Osman

Et Dieu créa cette femme

Crédit photo © Claudia Jérôme
Crédit photo © Claudia Jérôme

« Le corps beau et le regard » , c’est le pouvoir séducteur de la femme. Je le reconnais D’ailleurs, que l’homme qui n’a jamais succombé au charme d’une femme aux courbes affriolantes aille consulter un médecin. Car il se peut qu’il soit en déficience de certaines substances chimiques, dont les endorphines en particulier, connues pour leur rôle dans la régulation du plaisir dans le système nerveux de l’homme. .

Le week-end dernier, samedi soir pour être plus précis, j’ai été faire les courses à mon supermarché habituel. Je ne sais par quelle coïncidence heureuse, je me suis retrouvé dans un rayon dédié aux articles de toilette. Là, entre des tonnes de produits cosmétiques arrangés, mes yeux inquisiteurs tombèrent sur une femme, sur qui j’avais du mal à mettre un qualificatif. Tellement elle m’est apparue étrange. Étrange dans tout ce qu’elle porte, incluant même sa démarche, gracieuse comme les vagues d’une mer en tendresse.

La plastique de son corps élancé, drapé dans une mini robe moulante, dégage une sensualité, une attraction magnétique, auxquels, aucun homme ne pourra résister. C’est une véritable merveille divine accomplie.

En si peu de temps, me voici bouleversé  devant de cette fille. De ses boucles d’oreilles à son pendentif qui décore le creux de ses seins, elle ne porte rien de clinquant. Une simplicité féminine qui attire le regard. Une gazelle aux yeux de tendresse. Franchement, elle m’a donné mal au cerveau, comme dirait Maurice Sixto.

Amis lecteurs, dans ces grands moments de fébrilité masculine, difficile pour un homme comme moi de garder sa concentration. Même pour chercher ce shampoing que je viens m’acheter. Car admirer une telle créature, déclenche une forte palpitation en moi. Impossible de contrôler mon pauvre organisme. Santo Dios !

En fait, comme je n’avais pas eu l’idée de l’approcher, je me suis seulement contenté de faire de bonnes provisions de l’élégance de ses gestes, élégamment synchronisés comme une douce symphonie de Mozart.

Je vous l’avoue, messieurs, cette meuf est de ces êtres pour qui on a le droit de demander quelques jours de bonus à Dieu. Car la contempler est une source de bienfaisance pour notre corps mortel et pour notre âme immortelle.

Nota : la photo d’illustration de ce billet ne correspond pas exactement à la personne décrite dans le récit. Elle est de ma petite sœur Claudia, autre échantillon des ces femmes, qui servent de muse aux poètes pour chanter la beauté féminine. Dieu est grand hein !

Osman Jérôme


Dix minutes dans la peau d’un SDF

Un SDF à Puerto Plata, République Dominicaine © Osman Jérôme
Un SDF à Puerto Plata, République dominicaine © Osman Jérôme

Dans ce morceau de ciel bleu de Puerto Plata, parfois tout se passe comme dans une aventure onirique : des touristes torse nu sous le soleil, des chauffeurs méprisant les feux tricolores, des boîtes de nuit qui fonctionnent en plein jour… et aussi des personnes sans-abri qui remplissent les galeries poussiéreuses des maisons inhabitées.

Il est 10 heures du matin, ce jeudi 2 avril 2015, circonstance du hasard, me voici traîné sur les trottoirs vidés de la rue Juan Bosch, au cœur même de la ville.

Là, entre la musique du bazar au coin et la forte odeur de l’alcool qui s’y dégage, à même le sol, un individu est piteusement allongé. Casquette sous la tête, main droite sur la poitrine, les pieds allongés, les yeux semi-ouverts, la face vers le ciel. Une image qui déchire la rétine.

À plus de 70 ans, ce mendiant appartient à ces êtres dont les bonnes grâces de la vie semblent obstinément rejetées. Souffrant de diabète, depuis la mort de ses deux fils en 2010 dans un terrible accident de voiture, le vieillard se livre depuis à une inlassable quête de survie dans un monde de plus en plus fermé aux démunis.

Pour cet homme à bout de ressources, mais autrefois grand propriétaire terrien, demander l’aumône est l’ultime moyen de goûter à quelques jours de plus.

Le ventre hurlant famine, la tête vide, le corps épuisé à l’instar des milliers de personnes vivant sans domicile fixe dans le monde, tel est le lot de ce Dominicain d’origine haïtienne. Son rituel quotidien consiste à errer dans les rues de la ville, toujours avec les mêmes soucis ; trouver à manger, à boire et un lieu pour se reposer. L’homme est à la merci des bons samaritains.

Après une dizaine de minutes de conversation, notre interlocuteur montre des signes de fatigue. D’ailleurs, la toux qui secoue sa poitrine lui rend la communication difficile. Il fallait lui offrir quelque chose à manger, afin qu’il retrouve une goutte d’énergie pour continuer le dialogue.

Ravigoté par un sandwich, le vieil homme reprend sa première position; assis en tailleur, une main sous la tête, et l’autre entre les cuisses. Pendant quelques secondes, il plonge dans une profonde méditation silencieuse. Et dans un long soupir marqué tant de désespoir que d’indignation, il plisse ses paupières. Pour combien de temps ? Aucune idée. Mais ce qui est certain,c’est qu’il y a forte chance qu’on se recroise quelque part dans la ville.

Osman Jérôme


Dans l’effervescence d’une gare à Cité Soleil

Gare de Cité Soleil, Haïti © Osman Jérôme
Gare de Cité Soleil, Haïti © Osman Jérôme

Après avoir passé deux heures coincées dans un autocar venant de Saint-Marc, nous sommes enfin arrivés à Port-au-Prince. Il est déjà midi. Le soleil est de plomb sur la capitale.

Nous sommes à la gare, à Cité Soleil. Des camions sont anarchiquement stationnés, les camionnettes défilent dans toutes les directions, les marchands qui installent leurs étals crient… je reçois l’image d’une ville bouillonnante, ici, la vie bat son plein au rythme d’un TGV.

A la descente de l’autobus, un essaim de marchands ambulants assaillent les passagers, proposant toutes sortes de produits : journaux, bouquins, stylos à bille, médicaments, sucreries et mille autres objets.

Entre-temps, des mendiants ne vous laissent pas le temps de respirer. Parfois, ils sont tellement persistants que certains d’entre nous se sentent menacés.

Le décor n’a pas trop changé depuis ma dernière visite. Façades fissurées, murs craquelés, certains endroits portent encore les traces du 12 janvier 2010. Des placards publicitaires, des slogans, des revendications politiques salissent les murs.  Nous sommes face à une vraie esthétique du désordre.

Dans un désordre légalisé, un lot d’autobus, de taxis, de motos, tout s’empile presque les uns sur les autres. Klaxons des voitures, sirènes des camions, vrombissements des moteurs, hurlements des haut-parleurs, injures entre les chauffeurs assoiffés de passagers, nous voici face à un vacarme terrifiant, semblable à une folie collective.

Telle une colonie de fourmis, courant dans tous les sens, chacun essaie de se faire un passage au milieu d’une marée humaine, devenue de plus en plus dense au fil des minutes.

Sur la route qui mène au Centre-ville de Port-au-Prince, des véhicules sont engluées dans un monstre embouteillage. Ce qui énerve des passagers, entassés comme des sardines à l’arrière de plusieurs « tap-tap », bons pour les ateliers d’assemblage.

En effet, au milieu de ce déchainement, deux policiers tentent péniblement de régler la circulation. Mais leur présence semble n’est pas une garantie pour la sécurité de la zone. Car les cambrioleurs opèrent en toute quiétude.

Sous une tente difficilement debout, une scène attire quelques curieux. Visage déformé par le soleil, un moustachu, crane aussi lisse qu’une boule de billard ne peut pas retenir ses larmes. Il vient de se faire détrousser. L’homme est dans tous ses états.

En sanglotant dans son mouchoir, le cinquantenaire gémit des imprécations contre celui qui l’a enlevé plus de 15.000 GHT. La somme de toute une récolte de maïs, économisée pour payer l’écolage de sa fille, résidant à Port-au-Prince.

Son angoisse est frappante. Les raisons sont compréhensibles. Mais hélas, on ne fait pas de cadeau à personne à Port-au-Prince. Encore moins aux paysans fraichement débarqués.

Dans un soupir aussi long que le fleuve de l’Artibonite, la victime qui est originaire de Port-de-Paix, n’a pas eu froid de proférer des menaces contre le voleur. Il  a même juré que cet argent ne fera pas du bien au cambrioleur. Entre émotion et remords, on pèse rarement le poids des mots.

Les raclements des gorges, les sifflements des crachats, les spectateurs ont peur s’exprimer à haute voix. On préfère gronder. Surtout que personne ne sait si le détrousseur n’est pas dans la foule.

Il est midi et demi. À bord d’une camionnette pleine comme un œuf, je laisse la gare à la hâte. En rentrant chez moi, je ne peux m’empêcher de vérifier à chaque instant si mon portefeuille est là. Car les voleurs sont dans la ville.

Osman Jérôme


Haïtiens et Dominicains ou l’apologie de la déraison

Haïti et République dominicaine-©: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6e/La_espanola.JPG
Haïti et République dominicaine-©: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6e/La_espanola.JPG

Si les relations sociales et diplomatiques entre Port-au-Prince et Saint-Domingue n’ont jamais été bonnes et sincères, la détérioration atteint aujourd’hui un niveau qui inquiète les plus optimistes.

Et voilà depuis quelques jours, Haïti et République dominicaine retiennent les attentions au niveau de la région. Pour une autre fois, ce n’est ni pour un équilibre commercial entre les deux pays, encore moins une harmonisation entre les deux Républiques qui partagent la même île.

En effet, les derniers actes de violence enregistrés ces derniers jours des deux côtés de la frontière viennent envenimer des rapports sociaux et diplomatiques jamais francs auparavant.

Si jusque-là, les autorités diplomatiques des deux États restent très prudentes dans leurs interventions, quelques comportements des habitants des deux pays respectifs sont à déplorer. Pulsions irrationnelles, émotions incontrôlables, tantôt en Haïti comme en République dominicaine, certains actes posés sont indignes de la raison.

Dans une ambiance souvent ponctuée d’ignorance, les drapeaux brûlés, déchirés, souillés des deux nations voisines circulent hideusement sur la Toile. Faisant ainsi preuve d’une culture de haine nourrie par certains individus (Dominicains et Haïtiens) mal intentionnés.

Les réseaux sociaux aidant, certains Haïtiens et Dominicains se lancent vertement dans des insultes, menaces et provocations, dignes d’une apologie de rancune mutuelle. Une situation où le bon usage de la pensée est absent.

Par ailleurs, toujours dans le couloir des réseaux sociaux, les rumeurs et la désinformation s’invitent également de la partie. Ce qui crée un état de psychose chez des parents haïtiens ayant des enfants résidant en République dominicaine.

En fait, quand les amateurs de sensation se déchaînent à relayer n’importe quelle connerie ou image, non authentifiée, ça fait souvent beaucoup plus de tort que du bien à ceux qu’ils pensent défendre.

Entre-temps, en République dominicaine, beaucoup d’Haïtiens, notamment des étudiants gardent péniblement leur équilibre émotionnel. Car personne ne sait sur quoi on pourra déboucher dans les prochains jours.

En tout cas, pour réduire les risques des prochains dérapages, d’abord, les autorités des deux pays sont appelées à développer des franches collaborations, loin de toutes démagogies diplomatiques.

Ensuite, Haïtiens et Dominicains, célèbres pour leur côté émotif doivent désormais faire montre  de raison et de tolérance dans leurs actions et réactions. Car que l’on veuille ou non, Haïti et la République dominicaine sont condamnées à développer de bons rapports pour le progrès de deux nations.

Que ceux qui ont de l’intelligence, comprennent et agissent !

Osman Jérôme


Itinéraire d’une traversée incertaine

Crédit image © https://pixabay.com/p-236769/?no_redirect
Crédit image © https://pixabay.com/p-236769/?no_redirect

Les échecs de la vie n’épargnent personne. Néanmoins, les affronter demande courage et détermination. Une détermination à fixer de nouveaux horizons, souvent loin de sa famille, de ses amis et de son pays.

Anna appartient à ces milliers d’Haïtiens arrivés en République dominicaine par la force des choses. Pour gagner sa vie, elle a décidé d’atteindre le territoire voisin ; l’Eldorado, le paradis illusoire.

En condition migratoire illégale, la jeune femme de 21 ans a connu tous les déboires d’une immigrée inconfortable. Longtemps hésitante, aujourd’hui elle ne veut plus se résigner au sort imprévisible du destin. Surtout dans un pays qui ne veut presque pas de lui. Je l’ai rencontrée récemment chez un ami. Entre expérience, témoignage et indignation, le temps d’une confidence à cœur ouvert.

Mère depuis à l’âge de 17 ans, Anna a dû abandonner ses études plutôt que prévu. Que voulez-vous ? Déjà orpheline de mère et de père, la jeune maman doit s’occuper de sa progéniture, qu’elle élève d’ailleurs toute seule. Mais où est le père de l’enfant ? Pour rien au monde, celle qui dit avoir en horreur les hommes, ne veut pas revenir sur cette histoire.

En effet, en 2013, alors que tout paraissait presque sans issue, une tante (qui vivait déjà en République dominicaine) l’invite à lui rejoindre. Ce qui a été fait dans l’immédiat. Et depuis, Anna se démène comme un diable dans un bénitier pour se faire une vie sur cette terre, où l’Haïtien est une bête à chasser.

« Au départ, ça allait plus ou moins bien. Ma tante avait un petit commerce. Tant bien que mal, on s’occupait de nos besoins primaires », a-t-elle confié avec une voix pleine de nostalgie.

Quelques mois seulement après son arrivée, les difficultés ont commencé. Notamment à la suite du décès de cette tante, souffrant pendant longtemps d’un cancer de poumon. Durant l’hospitalisation, et jusqu’à la mort de la défunte, qu’elle regrette encore d’ailleurs, la jeune femme se rappelle avoir dépensé tout ce qu’elles ont eu comme économie. Au point aujourd’hui qu’elle a encore des dettes à rembourser.

Sa tante n’est plus. La situation qui n’était pas si facile avant, devient plus corsée. Un loyer à payer, une fillette en Haïti à s’occuper [..], contrairement à ses premières aspirations, entre l’alcool et la prostitution, la jeune mère mène un train de vie de bohème.

« Tout d’abord, j’ai essayé à la prostitution. Mais ça n’a pas marché. Ce n’est pas que le secteur n’est pas rentable, mais je ne m’y retrouve pas. Car certains clients, surtout des « blancs » me font souvent pression pour avoir des rapports sexuels sans préservatifs », a-t-elle lamenté.

« Par ailleurs, quand je pensais pouvoir mener une vie amoureuse normale, c’est la galère. Je ne me je vois pas dans les bras d’un Dominicain. Et les Haïtiens croisés sur mon chemin ne veulent que profiter de mon corps », a-t-elle soupiré avec une haine à peine voilée.

Plus loin, notre interlocutrice explique avoir déjà vainement tenté autres choses pour subvenir à ses besoins. « J’ai une petite barque au marché public, mais c’est un véritable calvaire que je monte avec certains agents de sécurité communale. Dernièrement, l’un d’entre eux a osé renverser mes marchandises par terre pour l’avoir refusé 100 pesos », se souvient celle qui pense terriblement à sa fille.

D’ailleurs, elle ne passe pas une minute sans mentionner Anne-Sacha, le joli prénom de sa bien-aimée, laissée en Haïti sous les yeux d’une cousine paternelle.

La frustration de la jeune dame se lit clairement sur chaque pli de son front, devenu de plus en plus suant à mesure que les minutes se filent. Toute tentative de sourire lui paraît impossible. Humeur totalement absente.

Étant en situation migratoire irrégulière, elle avoue avoir déjà été brutalisée en plusieurs occasions par des agents de l’immigration. Ces derniers devenus plus strictes dans la chasse aux Haïtiens sans documents en terre dominicaine.

Pour faire face aux assauts de cette vie indignée, cette grande consommatrice de musique urbaine, admet devenir dépendante de certaines substances psychoactives, dont notamment de l’alcool et de la cigarette.

Parfois, poursuit-elle, « Frustrée par ma condition de vie difficile, à plusieurs reprises je côtoie déjà le suicide. Mais l’avenir de mon enfant me sert encore de prétexte à rester en vie », rassure celle qui fête bientôt son 22ème anniversaire de naissance.

Dans l’un de ces grands moments de lucidité, Anna reconnaît avoir commis la plus grosse bévue de sa jeunesse, abandonnant ses études suite à la naissance de sa fille. Même si elle admet aussi que les conditions n’étaient pas non plus trop favorables.

Une confidence qui peut donner froid jusqu’aux os. Surtout quand on sait que ces cas sont récurrents en Haïti.

Mais d’autre part, cet aveu pourra servir de témoignage à une bonne partie de la jeunesse haïtienne, parfois désintéressée aux études académiques.

En effet, contrairement aux premières idées reçues, notre nouvelle amie se rend compte que les pays étrangers, encore moins la République dominicaine ne sont pas des paradis, où le lait et le miel coulent en abondance.

Expérience faite. Bonne ou/et mauvaise. Leçons apprises. Sans une économie, Anna décide désormais de retourner en Haïti. Là encore, c’est un autre défi, et pas de moindres.

Osman Jérôme


Côte des Arcadins, pour une aventure exceptionnelle

Côte des Arcadins © Osman Jérôme.
Côte des Arcadins © Osman Jérôme.

À moins d’une heure de Port-au-Prince, s’étale sur la route nationale # 1, l’une des plus belles zones côtières d’Haïti, Côte des Arcadins. Environnement paisible, mer transparente, soleil étincelant, paysage pittoresque [..], la zone offre une fresque de toute beauté.

Peu importe la saison de l’année, la région montre toujours une splendeur florissante. Une vue qui enchante par la combinaison harmonieuse de ses particularités, dont notamment les plages sablonneuses.

Les stations balnéaires alignées les unes après les autres forment une attraction touristique singulière. Les plages présentent des panoramas à faire fantasmer. Les visiteurs peuvent en témoigner avec beaucoup plus d’éloquence.

Récemment, le temps de me débarrasser du vacarme insupportable de la ville, j’ai été sur une plage très connue de la côte. Même étant un habitué, j’y reviens toujours avec les mêmes émotions de découverte.

Il était déjà presque 13h quand je suis arrivé sur les lieux. Tout juste après la rentrée principale, un agent de sécurité monte la garde. Mine plissée, lunettes noires vissées sur le nez, fusil sous la main, il assure la protection des visiteurs.

À l’intérieur, des ados jouent au foot dans le sable. Des couples s’entrelacent sous les cocotiers. D’autres se donnent plutôt au jeu du massage (érotique) sur le gazon. Tout se déroule sous le langoureux refrain de All Of Me de John Legend. Ce tube planétaire tournant en mode repeat dans un petit haut-parleur placé près du bar de la plage. Une ambiance montée de tout poil pour des gens accompagnés. Image captivante.

Tout de go, je vais m’installer au bord de la piscine. Des jeunes filles en bikini tapent un ballon de volley-ball sur la surface de l’eau. Le liquide s’agite au rythme de leurs mouvements, élégamment exécutés. Elles le font avec une telle exaltation que j’ai été vitement attiré par leurs exercices. Attention méritée.

Il va être bientôt 14h. La température monte. L’éclatant soleil qui flâne dans ce ciel limpide invite à la mer. Une mer calme et transparente, dont l’effet odieux des vagues synchronisées ne laisse personne insensible.

En duo ou en solo, en un cillement de paupières, la mer est remplie. Des créatures bien modelées, des maillots de bain séduisants, des jolis corps en exhibition, des couples soudés, des gens à la nage […], un spectacle qui plaît à l’œil. Surtout qu’ici, on vient pour voir, et pour être vu aussi.

En effet, après avoir trempé pendant quelques minutes, j’ai dû laisser l’espace au plaisir de deux amoureux qui, probablement se sentaient gênés par mon curieux regard. Voyez-vous bien ce que je veux dire ? Pas de drame. D’ailleurs ce n’est pas de loisir qui manque ici.

À quelques pas du restaurant, une bande de musiciens amateurs offre une sérénade. Ils jouent sur un air de « twoubadou ». Entourés de quelques curieux, avec une fougue juvénile, les cinq quinquagénaires passent en revue certains classiques de la musique haïtienne et du monde francophone. Nostalgie du bon vieux temps.

Chaque interprétation se termine sous des cris et des applaudissements d’un public euphorique, qui en redemande encore.

En fait, ce qui attire certains spectateurs, c’est la virtuosité avec laquelle les « musiciens » exécutent les chansons. Ils apportent une touche nouvelle aux productions originales.

Cependant, d’autres ont été plutôt charmés de la désinvolture des « artistes » à jouer avec les mots, et à déformer certains autres tant qu’ils les prononcent mal.

À chaque expression mal énoncée, l’assistance s’extase. Au point que certains ont même versé quelques gouttes de larmes, tant qu’ils ont ri de toutes leurs énergies. D’ailleurs, c’est ce côté hilarant même de la chose qui a fait rougir tout le public, grisé de bonne humeur. Satisfaction garantie.

La prestation du groupe a pris fin vers les 17h. Presque tout le monde est sorti satisfait. Certains ont replongé dans l’eau salée, d’autres cherchent à vider les lieux.

Les couleurs vibrantes du soleil s’éteignent timidement dans le firmament. Une brise rafraîchissante s’empare de la plage. Les vagues mousseuses de la mer battent encore leur rythme. Malgré la nuit qui avance, certains refusent de partir. Le cadre est attrayant.

Les yeux pleins de belles images, le corps débarrassé de toute fatigue, ainsi que s’achève un dimanche exceptionnel sur la Côte des Arcadins.

À la prochaine.

Osman Jérôme


Haïti : cette politique qui a tué nos rêves

Manifestation antigouvernementale à Port-au-Prince © Jean Marc Hervé Abélard-Le Nouvelliste
Manifestation antigouvernementale à Port-au-Prince © Jean Marc Hervé Abélard-Le Nouvelliste

L’insipide feuilleton de la politique haïtienne est loin de s’arrêter. Car après une fin d’année 2014 pleine en rebondissements, l’année 2015 commence avec les mêmes inquiétudes. En effet, comme c’était prévu, Port-au-Prince entre dans la nouvelle année sous des secousses politiques de grande magnitude. Caducité du parlement, manifestations antigouvernementales, ingérence de la communauté internationale, la sortie durable de la crise semble n’est pas pour demain.

La crise sociopolitique que traverse actuellement Haïti ne serait-elle pas le produit de l’irresponsabilité et de l’incompétence des hommes politiques ? Joseph Michel Martelly qui, à la faveur des élections entachées d’irrégularités, arrive à la tête du pays en mai 2011. Novice sur cette scène différente de la musique, comme ses prédécesseurs, l’ancien chanteur controversé est devenu héritier légitime de cette crise de vision qui manque toujours aux dirigeants haïtiens. Et depuis son arrivée au pouvoir, l’homme « tèt kale » fait face à une opposition politique de plus en plus radicale. Une situation qui n’aura  d’autres effets que de maintenir le pays dans une grogne sociale déjà insupportable.

Mégalomanie des uns, excès de pouvoir des autres, durant presque quatre ans, le Président et ses opposants ont fait de graves tords à la République. Les préjudices institutionnels causés par les bras de fer entre l’Exécutif et le parlement risquent d’induire le pays dans des voies interdites par les normes démocratiques. Ainsi, les valeurs républicaines vont continuer à être foulées aux pieds en Haïti ?

Entre-temps, vu l’incapacité des protagonistes à éviter au pays de nouvelles agitations sociales et politiques, étudiants, professionnels, simples citoyens, nombreux observateurs haïtiens de l’extérieur ont peu d’espoir quant à un redressement de la situation.  Ici en République dominicaine par exemple, certains étudiants finissants qui ont rêvé de retourner en Haïti après leurs études, commencent déjà à changer d’avis. Car selon eux, les conditions actuelles n’inspirent pas de confiance.

Dans une colère à peine supportable, Michel Constant, étudiant finissant en Sciences comptables à UTESA est très pessimiste : « J’ai l’impression que ce pays ne va nulle part, surtout avec cette classe politique de plus en plus minable. Je comptais bien retourner au pays après les études, mais aujourd’hui ça ne tente plus », a regretté le jeune de 26 ans.

Pour sa part, Docteur James Étienne se montre beaucoup plus tranchant : « Il est assez déprimant de constater que le pays se perdure dans une crise politique aussi récurrente. Ce qui contribue à tuer les rêves professionnels de toute une jeunesse, désormais livrée à la merci des débauches mondaines. Comment construire l’avenir d’une société avec des dirigeants incapables d’être à la hauteur de leurs missions ?, a-t-il conclu sur un ton exaspérant.

« Les Dominicains ne veulent plus de nous. Malgré notre statut légal, ils n’ont aucun respect pour nous. Mais que faire, où aller ? À chaque fois que je pense retourner vivre en Haïti, les choses se dégénèrent », a lamenté Rosena Jean, une marchande de produits cosmétiques à Puerto Plata.

Haïti se trouve une nouvelle fois face à un destin politique peu lucide. Un chef de l’État désormais libre à diriger par décret, Evans Paul, le premier ministre désigné doit former son cabinet ministériel, concertation pour la formation d’un nouvel organisme électoral, des manifestations annoncées un peu partout…, personne ne sait ce qui va se passer dans les prochains jours à Port-au-Prince. Mais une chose est sûre, le pays marche vers la stabilité de l’instabilité. .

Osman Jérôme


L’horreur du 12 janvier

Dégâts causés par le séisme du 12 janvier 2010 à la capitale haïtienne : ONU/Logan Abassi © Le Nouvelliste
Dégâts causés par le séisme du 12 janvier 2010 à la capitale haïtienne : ONU/Logan Abassi © Le Nouvelliste

Haïti, mardi 12 janvier 2010. Il va être bientôt 17 heures sur Port-au-Prince. Lentement, le soleil décline sur cette ville bouillante et bouillonnante.

Pas de vents, pas de pluie. Aucun souci météorologique.  La température est plutôt modérée. Et soudainement, en quelques secondes, un séisme mortel va détruire la capitale. Mettre à  genoux tout un pays, déjà en proie à ses maux.

Des cris assourdissants. Des voix étouffées dans la gorge. Vacarme épouvantable, et la ville est par terre. Le ciel devient gris, et la terre saigne de douleur.

Des maisons effondrées, des murs fissurés, des corps décapités, des morts par millier. Des plaies et des pleurs, l’horreur est à nos portes. Des sans habits, des sans-abris, l’image est sinistre, la danse est macabre.

Sous des étoiles ensanglantées, Port-au-Prince somnole debout. La terre tremble, tremble encore, la République tremble et tombe. Paysage apocalyptique.

Tout est décombre. Tout  est sombre. Séquelles physiques. Cicatrices psychologiques. Triste et lourd bilan. Un douze « tragique ».

Osman Jérôme


Récit d’une soirée d’anniversaire INOUBLIABLE

Accompagné de Michael Etienne © Samuel Marseille
Accompagné de Michael Etienne © Samuel Marseille

Les mots ne jamais innocents. Et ceci peu importe la place qu’ils occupent dans un discours, dans une déclaration. Ainsi, dans un souci de gratitude, je veux par  cette publication, remercier chacun de vous (chers lecteurs, amis et abonnés des réseaux sociaux, ayant pensé à moi hier, à l’occasion de mon anniversaire.

Vos publications, vos messages, vos cartes virtuelles témoignent de votre appréciation à mon égard. Du fond du cœur, je vous en suis très reconnaissant.

En fait, parallèlement à cette manifestation virtuelle, la fête se déroulait quelque part à Saint-Marc. Petit compte-rendu.

Ce jeudi premier janvier 2015, il est 21h. Contrairement à la nuit précédente, les rues sont peu animées. Les haut-parleurs résonnent moins. Les chauffeurs de taxi sont un peu rares. La ville donne une allure de fatigue, surtout après une soirée du 31 décembre presque sans sommeil.

En effet, c’est dans cette atmosphère de ce calme apparent, qu’une belle poignée d’amis et de familles, impeccablement vêtus, remplissent le chic espace de LE PALMIER. Ils viennent souffler avec moi cette nouvelle bougie. Ne me demandez pas combien s’il vous plaît.

Il est déjà 21h15, les douces notes d’une chanson de Wooly Saint-Louis Jean caressent allègrement les tympans des plus ponctuels, dont le fêtant à l’honneur.

Accompagné de quelques amis © Samuel Marseille
Accompagné de quelques amis © Samuel Marseille

Au fil des minutes, les tables et les sièges vides commencent à trouver propriétaires. Entre les salutations d’usage et les souhaits traditionnels du nouvel an, la soirée a débuté sur les notes d’une humeur  conviviale.

Galanterie des uns, élégance des autres, pour respecter la tradition, l’activité se déroule dans une ambiance de bon enfant.

Il est 2h du matin. Nous sommes déjà 2 janvier 2015. C’était l’heure de repartir. Même si certains n’étaient pas d’avis. D’ailleurs pour eux, c’était le seul moment regrettable de la soirée, car ils souhaitaient que cela dure beaucoup plus.

Comme c’est le cas depuis quelques années, ce sont mes confrères et amis du BUREAU DES SAGES qui ont tout organisé. Entre les cadeaux, les souhaits, les anecdotes, les blagues, ils m’ont offert une soirée digne de mémoire.

Osman Jérôme


BIC en « Recto-vèso »

Couverture de « Recto Vèso » © Page Facebook de Bic Tizon Dife
Couverture de « Recto-vèso » © Page Facebook de Bic Tizon Dife

Dans une industrie musicale haïtienne polluée par la médiocrité du plus grand nombre, il n’est pas toujours facile de distinguer l’ivraie du bon grain. Cependant, comme tout ce qui brille n’est pas l’or, la créativité finira toujours par avoir raison de la facilité.

Roosevelt Saillant dit BIC appartient à cette génération d’artistes qui misent gros sur la qualité pour séduire le public. En quatorze ans de carrière, loin de se laisser séduire par la tentation de la vaine popularité, l’artiste a pris du temps de bien remplir sa page artistique. Désormais, il nous la présente en « recto-verso ».

En effet, deux ans après le remarquable succès de l’opus « kreyòl chante, kreyòl konprann volume II », toujours avec la même verve et le même verbe, aujourd’hui l’ancien membre de FLEX nous revient avec « Recto-vèso ». Son cinquième album personnel, soit le sixième dans son intéressante discographie.

C’est un disque de douze morceaux dont quatre en français. Le produit sera soumis au grand public le 13 décembre prochain, lors d’une vente signature prévue à 18h à l’hôtel Royal Oasis à Pétion Ville, Haïti.

J’ai eu le privilège d’auditionner quelques morceaux du disque. Je vous assure déjà que c’est une délectation pour les tympans avertis. Car comme dans les précédentes productions, l’interprète de « Société moins un » a utilisé son inspiration à bon escient. Il nous soumet un plat musical à consommer avec appétit.

Pareil à un peintre qui s’exprime sur une toile, BIC joue avec les mots. Il fait une musique qui percute, qui interpelle et conscientise. L’artiste qui se dit être inspiré de la quotidienneté de la vie pour accoucher ses textes, trouve encore une manière très originale à faire passer ses revendications sociales.

Mes amis, ce qui est bon doit être partagé. C’est ce qu’on m’a appris. Ainsi, en moins de dix minutes, je vous laisse découvrir ou redécouvrir BIC Tizon Dife à travers deux chansons. La première est « Introspection », extraite de l’album « Plus loin » sorti en 2008, et la deuxième, « Genyen wi la », qu’on va retrouver sur « Recto-vèso ». Bonne écoute.

Osman Jérôme