A quoi servent les études en Haïti?

24 février 2013

A quoi servent les études en Haïti?

Via hpnhaiti
Via hpnhaiti

De près ou de loin, Haïti est à des années de lumière d’être une société constituée. Un Etat où les dirigeants ont des projets concrets pour alphabétiser la population, former des jeunes professionnels. Cependant, malgré cet état de fait, tous les parents haïtiens responsables (riches ou pauvres, noirs ou mulâtres), rêvent tous d’une bonne éducation pour leurs enfants. Et ce, par peu importe le moyen. Car ils sont tous convaincus que, la réussite de leurs progénitures ne passent nulle part ailleurs, sinon que sur les bancs de l’école et les sièges de l’université. 

Pour certains, la réussite dans la vie ne dépend que des études. Oui des études primaires, secondaires et universitaires. Cette approche est quand même discutable. Car d’autres diraient tout bonnement que, la réussite dans cette vie n’est qu’un facteur de chance ou du hasard. Le hasard ? Oui, s’il existe vraiment. Puisque tout serait le produit de quelque chose.

Vous le savez peut-être déjà. Faire des études en Haïti n’est pas chose facile. Avoir accès à l’université est un privilège. Un privilège qui fait parfois des jaloux et des envieux. Des études en Haïti ; des gens y croient et se sont lancés. Mais enfin, après le titre, nombreux sont ceux qui se demandent, à quoi servent-elles toutes ces années d’études ? Peut-on continuer à cirer les bancs de l’école, dans une société qui fait peu de cas aux vraies valeurs ? Y a-t-il de l’espoir pour ces parents qui ont tout sacrifié pour l’éducation de leurs enfants ? Cela demande une lourde réflexion. Et cette situation m’a conduit jusqu’à la production de ce billet.

En Haïti, notamment dans les milieux ruraux, triste est de constater à quels types de sacrifices, que certains parents se sont livrés pour éduquer leurs enfants. Permettre à ces derniers de savoir lire et écrire, est souvent l’un des plus grands objectifs de ces parents, dont souvent la majorité ne sait ni lire ni écrire. Ils ont bravé tous les obstacles de la vie. Se faire humilier dans les usines, épuiser leurs énergies sur les plantations, vendre leurs bétails. Convaincus, qu’après études, leurs enfants peuvent décrocher des emplois pour répondre aux besoins de la famille, ces courageux parents ne ménagent jamais leurs efforts pour répondre aux exigences scolaires de leurs protégés.

Cependant, tous ces efforts, tous ces sacrifices vont être volés en fumée dans un système anarchique, de partisannerie et de corruption, caractérisant presque toutes les institutions en Haïti. Un système «2 grenn goch» où les plus capables ne sont jamais accédés à certains postes de travail. Un système de «parenn ak marenn» où li faut être fils de monsieur x ou de madame z pour être nommé à telle fonction. Un système corrompu où nos jeunes filles doivent avoir des rapports intimes aux patrons pour qu’elles puissent être employées ou augmentées en salaire. Un système démagogique, qui ne fait qu’encourager la fuite des cerveaux du pays vers d’autres terres. Que pena !, dirait un ami latino.

Ici en Haïti, c’est la politique du «moun pa». On gouverne avec  sa famille. On dirige avec ses amis. Même s’ils n’ont pas la moindre qualification pour tel poste. Entre-temps, ceux qui ont passé leurs temps à s’éduquer, se former sur les bancs de l’école, sur les sièges de l’université, restent comme chômeurs-professionnels avec leurs papiers, pourris dans les tiroirs.

Mais à quoi bon de continuer  à investir dans l’éducation d’un enfant en Haïti ? Se demanderaient les plus sceptiques. Peut-être, n’ont-ils pas raison de penser ainsi ? Surtout quand on ne voit même pas une lueur d’espoir de changement ? En tout cas, quoiqu’il en soit, il est préférable de continuer à se sacrifier pour la bonne éducation de ses enfants, car peu importe la durée de la nuit, le soleil finira par se lever. Même si on est face d’une triste réalité, où les diplômes ne servent presqu’à rien. Comme dirait notre ami mondoblogeur, René, dans le cas de son pays Cameroun.

OsmanJérôme

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Commentaires

Wolf Quiet Boy Quiet
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Cela fait 2 jours que j'etais en train de discuter avec un ami Canadien sur l'etat de notre education, ce billet arrive a juste titre, chaque jour qui passe je deviens un peu plus sceptique et je ne cesse pas de demander'' ce que me reserve l'avenir'' tant d'annees a se sacrifier ds un systeme'' domi ta leve bone'' avec l'espoir que la vie finira par nous sourire un jour, mais qui sait.

Osman
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Heureusement au fond de ton pessisme, il y a au moins cette goute d'espoir mon ami. Crois-moi, le soleil finira par se lever comme dit dans le texte.

RitaFlower
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Sans aucune prétention,je peux dire que les études en Haiti servent à avoir un blogueur de cette trempe nommé Osman.J'aime cette plume mise au service de ton pays et de tes concitoyens.Je suis bluffée!bien que ton constat sur le système éducacatif en Haiti soit sans appel,tu espères toujours ce changement,oui.

Osman
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Encore un commentaire original à la RitaFlower. En tout cas, merci de tout cet encouragement.