C’est navrant, mais c’est ça la réalité. En tout cas, je suis encore optimiste quant à un changement de situation en Haiti et au Cameroun aussi, car les jeunes méritent mieux.

      1. Osman j’ai l’honneur de vous féliciter pour ce texte en or mais je doi vous parler en pv … Nous avons beaucoup de chose à discuter

  2. Les Jeunes Haïtiens ont peut-être grandi trop vite.Projetés de façon précoce dans un Monde d’Adulte dont ils ne connaissent ni les Règles ni les Codes.La démission aussi des Parents peut aussi expliquer ce manque total de repères. Le RAP peut servir de tremplin à certains pour se réinsérer dans la Société. Excellente Série de Billets cher Osman.J’attends la Suite avec impatience…

  3. Salut Rita, content de pouvoir te relire sur cet espace après ce silence « inquiétant » 🙂 Toujours très pertinente dans tes commentaires. En fait, à part la triste démission des parents, on y ajouter également la décadence du système éducatif. Triste de constater aujourd’hui, dans quelles conditions fonctionnent certains établissements scolaires en Haiti. Pour certains directeurs, la formation socio-éducative des élèves importe peu. L’important serait d’avoir ce « business » comme on les appelle assez souvent, pour gagner leur vie. Et le reste n’a presque d’importance. Malheureusement.Pour ce qui est du RAP, oui je suis d’accord qu’il peut servir de réinsertion pour certains, mais, crois-moi sur parole, pour d’autres c’est un moyen de se rebeller contre les normes.

  4. Tu sais Jérome, en lisant ton billet, je revois la jeunesse de mon pays, le Cameroun. Les jeunes reflètent la société actuelle. Il est facile d’écouter un tout petit garçon, haut comme trois pommes, parler de sa.vie de futur corrupteur, bandit, escroc… Et ce qui m’inquiète est la démission des parents. Comme le pays va mal, c’est sa faute si nos jeunes sont ainsi. Et les jeunes de dire : l’Etat nous a tués! En lisant ce billet, je me rends compte que d’haïti à Douala, les craintes sont les mêmes. Ce billet me parle. Et la jeunesse doit se prendre en main. Les parents doivent jouer leur rôle!

  5. La famille, l’église, l’école, l’État, tout le monde doit dorénavant mettre la main a la patte, sinon parler de futur pour ces jeunes sans identité, est une véritable utopie.

    1. Un aveugle ne peut pas conduire un aveugle sinon ils chuteront tous les deux dans le même trou….Vous êtes passionné de santé mentale je crois que vous saviez bien la puissance de la frustration et les multiples projections et bipolarisation….Alors comment un être incomplet peut-il enseigner a un suiveur a devenir complet….Dilemme…….Les parents les plus austères sont ceux qui ont été les plus idiots à l’école…..Voilà qu’en Haïti il n’existe qu’un seul chemin et nous le prenons tous tant bien que mal »l’école »……..Mais suffit-il de savoir manier une plume pour vivre….La société elle même nous a tous abrutis……Le système scolaire demande des résultats….Il en aura:copiages,fqux carnets,liquidation,corruption peu importe il en aura et vous verrez des universitaires tatonner devant des verbes et la grammaire,vous verrez des gens muets a des interviews mais ils diront tous face aux médias qu’ils ont milles et unes diplômes et que l’État ou plutôt le gouvernement car l’État c est le peuple et c’est ce que nous n’avons pas encore compris ,ils diront ces abrutis qu’il n’existe pas d’emplois……..Je rajoutes les dires de cez vieux qui refusent la retraite,ces ventrus sur les chaises de bureau et qui disent que les jeunes n’ont pas d’expérience moi je me demande si la leur fut innée?

  6. Malheureusement, le mal que tu décris là est le symptôme d’une société toute entière qui néglige ses jeunes, sauf lorsque c’est pour leur vendre les produits marketés de ses multinationales. Quand on ajoute à cela la pauvreté et le manque de moyen du système éducatif, le cocktail est forcement explosif je crois. Merci de tirer la sonnette d’alarme en pointant la responsabilité partagée de cette situation : c’est trop rarement le cas.

  7. O
    Felicitation mn frère, je pense que nos jeunes ont subir la loi des valeurs moraux ds leur pays. Ils non pas des modèles, la famille, l’église, l’école ont fait faillite. Donc, ils ont rester tout seul ds la nature, Dieu seul peut nous aider.

  8. Tres beau texte!!!
    vous avez pu peindre de facon correcte la realite de la jeunesse.
    pour mon ami camerounais tous les pays qui ont subi la colonisation font face avec ces mes problemes.le probleme « d identite » et surtout celui de la jeunesse.
    a qui nous referer?

  9. Allo,
    I am willy Monel,
    Je trouve votre projet pour la jeunesse assez important pour l’avenir. Aussi, je dois ajouter que j’aimerais utiliser des procédés similaires pour communiquer avec les jeunes et moins jeunes de mon Pays. Pouvez vous m’indiquer la mache à suivre pour y parvenir?
    Bien à vous,
    Prof. Willy Monel

  10. Felicitation pour votre texte cela me rassure de constater qu’end depit de tout Il y a encore de gens cultivés danw le pays.je me retrouve Dans tes ecrits par consequent j’aimerai the lure beacoup plus souvent.

  11. Je suis en train de travailler un texte musical sur le sujet et je pense que lire ce papier m’aide a avancer dans le bon sens..

  12. Bonjour Osman!
    moi qui compte faire un simple recherche pour un débat que mon ecole va organiser le 5 décembre,loll me voilà tomber sur ton texte que moi j’appelle « DIAMENT ». Franchement cher ami,vous m’avez epaté,et touché ma conscience étant que jeune. Je suis en philo. Nous n’avons pas le sens de responsabilité,ce qui est vrai. J’aimerais toujours déguster vos beaux textes assez instructifs. Vilcéus Pascal

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