Lettre à une Haïtienne qui veut étudier en République Dominicaine

Lettre écrite à la main (c) pixabay.com
Lettre écrite à la main (c) pixabay.com

Chère Pauline,

Je sais que la température de ta patience a grandement chuté. Cette lettre arrive avec un peu de retard. Ce n’était pas voulu en tout cas. Je me suis donné plutôt de la peine de trouver toutes les informations nécessaires relatives à tes démarches.

En effet, lors de mon récent séjour en Haïti, comme beaucoup d’autres amis, tu m’as parlé de ton ambition d’abandonner le pays pour aller étudier quelque part. Après l’échec de ton projet pour le Brésil, tu tournes vers la République Dominicaine. Bon, vu que tu as déjà échoué à deux reprises aux concours de la Faculté de Médecine de l’Université d’État d’Haïti (UEH), dont la capacité d’accueil est loin, très loin de répondre à la demande, je pense que ce n’est pas du tout mal comme perspective.  Voir que certains racontars feraient croire que, les universités privées dominicaines payent moins chères que celles d’Haïti.

En fait, comme promis, malgré cette petite lenteur, je m’empresse de te faire parvenir cette missive, le temps de t’expliquer approximativement, ce qui t’attend ici en tant qu’étudiante étrangère.  Encore plus une Haïtienne. Car, être étudiant haïtien en République Dominicaine a un prix.

Bon, puisque tu connais déjà les démarches préliminaires (une première légalisation de tes documents en Haïti, le processus pour l’obtention du visa…), maintenant, essayons de voir en bref la réalité une fois sur le sol voisin :

Tout d’abord, le prix des appartements ou d’une chambre dans une « pension » varie en fonction de la ville et de la zone de la ville où tu souhaites résider. Tu as jeté ton dévolu sur Santiago. Un choix intelligent. Puisqu’ici, c’est le bastion des étudiants haïtiens en RD. À Santiago, je dois te le dire, trouver une chambre unique n’est pas trop facile. Le montant des appartements va de 6000 pesos à x. Et, en tant qu’étrangère, en payant le premier mois, certains propriétaires te réclameront aussi de l’argent pour un ou deux mois d’avance. Ici, ça s’appelle « deposito ». Une forme de garantie en cas où à la longue tu serais en difficulté d’acquitter un paiement. Mais, ne t’en fais pas trop, on te remboursera cette somme quand tu décides de laisser la maison.

Comme tous ceux qui ont fait leurs études classiques en Haïti, tu as passé au moins sept ans à apprendre l’espagnol. À apprendre quelques notions des règles de l’espagnol pour être précis. Sans vouloir dire que ce fut un temps gaspillé, désolé, ça ne te sera pas suffi pour assister aux cours. Tu vas devoir donc te faire inscrire à un cours d’espagnol, où on va t’inculquer certaines notions de base. Mais, je te préviens que, le mieux sera de pratiquer avec de nouveaux amis (haïtiens et/ou dominicains), que tu vas avoir sans doute. Je te connais de cette sympathie contagieuse.

Quand tu te sens plus ou moins apte avec la langue, la prochaine étape sera de te faire inscrire au centre universitaire de ton choix. Mais avant d’y arriver, tu dois légaliser à nouveau tes documents (diplômes et relevés de notes des BAC I et II et acte de naissance). Moi, je me rappelle avoir payé US $ 250 pour ce processus. Mais maintenant, le prix est élevé. Et selon les dernières infos dont je dispose, cela coûte environ US $ 350. Je te promets de te référer à une bonne agence, car les « racketeurs » sont dans la ville. Une femme avertie, en vaut deux 🙂

À UTESA (Université Technologique de Santiago) que tu as convoitée pour tes études, le Dominicain paie environ 2000/2500 pesos pour sa première inscription, suivant la carrière. Toi, tu débourseras US $ 200. Et à chaque nouveau cycle, tu dois payer une nouvelle inscription. Cette fois-ci, c’est le même montant que tout le monde.

Comme je te l’ai déjà raconté, je ne peux pas trop te dire pour ce qui est du montant à verser par mois. Car c’est un système de crédit. Cela va dépendre donc de la quantité de cours que tu vas sélectionner par période.

À l’université : ta grande première remarque sera sans doute aux bâtiments où sont logées les salles de classe. C’est contrairement de chez nous où  n’importe chambre mal aérée sert de l’école. Ici, y a au moins des structures qui sont mises en place. Ces genres de construction répondent à des normes. La capacité d’accueil de chaque salle est contrôlée. Certaines sont physiquement équipées pour des expositions, conférences entre autres.

Et sur le plan administratif, tout est informatisé. Pour le choix de tes cours, tu n’auras pas besoin de venir à l’école faire une longue file. Où que tu sois, désormais, tu seras capable à tous moments de vérifier tes notes, modifier la présélection de tes cours, entre autres.

D’un autre côté, des labos de chimie, de bio, tu en auras dès tes premières sessions à la Faculté de Médecine de UTESA.

Ce sont en effet des minimums pour toutes les universités qui se respectent. Mais cela reste encore un déficit de développement, pour le système éducatif haïtien qui semble jurer sa fidélité à l’archaïsme. Quel dommage !

La note minimum requise dans la majorité des universités est 70/100. Connaissant tes capacités, je ne m’inquiète pas quant à tes résultats académiques. D’ailleurs le niveau n’est si élevé que ça ici.  Pour nous qui sommes habitués au dur système éducatif haïtien (bourrage de crâne), tu verras aux débuts que c’est du jeu. Par contre, prépare-toi à faire face à certains professeurs qui, pour masquer leurs défiances pédagogiques, se montreront exigeants. Quant au challenge avec les autres étudiants, tu t’en sortiras bien. J’en suis sûr hein.

Tu dois attendre à être la cible des comportements racistes de certains professeurs dominicains anti-haïtiens. Être ridiculisée même par tes collègues étudiants quand tu ne prononces pas bien certaines expressions espagnoles. Cependant, au milieu de tout ça, tes potentialités seront des atouts pour attirer la compagnie de quelques étudiants et profs.

Une session de classe dure au moins 4 mois ici.  Mais l’immigration dominicaine s’emble n’en tenir pas compte. Car, depuis quelques temps, tout étranger, non pardon ; tout Haïtien, passant plus d’un mois en République Dominicaine est contraint de payer une somme au service de l’immigration dominicaine quand il rentre dans son pays. Plus d’un mois, 800 pesos, plus de 3 mois, 1000 pesos…Tant que le séjour est plus long, tant que le montant est élevé. Scandale ? Mesure discriminatoire ? À toi donc de savoir si tu vas rentrer chaque mois en Haïti ou payer les frais réclamés suivant la durée de ton séjour. « Dura lex, sed lex », diraient les hommes de lois.

Je ne veux pas terminer ce billet, sans te prévenir que, la République Dominicaine est un beau pays « Open à la débauche ». La « cerveza » et la « Bachata » sont tout ce qui compte pour certains Dominicains. D’ailleurs, le peuple même, est un fidèle abonné au plaisir mondain. Prends garde à toi de ne pas tomber dans ce piège. Car, je connais plusieurs compatriotes qui ont déjà troqué leurs livres au profit d’une maîtrise dans les boites de nuit ou dans les « Cabañas ».

Comme tu es coquette, tes courbes généreuses vont sans doute faire saliver beaucoup de Dominicains. Ces derniers qui adorent coucher avec les Haïtiennes, dit-on. Mais sois prudente, car ta beauté ne sera pas une interdiction pour que tu ne sois pas traitée de « Maldita Haitiana ». Et ce, même par celui que tu viens de baiser.

Tu es tatillonne. Je le sais. Je n’ai pas tout dit. Mais, j’espère t’avoir fourni les détails nécessaires. Puisse cette lettre te serve une aide dans tes démarches. Qu’elle te soit aussi une psychoprophylaxie pour ton éventuelle adaptation en République Dominicaine. Si tu as encore d’autres soucis, n’hésite surtout pas à me contacter.

À l’espoir de te voir ici sous peu, je te dis déjà « Bienvenidos y hasta pronto» !

Osman Jérôme

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture. Je suis un photographe "amateur" qui veux tout immortaliser sur mon passage.

31 réflexions au sujet de « Lettre à une Haïtienne qui veut étudier en République Dominicaine »

  1. lettre bienveillante, mais je voulais juste te faire savoir qu’une femme avertie n’en vaut pas deux, mais 52 car elles ont la notion de propager les nouvelles rapidement entre elles!

  2. 🙂 Remarque acceptée, d’au tant que cela vienne d’une grande sœur respectueuse. On me l’a dit, mais je pensais plutôt à un cliché du genre anti-féministe. Désormais, je ne vais plus en douter, Faty 🙂

    1. Merci pour le passage, Wilney. Il sera sans doute très embarrassant à Nelson de répondre à cette question. Mais ce qui est certain, seul un vrai prof maîtrise ces codes 🙂

  3. Attention les gars, ne vous étonnez pas si une dominicaine vous traite comme un inconnu le lendemain après avoir coucher, baiser avec toi. Je ne peux pas savoir jusqu’à présent si cela est naturelle chez elles ou du moins quelque chose bizarre….

    1. Osman mon ami ça va?
      Bro, j’aimerais savoir le prix coûte un cours Svp?
      Et au minimum combien on peut dépenser par session pour les cours plus nécessaires mon frère?

  4. Très bien écrit mon cher! Toutes mes félicitations! Sauf que les prix des apartements sont beaucoup plus élevés ces jours ci et ça dépends aussi du quartier.

  5. Moi j´ai réussi mes études en République Dominicaine c´est cool là-bas. je veux dire en passant que tout ce qu´une personne est besoin pour réussir dans la vie c´est la foi en ses moyens et la persévérance. Etre trop nationaliste parfois nous rend pessimiste en terre étrangère, et cela peut nous empêcher d´avancer. Les sorts peuvent être différent mais partout ailleurs étudié a l´étranger est difficile il faut souligne là-bas il ya une nouvelle session tous les 4 mois et aussi des nouveaux gradues tous les 4 mois. Cela veut dire des nouveaux professionnels. Un bel exemple pour notre pays non ?

  6. wow, cette lettre raconte notre quotidien en Rep Dom, tt en ridiculisant le systeme pedagogique haitien.  »C’est contrairement de chez nous où n’importe chambre mal aérée sert de l’école. » cette phrase m’a donnE un fou rire

  7. Est ce que c’est possible pour un étudiant vient fini son programme de licence en génie ici.parce qu’il préfère plus tôt le génie géologique.salut!!!!

  8. Bonjour Osman, comment vas tu? Je suis une etudiante en gestion touristique a l’universite quisqueya. Mais j’allais fermer mon dossier pour partir continuer mes etudes en republique dominicaine car de ce que j’ai vu et entendu ils enseignent le tourisme mieux qu’en Haiti. Pourrais tu me conseiller stp?

    1. Salut Steevenson, si vous viendrez à la recherche d’un certificat ou d’un diplôme dans la langue, il y a un temps fixé selon les instituts. Dans le cas échéant, cela va dépendre de votre capacité à assimiler la langue, et également de votre niveau d’adaptation. Car je peux vous le dire, c’est dans la pratique quotidienne que vous allez finir par vous débrouiller avec l’espagnol.
      Pour l’autre question ; au lieu d’avril, c’est en mai. Les inscriptions commencent en avril, et la nouvelle session en mai. C’est presque ça dans la majorité des universités, à l’exception de UASD (l’université de l’Etat), qui fonctionne sur deux sessions durant l’année universitaire.

  9. Salut,je vous felicite pour la lettre,çà m’a déjà beaucoup aidé, je suis en terminal maintenant,apres mes études classiques j’irai là bas pour étudier la génie civile,mais je ne sais quoi faire pour la l’égalisation de mes documents, svp pouvez-vous me donner un renseignement?

    1. Merci beaucoup Kensy pour votre gentil commentaire. Il n’y aura pas trop de soucis pour la légalisation de vos documents ici. Vous pouvez me contacter directement et je vous aiderai dans les démarches.

  10. Salut!La lettre semble être datée de qlq longs jours mais ça n’empêche que j’aimerais saisir l’opportunité pour soliciter votre aide…J’ai misé à la FMP octobre dernier,les résultats ne me sont avantageux.Je voulais maintenant me reposer sur la république dominicaine.Mes documents ne sont pas encore légalisés,pensez-vous qu’il est possible d’être prêt pour saisir la session de janvier?

  11. Bonjour ! Mr Osman !
    Votre lettre me va bien. Donc j’ai eu maintenant quelques idées à propos de l’étude en république Dominicaine. Je suis un étudiant en sciences administratives ,
    Ma soeur qui étudie là_bas , république Dominicaine voulait me faire la rejoindre pour étudier de préférence ici là.
    Donc j’ai eu tant d’inquiétude à ce fait pour les coûts des cours, et aussi si je viens étudier en république Dominicaine , ce sera en médecine, donc est ce que la médecine ,, les coûts des cours sont vraiment chers ? Comme on le pense déjà. Et aussi ma sœur qui parle déjà si bien l’espagnol,. Avec elle et mon laptop je disposerait de temps pour apprendre l’espagnol, est ce que une fois que je maîtrise seul la langue, l’Université que je vais être va me m’exiger d’apprendre le cours espagnol avant de commencer à étudier, pou en mieux certifier. ?
    Merci Mr Osman. J’attends votre reponse

  12. je suis en nouveau secondaire 3 j aimerais etudier en republique dominicaine après mes etudes classiques. Est ce que vous pouvez m aider à entreprendre les demarches svp ? salut!

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