La petite maison délabrée

La petite maison délabrée -Crédit photo: Osman
La petite maison délabrée -Crédit photo: Osman

Par un matin pluvieux de janvier 2017, bravant les intempéries qui menacent la ville, après une vingtaine de minutes de route, me voici à Palo Blanco, une petite localité située au Nord de Puerto Plata en République dominicaine. J’allais voir un ami fraîchement revenu d’Haïti. Ici, comme dans beaucoup d’autres localités à forte concentration d’immigrants haïtiens, les mauvaises conditions de vie des gens échappent difficilement à la sensibilité de l’observateur. Infrastructures, eau potable, électricité, […], tout cela est du luxe pour les habitants de cette zone, abandonnée sur une ancienne plantation de canne à sucre.

À l’entrée principale de Palo Blanco, à quelques pas de la gaguère, se trouve une maisonnette, faite entièrement de morceaux de tôles rouillées. De loin, elle paraît abandonnée. Pourtant elle est bien habitée par une famille, plus précisément par une mère avec ses deux filles, respectivement âgées de sept et de cinq ans. Madame Cédieu (tante de mon ami) et ses deux enfants y vivent depuis plus de trois ans. D’ailleurs, c’est le seul héritage laissé par son défunt mari, récemment tué dans un accident de la circulation.

« Désolé de te recevoir dans de telles conditions mon fils, ce n’est pas une maison habitable, mais on n’a pas d’autres choix« , a tout de go balancé la dame, apparemment un peu gênée.

Un lit misérable, une table boiteuse, deux chaises en plastique appuyées l’une contre l’autre, voilà ce qui constitue l’espace physique du domicile de la très respectueuse Betty, pour appeler la dame par son nom personnel. En haut, à droite de la table, une photographie du Père Noël, retenue par un bout d’adhésif, contribue à la décoration de la chambre mal aérée. Il ya aussi une ribambelle de sachets noirs éparpillés ça et là. On est dans une pièce où est projetée l’image hideuse d’une misère inhumaine.

Depuis le décès de Cédieu, de qui Betty garde très peu de beaux souvenirs, elle dit s’abstenir de toute liaison amoureuse, « à mon âge, je doute fort que les hommes d’aujourd’hui auront des yeux pour moi » a-t-elle tenté de justifier. Ce dont son neveu n’était pas d’accord. Entre-temps, un sourire innocent était monté à ses lèvres. Betty, dans le respect et la dignité, préfère se débrouiller seule pour répondre aux besoins de ses deux enfants. D’ailleurs, pour gagner sa vie, du haut de ses 40 piges, elle se montre vraiment créative. La dame s’adonne à diverses activités aux retombées économiques. Elle s’adapte suivant la demande, elle descend souvent en ville pour faire la lessive de certaines familles, toujours satisfaites de son travail, et, par ailleurs, Betty tient à son petit commerce détaillant, elle vend notamment des sucreries et des fruits. Elle s’en sort ainsi, contrairement à certaines de ses voisines qui préfèrent se livrer à la mendicité ou à la prostitution clandestine.

Malgré le poids des ans et les coups durs de la misère, Madame Cédieu reste une femme vive et souriante. Sa communication est souvent ponctuée de petites plaisanteries, ce qui fait d’elle une personne joviale et abordable.

En dépit de la précarité de ses conditions de vie, la mère de famille ne jure que par l’honneur et la dignité de sa personne humaine. Ainsi, contrairement à certains membres de sa communauté et avec un zeste de fierté au visage, elle affirme n’avoir jamais été tentée par le vol ou quelques autres actions malhonnêtes dans sa vie, car elle est aussi une femme d’église. Et elle en est très fière. D’ailleurs, sans se vanter, Madame Cédieu est une mère modèle pour son entourage qui reconnaît en elle une personne de grande générosité.

Osman Jérôme

The following two tabs change content below.
Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture. Il est aussi important de signaler que je suis un photographe "amateur" qui veux tout immortaliser sur mon passage.

3 réflexions au sujet de « La petite maison délabrée »

  1. Tes histoires ou devrais-je dire tes aventures, elles ne cessent de me laisser muette. Je me suis retrouvée dans un labyrinthe paradisiaque duquel je ne souhaite pas en sortir.
    Merci d’avoir partagé avec nous cette aventure, triste mais intéressante.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *