Des Haïtiens, non-Haïtiens

22 octobre 2012

Des Haïtiens, non-Haïtiens

Passeport haïtien (C) Osman
Passeport haïtien (C) Osman

Paris, 02 novembre 2010. Numéro spécial de Couleurs tropicales, consacré exclusivement à Haïti. Pour l’occasion, Claudy Siar recevait aux studios de la radio mondiale,  Wadson Désir, son correspondant à Port-au-Prince. Il lui parlait entre autres de l’actualité musicale.

Avec un ton  engagé qu’on lui reconnait d’ailleurs, l’animateur a introduit son show par des expressions fortes et frappantes : «Il est important que l’Afrique soit forte, tous pour un même but. Voilà notre force. Mais l’Afrique ne peut pas être forte, désormais nous le savons sans sa diaspora. Et l’un des pays, l’une des terres où l’on est fier, où l’on est fort, c’est Haïti. Et ce, malgré les péripéties». Fin de citation.

Des expressions au sens fort. Aux significations très lourdes. Une approche pompeuse. Une déclaration flatteuse, susceptible de faire naître en chaque Haïtien digne de ce nom un sentiment de gloire, de fierté et de grandeur. Cependant, loin d’avoir une quelconque idée contraire à celle du patron de Couleurs tropicales qui, pertinemment sait de quoi il parlait. Moi personnellement j’ai des réserves quant à la notion de fierté dont il a fait référence dans le cas d’Haïti et de sa diaspora.

La force, le courage, deux des principales caractéristiques du peuple haïtien. Car Haïtien est, selon Jean-Price Mars, l’éminent auteur du fameux «Ainsi parla l’Oncle» : » un peuple qui chante et qui souffre, qui peine et qui rit« . La diaspora haïtienne est dense, forte, oui. Mais fière? Mh ! On pourrait en discuter longuement.

Il est connu, Haïti compte une forte communauté de diaspora éparpillée un peu partout sur plusieurs villes du monde. Aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en Europe, en Afrique, en Asie, en République dominicaine…Intelligemment, on a même baptisé cette communauté d’expatriés de 11e département en complémentarité aux 10 départements géographiques du pays.

Pour une raison ou une autre, ces Haïtiens qui, volontairement ou involontairement sont obligés à laisser leur terre natale, se retrouvent bien souvent dans des conditions de non-retour. Instabilité politique, précarité de la vie, mauvaise presse sur le pays, parfois certains d’entre eux ont tout carrément honte de dire qu’ils sont Haïtiens. Aux Etats-Unis, à Montréal, à New-York, et même ici en territoire voisine, ce phénomène est très courant.

Cela fait déjà trois ans, depuis que je me suis installé en République dominicaine, spécialement à Puerto Plata, province touristique située dans Nord du pays. Ici, contrairement à certaines autres grandes villes dont notamment Santo Domingo, Santiago ou Higuey, la communauté haïtienne n’est pas trop dense, mais elle est remarquée en tout cas.

On y retrouve des étudiants, des professionnels, des commerçants, des marchands ambulants,etc. Parmi eux, comme dans la communauté locale,  on retrouve des noirs et des gens de couleur, souvent très difficiles à distinguer des Dominicains. Cependant, qu’ils soient noirs ou gens de couleur, je suis déjà tombé sur plusieurs de mes compatriotes qui, pour une raison ou une autre cachent bêtement leur identité haïtienne. Comme quoi c’est une injure d’être Haïtien, comme le croiraient beaucoup Dominicains qui, avec un air souvent très raciste  qualifient les Haïtiens de « Maldito haitiano« , « haitiano es diablo« .

Jai du mal à accepter que cette honteuse pratique soit aussi active dans le secteur universitaire, dit éduqué, cultivé et civilisé même. Des jeunes filles haïtiennes qui portent des perruques, dépigmentent méchamment leur peau pour se faire prendre pour des Dominicaines. Des mecs qui appliquent du gel à leurs cheveux pour se rapprocher des Dominicains. Une vraie crise d’identité.

Personnellement, je côtois divers Haïtiens, étudiants comme moi à UTESA qui nient ouvertement leur identité haïtienne, par peur, bien évidemment de ne pas êtreironisés, mal vus par certains de leurs collègues dominicains. Où est alors cette fierté, cet orgueil d’être fils et filles de la Première République Noire indépendante? En tout cas, quoiqu’on dise, quoiqu’on fasse, il n’y a rien de plus honorable que d’être fier de sa patrie.

Osman Jérôme

Partagez

Commentaires

Répondre

Je ne découvre ce billet que maintenant. Excellent. J'aime à dire qu'Haïti est mon pays de coeur et c'est vraiment dommage d'arriver à de tels extrêmes. Si j'étais Haïtienne, je le clamerais fièrement !

Osman
Répondre

C'est dommage qu'il en soit ainsi Axelle, mais c'est une réalité. Qu'Haiti reste et demeure ton pays de coeur. Déjà c'est une immense fierté. Je suis fier de toi.