Haïti: l’homme est un « loup » pour l’environnement

Haïti-Environnement : Crédit photo Osman Jérôme
Haïti-Environnement : Crédit photo Osman Jérôme

Nous devons protéger la nature pour nous protéger nous-mêmes : « D’abord c’est l’arbre qui meurt, ensuite c’est l’homme ».

Cette réflexion est tirée du succulent ouvrage « qui suis-je, et si je suis, combien ? Voyage en philosophie », de l’imminent philosophe allemand Richard David PRECHT.

Un environnement hygiénique est profitable à la croissance physico-émotionnelle de l’homme. C’est un facteur de longévité pour l’espèce humaine.

La nature est belle quand elle est saine. Mais, on peut aussi faire l’expérience de sa cruauté quand elle n’est pas protégée.

La problématique de l’environnement est d’ordre mondial. Presqu’aucun pays n’y échappe. Toutefois, il existe des coins où la plaie est plus béante.

Haïti et la vulnérabilité écologique

Au regard de ce rapport désintéressé  que développe l’homme haïtien avec son milieu, écologiquement, la République devient faible. Et cette fragilité a déjà fait trop dégâts. Glissements de terrain, inondations, séismes, le bilan des préjudices est lourd, très lourd.

Et malgré tout, on dirait que ça ne dit rien à personne. Les gens agissent, construisent comme bon leur semble. Peu importe le suicide collectif que cela entraîne.

De gouvernement en gouvernement, la question de la protection de l’environnement n’est jamais abordée de manière sérieuse. Ce n’est que toujours de la politique de l’urgence, surtout quand il y a des inondations, des catastrophes et autres.

Déforestation alarmante

« Avant l’occupation américaine (1934), la couverture forestière représentait 60% de la superficie totale d’Haïti. Après l’occupation américaine, en 1945, la couverture forestière est réduite à 21%. En 1985, elle a décliné jusqu’à 8 à 9% en 1954″. Et en 2009, elle a chuté jusqu’à 1,5 %.

Durant ces dernières années, de manière effrénée, le déboisement a connu une triste célèbre popularité en Haïti. La coupe anarchique des arbres, devient comme par obligation, une source de revenus économiques pour les paysans.

Par ailleurs, jusqu’à présent, l’utilisation du charbon de bois reste une pratique très en vogue pour la cuisson dans la famille haïtienne. Et n’en parlons même pas de certaines entreprises (restaurants, boulangeries, blanchisseries) qui, pour être fonctionnelles, encouragent donc le pillage de nos forêts.

Constructions anarchiques

La terre et tout ce qu’elle renferme est à Dieu, à l’homme aussi. Souvent, l’homme haïtien en a fait un usage chaotique.

Et d’ailleurs, comment ne pas sombrer dans le marasme environnemental, quand les normes de construction ne sont pas toujours respectées dans un pays exposé à des catastrophes naturelles ?

Avant l’apocalypse du 12 janvier 2010, Haïti, vieux de plus de deux siècles d’indépendance, ne posséda pas encore son propre Code de construction pour le bâtiment. Pas de drame hein. On se sert du Code des autres.

Après le séisme cataclysmique, des experts étrangers et haïtiens ont élaboré un guide relatif aux règles de construction de bâtiment en Haïti. Jusqu’à présent, si ce document est prêt, n’est pas toujours populaire.

En Haïti, notamment dans les milieux urbains, toute partielle de terre est bonne à construire.  Concentration massive. Bidonvilisation croissante. Surpopulation insupportable. Donc, l’environnement devient forcement hideux.

La problématique des déchets plastiques

L’Haïtien de ma génération, semble perdre de jour en jour le goût de la propreté. Tout ce qui est bon pour la poubelle est plutôt éparpillé dans les coins des rues.

Les produits emballés en plastique envahissent agressivement le marché local. Ils viennent sous toutes formes. Très souvent après consommation, ces assiettes, bidons, sachets et autres sont tirés par terre.

Par conséquent, à défaut d’une bonne politique d’assainissement, les déchets plastiques ont souvent gain de cause des égouts, des carnivores. Ils les obstruent la circulation des eaux. Donc, à moindres averses, les rues sont devenues laides.

Ces détritus, non biodégradables, représentent donc un sérieux  danger pour la santé de la population.

Rarement recyclés, ces déchets plastiques contribuent à la popularité d’un phénomène d’insalubrité déjà insupportable dans certaines régions du pays.

Et, bizarre que cela puisse paraître, certains gros tas d’immondices  servent désormais pour indiquer des adresses. « Delmas 32, Rue Z, tout juste après la grosse pile de fatras qui est au coin », m’a fièrement indiqué un ami, à qui je devrais rendre visite récemment. Mais quelle commodité hein 🙂

Responsabilités de l’État

Nous ne pourrons pas dans un seul billet, vous énumérer les diverses formes de violence que subit l’environnement en Haïti. Néanmoins, au regard de certaines nouvelles stratégies entreprises par le nouveau gouvernement, y a de quoi à espérer un aller mieux pour l’écosystème haïtien.

Cette année de 2013 qui s’achève, a été décrétée « Année environnementale à Haïti ». L’objectif des autorités est de planter 150 millions d’arbres d’ici 2016.

En effet, contenu de la fragilité du pays à des érosions et de toutes autres formes de désastres naturels, cette initiative, est plus que louable. Bravo !

D’autre part, « A l’instar de Cuba, Haïti va être soumis à de nouvelles expériences dans le domaine du reboisement forestier ». « A partir de l’année prochaine, les experts cubains utiliseront un système d’aspersion aérienne de semence afin de reboiser les villes du pays enclins aux catastrophes naturelles ». L’objectif de cette démarche, est d’augmenter la couverture végétale du pays de 5%, a fait savoir Jean François Thomas, le ministre de l’Environnement.

Devoirs citoyens

À force de s’habituer aux drames, l’Haïtien devient insensible face à certaines situations. Et mène désormais une vie de résilience. Tout ce qui arrive, arrive. Et la vie continue 🙂

En effet, pour ce qui est de la protection de l’environnement, l’homme haïtien est appelé à changer de conduite. Car, le danger est bien là.

En fait, pas besoin d’être écologiste, pour comprendre que, entre l’homme et l’environnement, il existe un lien intime. Un rapport causal.

Cependant, au lieu d’être son protecteur, d’une forme ou une autre, l’homme n’a cessé de contribuer à la dégradation systématique de son milieu. Désormais, nous sommes face à une situation critique qui exige la conscience collective et la collaboration de tous pour éviter le pire.

Cela dit, dans un dynamisme de proximité, l’homme (l’Haïtien) doit dorénavant garder une relation éloquente avec son environnement, pour que ce dernier ne devienne pas son pire ennemi.

D’ailleurs, la meilleure façon de renforcer notre capacité à vivre dans notre environnement, est de le protéger de manière durable.

À bon entendeur, salut !

Osman Jérôme 

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture. Je suis un photographe "amateur" qui veux tout immortaliser sur mon passage.

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