La communication, l’autre faiblesse de l’État haïtien face au Coronavirus

Article : La communication, l’autre faiblesse de l’État haïtien face au Coronavirus
8 avril 2020

La communication, l’autre faiblesse de l’État haïtien face au Coronavirus

Des infectés par-ci, des morts par-là, de la peur, de l’incertitude […], voilà quelques mois déjà, depuis que le monde se trouve face à une panique presque généralisée engendrée par le Covid-19, la nouvelle pandémie qui défie les grandes puissances. Face à cette situation, de plus en plus catastrophique pour certains et incertaine pour d’autres, chaque pays touché essaye d’éviter le pire. Car la chose paraît inévitable.

Contrairement à la Chine, l’Italie, l’Espagne et les Etats-Unis, des puissances économiques mondiales déjà mises à genoux par les secousses meurtrières provoquées par nouveau Coronavirus, Haïti ne dispose d’aucune structure sanitaire adéquate pour faire face à une telle crise sanitaire. Et le malheur est pourtant suspendu sur nos têtes.

Cependant, au-delà de cette incapacité structurelle qui est une évidence, ce qui fait encore beaucoup plus peur dans le cas d’Haïti, c’est l’amateurisme des autorités dans la gestion de la chose, surtout le plan communicationnel, où les bourdes reviennent à répétition. Et c’est un vrai obstacle dans la campagne de sensibilisation contre le Covid-19, qui a déjà fait 25 infectés et un décès, selon les informations divulguées par les responsables du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP).

Puisque toutes les crises ne sont pas de même nature et n’ont pas les mêmes origines, la façon de les aborder doit être proportionnelle à la hauteur de leur dimension. Raison pour laquelle, à chaque crise, il faut impérativement élaborer des mécanismes de communication, capables d’atteindre tout le monde, peu importe son rang social et/ou son niveau académique.

En effet, dans la gestion d’une crise sanitaire comme la pandémie du Covid-19, une communication fluide et appropriée est primordiale. Malheureusement, depuis le début de la situation, surtout avec les premiers cas positifs officiellement enregistrés dans le pays, le gouvernement haïtien n’est jamais à la hauteur d’une communication qui rassure la population. Au contraire, à chaque sortie, la méfiance et l’incrédulité s’intensifient encore plus.

La mauvaise communication sur une crise est susceptible de créer une nouvelle crise. Aujourd’hui, avec notamment les réseaux sociaux, une information ou une communication mal balancée a souvent tendance à faire beaucoup plus de mal que bien, surtout dans la communauté haïtienne, qui fait peu de cas aux paroles des autorités politiques.

Pouvez-vous donc imaginer, à l’heure où j’écris ce billet, la grande partie de la population haïtienne ne croit toujours pas en la présence du Covid-19 sur le territoire haïtien ? À qui la faute ? Ouais, certains diront que l’Haïtien a souvent fait preuve d’incrédulité face à des situations similaires. Oui, ils auront raison. Mais, l’État dans son ensemble est en grande partie complice de nourrir ce climat d’incrédulité chez les membres de la population. Car la communication jusque-là utilisée n’a rien d’efficace. Ce qui a contribué à installer ce doute, de plus en plus persistant.

Communiquer en temps de crise exige des stratégies propres à chaque situation. D’où, au-delà du medium utilisé pour faire passer le message, l’importance de prendre en considération la mentalité et la culture de la population en question, qui est le sujet primordial. Malheureusement en Haïti, nous avons un État qui a plutôt tendance à confondre la communication de qualité à la propagande politique. Le genre de piège qu’il faut à tout prix éviter, dans la gestion d’une immense crise sanitaire à la dimension du Covid-19.  

Osman Jérôme 

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