Régularisation, déportation : nouveau cauchemar des Haïtiens en République dominicaine

République dominicaine : Des Haïtiens faisant la queue pour se faire inscrire au Plan National de Régularisation des Étrangers (PNRE) -© Osman Jérôme

République dominicaine : Des Haïtiens faisant la queue pour se faire inscrire au Plan National de Régularisation des Étrangers (PNRE) -© Osman Jérôme

République dominicaine, mercredi 17 juin 2015. Comme prévu, les inscriptions au processus du plan national de régularisation des étrangers (PNRE), arrivent à terme.

En effet, contrairement aux rumeurs, il n’y aura pas de prolongation pour les retardataires. Ainsi, les immigrants « illégaux » non enregistrés seront prochainement rapatriés suivant les dispositions établies.

Mardi 16 juin 2015, 10h du matin. Soleil de plomb sur Puerto Plata. Ici, nous sommes à l’avenue Luis Jinebra. Vacarme des automobiles, klaxon des motos, la circulation est tout, sauf fluide. Pour cause ?, une marrée haïtienne, piteusement bloquée devant le bureau régional du plan national de régularisation des étrangers (PNRE).  Parasols, casquettes vissées au front, certains cherchent à se protéger des rayons insupportables du soleil.

Bousculades, injures, murmures, l’exercice est musclé. Les filles et les vieillards en font parfois les frais.  Paradoxalement, tout se passe sous les regards passifs de deux agents de sécurité, qui semblent s’occuper d’autres choses que de maintenir la discipline au milieu de la foule.

Tant que les minutes passent, la file devient de plus en plus dense. Entre-temps, elle ne grouille presque pas. Pendant que les plus braves font encore la longue queue, certaines abandonnent le navire avec rage et colère au bout des lèvres.

« Je me suis inscrit depuis septembre 2014, maintenant nous sommes au mois de juin 2015, je continue à faire la navette ici », a lancé vertement Cédieu Noël, brandissant un lot de papiers. L’air frustré, l’homme se dit être découragé des problèmes rencontrés dans le processus. Pour lui, il n’y a rien de sérieux dans cette affaire, ce n’est qu’une arnaque organisée. « Chaque document apporté, on y trouve une anomalie. J’ai déjà dépensé plus de 6000 pesos dominicains pour la légalisation des papiers, et aujourd’hui encore on me fait d’autres exigences », a lamenté le barbu en sueur.

Pour sa part, Gerardy Pierre ne mâche pas ses mots pour dénoncer une forme de discrimination observée dans le processus du PNRE. « Imaginez-vous que je suis ici depuis 6h AM, attendant l’ouverture du bureau à 8h. On ne fait point de cas de moi. Cependant, quand les « blancs » arrivent, on les reçoit dans l’immédiat », a dénoncé ce jeune haïtien visiblement à bout de patience.

D’un autre coté,  pour Alexandre Joanis, un Haïtien travaillant en tant que facilitateur au bureau régional du PNRE à Puerto Plata, le plus grand obstacle rencontré par la majorité des Haïtiens dans le processus, c’est un problème d’identification. « En plus d’être en condition migratoire illégale, certains n’ont ni un acte de naissance, voire une carte d’indentification nationale », a amèrement déploré ce promoteur de Droits Humains. Plus loin, l’homme qui maîtrise difficilement le créole, reproche les autorités haïtiennes qui, selon lui n’ont pas été à la hauteur dans ce dossier. Surtout dans le retard accumulé pour la livraison de certains documents aux citoyens haïtiens, dont le fameux passeport.

En effet, dans des discours imprégnés d’indignation et de résignation, la majorité des interviewés avouent être prêts à retourner aller vivre en Haïti. Cependant, ils exigent aux autorités haïtiennes d’y créer les conditions de vie adéquates, notamment de l’emploi.

En tout cas, avant la grande déportation annoncée par les autorités dominicaines, applaudie à l’unanimité par la société civile, les Haïtiens sans documents sont désormais dans une immense tourmente.

Osman Jérôme

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture.

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