Osman

Cinq raisons de passer mes vacances en Haïti

Amani-y Beach à Saint-Marc / Osman Jérôme

C’est déjà la moitié du mois de juillet. La température, les bals, les festivals, les voyages, la période estivale bat son plein. Se déconnecter du boulot ou des études, c’est le désir de chaque professionnel, de chaque étudiant, soucieux de sa détente. D’ailleurs, qui n’aimerait pas profiter de quelques jours de congé, surtout en été ? Le temps de se ressourcer un peu.

En effet, si beaucoup sont déjà partis en vacances, d’autres sont encore indécis quant aux destinations à prendre. Quant à moi, quoiqu’un peu tardif, mon choix est fait ; je pars pour quelques jours en Haïti.

Alors, en cinq points, voici les raisons de ma destination :

  • Ma famille. Étudiant immigrant nostalgique. Au début de chaque session, je m’assure de bien noter le calendrier des épreuves finales. Ainsi, je m’arrange tôt pour retrouver la famille et les amis en Haïti. Les uns et les autres sont toujours heureux de me revoir, l’occasion pour tous de consolider nos liens affectifs. Attachement familial.

    Mon petit frère (Rodmanson) et moi, derrière nos lunettes de soleil. © Osman
    Mon petit frère (Rodmanson) et moi, derrière nos lunettes de soleil. © Osman
  • La nourriture. En Haïti, une fierté très répandue, fait l’apologie de la cuisine haïtienne comme étant la meilleure au monde. Je ne suis pas atteint par cet orgueil, mais je n’ai pas encore goûté d’autre plat étranger, me permettant de me délecter comme les mets haïtiens. Des mets connus pour leurs saveurs épicées. Bon appétit à tous.

    Pendant ce temps-là, je mange en pleine rue à Port-au-Prince. © Osman
    Pendant ce temps-là, je mange en pleine rue à Port-au-Prince. © Osman
  • Les plages. Après les traditionnels cultes et messes, les visites familiales, la journée du dimanche en Haïti est ouverte à d’autres activités, dont la plage en particulier. D’ailleurs, ce ne sont pas les adresses qui manquent, surtout à Saint-Marc. Quand j’y suis de passage, je ne peux m’empêcher la baignade, un sacré moment : exposition au soleil, course sur le sable sans oublier d’admirer les vagues de ce morceau de mer d’Amani-Y beach, qui invite toujours à la nage. Adieu fatigue.

    Amani-Y beach (Saint-Marc) © Osman
    Amani-Y beach (Saint-Marc) © Osman
  • Le tourisme local. D’habitude, peu importe la courte durée de mon séjour en Haïti, je m’assure toujours d’être en mesure d’aller visiter au moins un site touristique ou historique. Ainsi, je ne laisserai pas le privilège aux étrangers de connaître mieux que moi l’histoire du Palais Sans Souci à Milot, ou celles des Forts Jacques et Alexandre, plantés sur les collines de Kenscoff. À la découverte de mon pays.

    Les ruines du palais Sans Souci (Milot) © Osman
    Les ruines du palais Sans Souci (Milot) © Osman
  • Les activités nocturnes. S’il y a une chose qu’on me reproche parfois quand je suis en Haïti ; c’est d’être trop noctambule. De plus, que faire, quand on est de passage à Saint-Marc, une ville réputée « sans sommeil » ? En tout cas, j’ai plus de dix-huit ans, j’assume. Et puis, en passant, je peux vous dire qu’en saisons estivales, les sorties nocturnes font souvent bonne recette.

    Quand l’instant est à la danse (Saint-Marc) © Osman
    Quand l’instant est à la danse (Saint-Marc) © Osman

Enfin,  à part quelques points à mettre sur certains i, tout est fin prêt pour ces nouvelles vacances dans mon Haïti chérie. L’affection familiale, la saveur des plats, le bleu de la mer, le tourisme local, les sorties nocturnes, ça s’annonce bien pour ces quelques jours de congé.

Et vous, pour quelles raisons partirez-vous en vacances en Haïti ? Où partirez-vous en vacances ?

Osman Jérôme


Petit lexique de la sexualité en Haïti

Crédit © l’autre Haïti
Crédit © Paola (l’autre Haïti)

De l’époque primitive aux temps modernes, parler de la sexualité a toujours été un sujet à la fois passionnant et controversé. D’une culture à l’autre, si les termes traduisant les rapports sexuels renvoient souvent à des expressions cocasses, parfois, ils frôlent aussi un certain sexisme pour le moins avilissant.

En Haïti, suivant la région ou le milieu social, la nomenclature de la sexualité varie d’une tranche d’âge à l’autre. Cependant, malgré la diversité langagière, on retiendra que la population fait souvent preuve de créativité, quand il s’agit de qualifier l’acte sexuel, dépendamment de la gratification ou de la satisfaction obtenue.

En effet, l’élasticité du créole aidant, désormais, le champ lexical de la sexualité est d’une densité remarquable. Ainsi, madame, monsieur, entre humour et prosaïsme, bienvenue dans la littérature sexuelle haïtienne.

« Bonjou pwèl ». L’éjaculation précoce est un trouble sexuel qui affecte beaucoup de jeunes. D’ailleurs, c’est un facteur important dans la rupture de certains couples, en manque de satisfaction sexuelle. En Haïti, quand un mec n’est pas capable de se prouver sur un lit dans un temps record, il se fait considérer comme inutile. Ainsi, les amateurs des brèves performances sont familièrement appelés « Bonjou pwèl » (bonjour les poils). Humiliation complète.

Connaître. Du français au créole, la signification de « connaître » ne change pas ; (Se faire une idée de). Cependant, dans la créativité linguistique du créole, « connaître » se réfère à plein d’autres choses. Par exemple, dans le langage vulgaire, quand vous entendez un mec  dire : « Mwen konnen fanm sa » (je connais cette femme), la signification peut être aussi « avoir coïté avec cette femme ». C’est dit alors.

« Dechalbore ». Créole haïtien. Selon le site www.dictionnaire-creole.com, le verbe « dechalbore » marque l’action de : (1) mettre en lambeaux ; (2) dépuceler une vierge. En effet, cette expression revient le plus souvent dans la littérature sexuelle haïtienne pour justifier un rapport sexuel qualifié de sadisme et de mépris. En ce sens, une prostituée peut s’exprimer ainsi à un client : « Je ne vais pas vous laisser me « dechalbore » pour votre argent.

« Ke ». Pour certains, les rapports sexuels épanouis, sont ceux qui se terminent sur une note de satisfaction mutuelle des deux partenaires. Ainsi, cela suppose bien évidemment éjaculation, orgasme entre autres. En effet, pour parler d’éjaculation, les plus jeunes se réfèrent au terme « ke » (queue). J’ai beau chercher à comprendre pourquoi l’utilisation d’une telle expression. Mais ce que je sais, si on a éjaculé deux fois au cours d’un rapport sexuel, on a fait deux « ke ».

« Plastik ». Conscience collective oblige. Vu la propagation des IST, notamment l’épidémie du VIH/SIDA, le jeune Haïtien qui se respecte ne va pas au combat sexuel sans son arme ; le préservatif. Toutefois, loin des noms, génériquement ou commercialement utilisés pour parler du produit, ici les amateurs du néologisme parlent de « plastik » (plastique) en référence du condom.

« Pwa ». Face aux inquiétudes créées par l’éjaculation précoce, les victimes passent à l’offensive. Même si bien souvent, ce n’est pas toujours dans la meilleure des façons. Voilà, pour s’assurer d’une longue performance sexuelle, l’Haïtien de ma génération s’appuie sur son fameux « pwa », produit très populaire, servant à retarder longuement l’éjaculation de l’homme. Aux grands maux, aux grands remèdes, dit-on.

Signer. En droit, « signer » se traduit par le fait d’avaliser, endosser un acte en y apposant une signature. Cela suppose donc un lieu, un support quelconque. En Haïti, dans le parler courant, le sexe du garçon est aussi appelé crayon ou stylo, et celui de la fille « fiche ». Dans son tube « Fich bòlèt », le groupe Zenglen en a donné les détails. « Avoir déjà signé sur la fiche d’une fille », signifie donc avoir déjà eu des rapports sexuels avec elle.

Tailler. Par simple définition, le verbe « tailler » a la même valeur sémantique en français qu’en créole ; (couper, diviser, décapiter…) Sauf que, pour certains besoins communicationnels, l’expression prend aussi d’autres connotations en Haïti. Par exemple, dans le milieu juvénile, l’expression « taye » revient souvent dans les conversations pour se référer à un rapport sexuel. « Mwen gentan taye fanm sa » (j’ai déjà couché avec cette femme).

« Tibèf ». Qu’il soit fellation ou cunnilingus, en Haïti, tout acte sexuel oral se qualifie de « tibèf » (veau). Comme vous êtes un lecteur intelligent, trouvez-vous-même la raison de l’allusion au mammifère.

Traverser. Autant que je le sache, cette expression n’est pas trop ancienne dans la littérature sexuelle haïtienne. Cependant, aujourd’hui « Travèse ou janbe » est tellement populaire pour parler d’un acte sexuel, que cela devient un slogan dans le milieu juvénile. « Fanm sa, mwen gentan janbe li plizyè fwa » (cette femme, je l’ai déjà traversée à plusieurs reprises), dit-on souvent dans la rue pour parler d’un rapport sexuel d’un air dégradant.

« Viergina ». Malgré la désacralisation du mythe de la virginité, certains milieux tentent encore de conserver cet « honneur féminin » qui disparaît sous la pression de la modernité. Ainsi, pour se moquer de toutes filles qui, à un certain âge, n’ont pas encore de rapports sexuels, on les appelle joliment « Viergina ».

Par ailleurs, si vous connaissez certaines expressions non listées dans ce billet, vous pouvez les mentionner dans un commentaire. Si vous êtes dans une autre région du monde, faites-vous plaisir de partager avec nous les vocabulaires typiques, parlant des rapports sexuels dans vos pays. Prêtez-vous au jeu.

Osman Jérôme


Régularisation, déportation : nouveaux cauchemars des Haïtiens en République dominicaine

République dominicaine : Des Haïtiens faisant la queue pour se faire inscrire au Plan National de Régularisation des Étrangers (PNRE) -© Osman Jérôme
République dominicaine : Des Haïtiens faisant la queue pour se faire inscrire au Plan National de Régularisation des Étrangers (PNRE) -© Osman Jérôme

République dominicaine, mercredi 17 juin 2015. Comme prévu, les inscriptions au processus du plan national de régularisation des étrangers (PNRE), arrivent à terme.

En effet, contrairement aux rumeurs, il n’y aura pas de prolongation pour les retardataires. Ainsi, les immigrants « illégaux » non enregistrés seront prochainement rapatriés suivant les dispositions établies.

Mardi 16 juin 2015, 10h du matin. Soleil de plomb sur Puerto Plata. Ici, nous sommes à l’avenue Luis Jinebra. Vacarme des automobiles, klaxon des motos, la circulation est tout, sauf fluide. Pour cause ?, une marrée haïtienne, piteusement bloquée devant le bureau régional du plan national de régularisation des étrangers (PNRE).  Parasols, casquettes vissées au front, certains cherchent à se protéger des rayons insupportables du soleil.

Bousculades, injures, murmures, l’exercice est musclé. Les filles et les vieillards en font parfois les frais.  Paradoxalement, tout se passe sous les regards passifs de deux agents de sécurité, qui semblent s’occuper d’autres choses que de maintenir la discipline au milieu de la foule.

Tant que les minutes passent, la file devient de plus en plus dense. Entre-temps, elle ne grouille presque pas. Pendant que les plus braves font encore la longue queue, certaines abandonnent le navire avec rage et colère au bout des lèvres.

« Je me suis inscrit depuis septembre 2014, maintenant nous sommes au mois de juin 2015, je continue à faire la navette ici », a lancé vertement Cédieu Noël, brandissant un lot de papiers. L’air frustré, l’homme se dit être découragé des problèmes rencontrés dans le processus. Pour lui, il n’y a rien de sérieux dans cette affaire, ce n’est qu’une arnaque organisée. « Chaque document apporté, on y trouve une anomalie. J’ai déjà dépensé plus de 6000 pesos dominicains pour la légalisation des papiers, et aujourd’hui encore on me fait d’autres exigences », a lamenté le barbu en sueur.

Pour sa part, Gerardy Pierre ne mâche pas ses mots pour dénoncer une forme de discrimination observée dans le processus du PNRE. « Imaginez-vous que je suis ici depuis 6h AM, attendant l’ouverture du bureau à 8h. On ne fait point de cas de moi. Cependant, quand les « blancs » arrivent, on les reçoit dans l’immédiat », a dénoncé ce jeune haïtien visiblement à bout de patience.

D’un autre coté,  pour Alexandre Joanis, un Haïtien travaillant en tant que facilitateur au bureau régional du PNRE à Puerto Plata, le plus grand obstacle rencontré par la majorité des Haïtiens dans le processus, c’est un problème d’identification. « En plus d’être en condition migratoire illégale, certains n’ont ni un acte de naissance, voire une carte d’indentification nationale », a amèrement déploré ce promoteur de Droits Humains. Plus loin, l’homme qui maîtrise difficilement le créole, reproche les autorités haïtiennes qui, selon lui n’ont pas été à la hauteur dans ce dossier. Surtout dans le retard accumulé pour la livraison de certains documents aux citoyens haïtiens, dont le fameux passeport.

En effet, dans des discours imprégnés d’indignation et de résignation, la majorité des interviewés avouent être prêts à retourner aller vivre en Haïti. Cependant, ils exigent aux autorités haïtiennes d’y créer les conditions de vie adéquates, notamment de l’emploi.

En tout cas, avant la grande déportation annoncée par les autorités dominicaines, applaudie à l’unanimité par la société civile, les Haïtiens sans documents sont désormais dans une immense tourmente.

Osman Jérôme


Haïti : le processus électoral vu par des blogueurs

Élections en Haïti-© Crédit photo: https://hpnhaiti.com
Élections en Haïti-© Crédit photo: https://hpnhaiti.com

En dépit de certaines irrégularités techniques, après des mois de tensions, de tergiversations, de négociations et de pressions, la machine électorale a été finalement mise en marche. Et depuis, les secousses du séisme électoral n’ont cessé de secouer une scène politique haïtienne déjà trop fébrile.

Collège électoral en manque de crédibilité, indisponibilité des fonds, candidatures rejetées, candidatures contestées [..], selon certains observateurs, le contexte politique actuel paraît peu favorable à la réalisation des scrutins.

En effet, avec un regard souvent différent des journalistes traditionnels, les blogueurs commentent aussi les actualités haïtiennes. Dans des opinions parfois si brillamment soutenues, ces jeunes observateurs vont de leurs propres commentaires sur ce processus électoral, qui demeure encore nébuleux. Morceaux choisis :

Les candidats

Dans son texte titré « Être candidat en Haïti », Diego Mythri va droit au but ; il a perception pour le moins pessimiste de ceux qui cherchent maladroitement à briguer des postes politiques, souvent sans même savoir dans quoi ils s’embarquent réellement.

« En Haïti, être candidat ne relève pas du passé et du renommé du personnage. Ce qui importe c’est d’avoir un staff de campagne capable de se charger efficacement des affiches et des retouches spéciales des photos, au moyen du Photoshop, durant les mois de campagne électorale », a tristement observé le jeune blogueur.

La « candidatite »

L’arrivée surprise de Michel Martelly à la tête du pays, n’est pas en effet sans conséquence sur la perception du pouvoir en Haïti. Car depuis l’avènement de l’ancien chanteur « controversé » à la plus haute magistrature de la république, on observe une agressivité inquiétante du plus commun des mortels pour accéder au sommet des affaires politiques. Ainsi, tout le monde pense pouvoir être n’importe qui dans cette société, regrettent certains observateurs.

Désormais, il existe un concept, un néologisme pour parler de ce virus qui semble atteindre une bonne partie de la population haïtienne, rêvant d’arriver par tous les moyens au pouvoir ; c’est la « candidatite », perçue comme un fleau qui deferle sur tout le pays.

« Dans le vacarme de la machine électorale, en ce temps de fièvre des élections en Haïti. Une curiosité exceptionnelle s’est emparée du public. À cause d’une maladie mortelle, appelée  « candidatite » qui frappe subitement un bon nombre de mes concitoyens. La passion d’acquérir du bien plus rapidement serait la principale motivation de la majorité de ces candidats », a lamenté Nelson Deshommes, dans une réflexion drôlement intitulée : Haïti- Élections, qui n’est pas candidat?

Les partis politiques

À bien observer la tendance actuelle, il faut s’attendre un jour que chaque électeur aura son propre parti politique en Haïti. Car à chaque période électorale, les regroupements politiques poussent comme des champignons.

En effet, de l’avis de Worlgenson Noël, cette pratique constitue un obstacle au bon déroulement du processus électoral. Dans son article : « Monsieur le candidat, quel est votre bannière politique ? », l’étudiant en Communication Sociale à la FASCH ne va pas avec le dos de la cuillère. Pour lui : « la prolifération des partis et regroupements politiques se mobilisant pour les prochaines élections peut être un facteur considérable susceptible de constituer un fil à retordre pour les choix potentiels des électeurs qui seront contraints de disséquer leur vote ».

Le Conseil Électoral Provisoire (CEP)

Les saisons électorales haïtiennes se suivent et se ressemblent presque toutes. La crédibilité des institutions chargées d’organiser les élections souffrent toujours d’une carence de crédibilité. Et ce nouveau CEP ne fait pas l’exception de la règle.

Cette anomalie institutionnelle n’est pas passée inaperçue sous les yeux de Diego  Mythri  Pour lui, « L’actuel CEP, comme tous les autres institués dans le passé, souffre d’une déficience de crédibilité. Mais celui-ci risque d’atteindre le stade anémique sévère en termes de fiabilité. Alors que des responsables des partis s’interrogent sur l’applicabilité du calendrier électoral, qui prévoit d’organiser les élections en trois temps, le problème de crédibilité resurgit dans  les débats ». Alors, comment dans telles conditions, ne pas être sceptique quant à la tenue de bonnes élections dans le pays ?

Et la démocratie ?

La chute dictatoriale des Duvalier, est pour certains, une sorte de rentrée triomphale d’Haïti à l’ère démocratique. Cependant, presque trente ans après, le terrain politique de la première république Noire semble n’être pas toujours propice au développement complexe de la démocratie.

Widlore Mérancourt abonde dans le même sens. Dans « Élections mortelles », l’étudiant en sciences juridiques est clair : « La simple évocation de la démocratie n’en fait pas une réalité, en ce sens que le système se donne à voir par la matérialisation de ses différents éléments. Ainsi, l’organisation honnête et périodique d’élections est une nécessité absolue à la mise en place et la pérennisation de tout système se revendiquant comme tel ».

En effet, à quelques mois de la réalisation des prochaines compétitions électorales (s’il y en aura bien entendu cette année), entre pressions et confusion, sous le ciel politique d’Haïti, se défilent de gros nuages d’inquiétudes. Et vous savez, le paradoxe dans tout ça, c’est que, seule la réalisation d’élections crédibles sera capable de dissiper tous ces doutes.

Osman Jérôme


Une salle histoire de jalousie

Crédit © : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/54/Depression-loss_of_loved_one.jpg
Crédit © : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/54/Depression-loss_of_loved_one.jpg

La jalousie est désormais une crise mondiale. Au rythme du temps, elle connaît une énorme croissance dans les couples. Ainsi, le taux des victimes n’a jamais chuté. Au contraire. 

En effet, sur le plan émotionnel, être jaloux n’a apparemment rien de morbide. Au tant qu’on y  révèle aucune conduite psychologique désadaptée. En revanche, la jalousie devient pathologique, quand elle est accompagnée d’intenses sentiments d’insécurité, d’apitoiement sur soi, d’hostilité et de dépression. Ces comportements qui sont souvent destructeurs pour les couples.

Madame, monsieur, retour sur une scène de violence conjugale, dont l’antécédent est une crise de jalousie.

Ce matin encore, ce sont les cris assourdissants de Maryse, une respectueuse colocataire qui m’ont brutalement réveillé. Il n’était même pas encore 5h.

Le visage en sang, les yeux ruissellent de larmes, des marques de coups sur les épaules, des blessures sur les bras, la jeune femme vient d’être violentée une nouvelle fois par son conjoint.  La quatrième depuis le début du mois.

Après une discussion pour le moins ridicule, l’homme est succombé à ses folies. Il a violemment frappé sa compagne avec un bar de fer. N’était-ce pas l’intervention précipitée de deux autres voisins, il aurait même tué la pauvre.

En effet, le triste épisode qui a failli coûter la vie à la jeune dame, a commencé à la suite d’un appel téléphonique. Selon les versions de la victime, il était déjà 4h30 quand elle reçoit un appel d’un ami. Ne pouvant pas écouter la communication, encore moins savoir qui a appelé, le mari tombe dans une folle illusion. Ce dernier jure alors par son intuition que sa femme était à l’appareil avec son ex. Et depuis, les disputes ont commencé par des échanges musclés. Quelques minutes après, sous le coup de ses pulsions irrationnelles, Robert a bastonné Maryse avec une rage indigne d’un homme fait de raison.

État confusionnel, mélancolie profonde, la victime dit réfléchir à la possibilité de rompre définitivement cette relation qui lui rend la vie dure. Cependant, malgré ce nouveau drame, elle croit encore avoir des nobles sentiments pour son bourreau, avec qui elle partage le lit depuis bientôt deux ans.

Dépendance émotionnelle ou attachement démesuré ? Définitivement, entre l’arbre et l’écorce, il ne faut surtout pas y mettre le doigt.

Osman Jérôme


Et Dieu créa cette femme

Crédit photo © Claudia Jérôme
Crédit photo © Claudia Jérôme

« Le corps beau et le regard » , c’est le pouvoir séducteur de la femme. Je le reconnais D’ailleurs, que l’homme qui n’a jamais succombé au charme d’une femme aux courbes affriolantes aille consulter un médecin. Car il se peut qu’il soit en déficience de certaines substances chimiques, dont les endorphines en particulier, connues pour leur rôle dans la régulation du plaisir dans le système nerveux de l’homme. .

Le week-end dernier, samedi soir pour être plus précis, j’ai été faire les courses à mon supermarché habituel. Je ne sais par quelle coïncidence heureuse, je me suis retrouvé dans un rayon dédié aux articles de toilette. Là, entre des tonnes de produits cosmétiques arrangés, mes yeux inquisiteurs tombèrent sur une femme, sur qui j’avais du mal à mettre un qualificatif. Tellement elle m’est apparue étrange. Étrange dans tout ce qu’elle porte, incluant même sa démarche, gracieuse comme les vagues d’une mer en tendresse.

La plastique de son corps élancé, drapé dans une mini robe moulante, dégage une sensualité, une attraction magnétique, auxquels, aucun homme ne pourra résister. C’est une véritable merveille divine accomplie.

En si peu de temps, me voici bouleversé  devant de cette fille. De ses boucles d’oreilles à son pendentif qui décore le creux de ses seins, elle ne porte rien de clinquant. Une simplicité féminine qui attire le regard. Une gazelle aux yeux de tendresse. Franchement, elle m’a donné mal au cerveau, comme dirait Maurice Sixto.

Amis lecteurs, dans ces grands moments de fébrilité masculine, difficile pour un homme comme moi de garder sa concentration. Même pour chercher ce shampoing que je viens m’acheter. Car admirer une telle créature, déclenche une forte palpitation en moi. Impossible de contrôler mon pauvre organisme. Santo Dios !

En fait, comme je n’avais pas eu l’idée de l’approcher, je me suis seulement contenté de faire de bonnes provisions de l’élégance de ses gestes, élégamment synchronisés comme une douce symphonie de Mozart.

Je vous l’avoue, messieurs, cette meuf est de ces êtres pour qui on a le droit de demander quelques jours de bonus à Dieu. Car la contempler est une source de bienfaisance pour notre corps mortel et pour notre âme immortelle.

Nota : la photo d’illustration de ce billet ne correspond pas exactement à la personne décrite dans le récit. Elle est de ma petite sœur Claudia, autre échantillon des ces femmes, qui servent de muse aux poètes pour chanter la beauté féminine. Dieu est grand hein !

Osman Jérôme


Dix minutes dans la peau d’un SDF

Un SDF à Puerto Plata, République Dominicaine © Osman Jérôme
Un SDF à Puerto Plata, République dominicaine © Osman Jérôme

Dans ce morceau de ciel bleu de Puerto Plata, parfois tout se passe comme dans une aventure onirique : des touristes torse nu sous le soleil, des chauffeurs méprisant les feux tricolores, des boîtes de nuit qui fonctionnent en plein jour… et aussi des personnes sans-abri qui remplissent les galeries poussiéreuses des maisons inhabitées.

Il est 10 heures du matin, ce jeudi 2 avril 2015, circonstance du hasard, me voici traîné sur les trottoirs vidés de la rue Juan Bosch, au cœur même de la ville.

Là, entre la musique du bazar au coin et la forte odeur de l’alcool qui s’y dégage, à même le sol, un individu est piteusement allongé. Casquette sous la tête, main droite sur la poitrine, les pieds allongés, les yeux semi-ouverts, la face vers le ciel. Une image qui déchire la rétine.

À plus de 70 ans, ce mendiant appartient à ces êtres dont les bonnes grâces de la vie semblent obstinément rejetées. Souffrant de diabète, depuis la mort de ses deux fils en 2010 dans un terrible accident de voiture, le vieillard se livre depuis à une inlassable quête de survie dans un monde de plus en plus fermé aux démunis.

Pour cet homme à bout de ressources, mais autrefois grand propriétaire terrien, demander l’aumône est l’ultime moyen de goûter à quelques jours de plus.

Le ventre hurlant famine, la tête vide, le corps épuisé à l’instar des milliers de personnes vivant sans domicile fixe dans le monde, tel est le lot de ce Dominicain d’origine haïtienne. Son rituel quotidien consiste à errer dans les rues de la ville, toujours avec les mêmes soucis ; trouver à manger, à boire et un lieu pour se reposer. L’homme est à la merci des bons samaritains.

Après une dizaine de minutes de conversation, notre interlocuteur montre des signes de fatigue. D’ailleurs, la toux qui secoue sa poitrine lui rend la communication difficile. Il fallait lui offrir quelque chose à manger, afin qu’il retrouve une goutte d’énergie pour continuer le dialogue.

Ravigoté par un sandwich, le vieil homme reprend sa première position; assis en tailleur, une main sous la tête, et l’autre entre les cuisses. Pendant quelques secondes, il plonge dans une profonde méditation silencieuse. Et dans un long soupir marqué tant de désespoir que d’indignation, il plisse ses paupières. Pour combien de temps ? Aucune idée. Mais ce qui est certain,c’est qu’il y a forte chance qu’on se recroise quelque part dans la ville.

Osman Jérôme


Dans l’effervescence d’une gare à Cité Soleil

Gare de Cité Soleil, Haïti © Osman Jérôme
Gare de Cité Soleil, Haïti © Osman Jérôme

Après avoir passé deux heures coincées dans un autocar venant de Saint-Marc, nous sommes enfin arrivés à Port-au-Prince. Il est déjà midi. Le soleil est de plomb sur la capitale.

Nous sommes à la gare, à Cité Soleil. Des camions sont anarchiquement stationnés, les camionnettes défilent dans toutes les directions, les marchands qui installent leurs étals crient… je reçois l’image d’une ville bouillonnante, ici, la vie bat son plein au rythme d’un TGV.

A la descente de l’autobus, un essaim de marchands ambulants assaillent les passagers, proposant toutes sortes de produits : journaux, bouquins, stylos à bille, médicaments, sucreries et mille autres objets.

Entre-temps, des mendiants ne vous laissent pas le temps de respirer. Parfois, ils sont tellement persistants que certains d’entre nous se sentent menacés.

Le décor n’a pas trop changé depuis ma dernière visite. Façades fissurées, murs craquelés, certains endroits portent encore les traces du 12 janvier 2010. Des placards publicitaires, des slogans, des revendications politiques salissent les murs.  Nous sommes face à une vraie esthétique du désordre.

Dans un désordre légalisé, un lot d’autobus, de taxis, de motos, tout s’empile presque les uns sur les autres. Klaxons des voitures, sirènes des camions, vrombissements des moteurs, hurlements des haut-parleurs, injures entre les chauffeurs assoiffés de passagers, nous voici face à un vacarme terrifiant, semblable à une folie collective.

Telle une colonie de fourmis, courant dans tous les sens, chacun essaie de se faire un passage au milieu d’une marée humaine, devenue de plus en plus dense au fil des minutes.

Sur la route qui mène au Centre-ville de Port-au-Prince, des véhicules sont engluées dans un monstre embouteillage. Ce qui énerve des passagers, entassés comme des sardines à l’arrière de plusieurs « tap-tap », bons pour les ateliers d’assemblage.

En effet, au milieu de ce déchainement, deux policiers tentent péniblement de régler la circulation. Mais leur présence semble n’est pas une garantie pour la sécurité de la zone. Car les cambrioleurs opèrent en toute quiétude.

Sous une tente difficilement debout, une scène attire quelques curieux. Visage déformé par le soleil, un moustachu, crane aussi lisse qu’une boule de billard ne peut pas retenir ses larmes. Il vient de se faire détrousser. L’homme est dans tous ses états.

En sanglotant dans son mouchoir, le cinquantenaire gémit des imprécations contre celui qui l’a enlevé plus de 15.000 GHT. La somme de toute une récolte de maïs, économisée pour payer l’écolage de sa fille, résidant à Port-au-Prince.

Son angoisse est frappante. Les raisons sont compréhensibles. Mais hélas, on ne fait pas de cadeau à personne à Port-au-Prince. Encore moins aux paysans fraichement débarqués.

Dans un soupir aussi long que le fleuve de l’Artibonite, la victime qui est originaire de Port-de-Paix, n’a pas eu froid de proférer des menaces contre le voleur. Il  a même juré que cet argent ne fera pas du bien au cambrioleur. Entre émotion et remords, on pèse rarement le poids des mots.

Les raclements des gorges, les sifflements des crachats, les spectateurs ont peur s’exprimer à haute voix. On préfère gronder. Surtout que personne ne sait si le détrousseur n’est pas dans la foule.

Il est midi et demi. À bord d’une camionnette pleine comme un œuf, je laisse la gare à la hâte. En rentrant chez moi, je ne peux m’empêcher de vérifier à chaque instant si mon portefeuille est là. Car les voleurs sont dans la ville.

Osman Jérôme


Haïtiens et Dominicains ou l’apologie de la déraison

Haïti et République dominicaine-©: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6e/La_espanola.JPG
Haïti et République dominicaine-©: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6e/La_espanola.JPG

Si les relations sociales et diplomatiques entre Port-au-Prince et Saint-Domingue n’ont jamais été bonnes et sincères, la détérioration atteint aujourd’hui un niveau qui inquiète les plus optimistes.

Et voilà depuis quelques jours, Haïti et République dominicaine retiennent les attentions au niveau de la région. Pour une autre fois, ce n’est ni pour un équilibre commercial entre les deux pays, encore moins une harmonisation entre les deux Républiques qui partagent la même île.

En effet, les derniers actes de violence enregistrés ces derniers jours des deux côtés de la frontière viennent envenimer des rapports sociaux et diplomatiques jamais francs auparavant.

Si jusque-là, les autorités diplomatiques des deux États restent très prudentes dans leurs interventions, quelques comportements des habitants des deux pays respectifs sont à déplorer. Pulsions irrationnelles, émotions incontrôlables, tantôt en Haïti comme en République dominicaine, certains actes posés sont indignes de la raison.

Dans une ambiance souvent ponctuée d’ignorance, les drapeaux brûlés, déchirés, souillés des deux nations voisines circulent hideusement sur la Toile. Faisant ainsi preuve d’une culture de haine nourrie par certains individus (Dominicains et Haïtiens) mal intentionnés.

Les réseaux sociaux aidant, certains Haïtiens et Dominicains se lancent vertement dans des insultes, menaces et provocations, dignes d’une apologie de rancune mutuelle. Une situation où le bon usage de la pensée est absent.

Par ailleurs, toujours dans le couloir des réseaux sociaux, les rumeurs et la désinformation s’invitent également de la partie. Ce qui crée un état de psychose chez des parents haïtiens ayant des enfants résidant en République dominicaine.

En fait, quand les amateurs de sensation se déchaînent à relayer n’importe quelle connerie ou image, non authentifiée, ça fait souvent beaucoup plus de tort que du bien à ceux qu’ils pensent défendre.

Entre-temps, en République dominicaine, beaucoup d’Haïtiens, notamment des étudiants gardent péniblement leur équilibre émotionnel. Car personne ne sait sur quoi on pourra déboucher dans les prochains jours.

En tout cas, pour réduire les risques des prochains dérapages, d’abord, les autorités des deux pays sont appelées à développer des franches collaborations, loin de toutes démagogies diplomatiques.

Ensuite, Haïtiens et Dominicains, célèbres pour leur côté émotif doivent désormais faire montre  de raison et de tolérance dans leurs actions et réactions. Car que l’on veuille ou non, Haïti et la République dominicaine sont condamnées à développer de bons rapports pour le progrès de deux nations.

Que ceux qui ont de l’intelligence, comprennent et agissent !

Osman Jérôme


Itinéraire d’une traversée incertaine

Crédit image © https://pixabay.com/p-236769/?no_redirect
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Les échecs de la vie n’épargnent personne. Néanmoins, les affronter demande courage et détermination. Une détermination à fixer de nouveaux horizons, souvent loin de sa famille, de ses amis et de son pays.

Anna appartient à ces milliers d’Haïtiens arrivés en République dominicaine par la force des choses. Pour gagner sa vie, elle a décidé d’atteindre le territoire voisin ; l’Eldorado, le paradis illusoire.

En condition migratoire illégale, la jeune femme de 21 ans a connu tous les déboires d’une immigrée inconfortable. Longtemps hésitante, aujourd’hui elle ne veut plus se résigner au sort imprévisible du destin. Surtout dans un pays qui ne veut presque pas de lui. Je l’ai rencontrée récemment chez un ami. Entre expérience, témoignage et indignation, le temps d’une confidence à cœur ouvert.

Mère depuis à l’âge de 17 ans, Anna a dû abandonner ses études plutôt que prévu. Que voulez-vous ? Déjà orpheline de mère et de père, la jeune maman doit s’occuper de sa progéniture, qu’elle élève d’ailleurs toute seule. Mais où est le père de l’enfant ? Pour rien au monde, celle qui dit avoir en horreur les hommes, ne veut pas revenir sur cette histoire.

En effet, en 2013, alors que tout paraissait presque sans issue, une tante (qui vivait déjà en République dominicaine) l’invite à lui rejoindre. Ce qui a été fait dans l’immédiat. Et depuis, Anna se démène comme un diable dans un bénitier pour se faire une vie sur cette terre, où l’Haïtien est une bête à chasser.

« Au départ, ça allait plus ou moins bien. Ma tante avait un petit commerce. Tant bien que mal, on s’occupait de nos besoins primaires », a-t-elle confié avec une voix pleine de nostalgie.

Quelques mois seulement après son arrivée, les difficultés ont commencé. Notamment à la suite du décès de cette tante, souffrant pendant longtemps d’un cancer de poumon. Durant l’hospitalisation, et jusqu’à la mort de la défunte, qu’elle regrette encore d’ailleurs, la jeune femme se rappelle avoir dépensé tout ce qu’elles ont eu comme économie. Au point aujourd’hui qu’elle a encore des dettes à rembourser.

Sa tante n’est plus. La situation qui n’était pas si facile avant, devient plus corsée. Un loyer à payer, une fillette en Haïti à s’occuper [..], contrairement à ses premières aspirations, entre l’alcool et la prostitution, la jeune mère mène un train de vie de bohème.

« Tout d’abord, j’ai essayé à la prostitution. Mais ça n’a pas marché. Ce n’est pas que le secteur n’est pas rentable, mais je ne m’y retrouve pas. Car certains clients, surtout des « blancs » me font souvent pression pour avoir des rapports sexuels sans préservatifs », a-t-elle lamenté.

« Par ailleurs, quand je pensais pouvoir mener une vie amoureuse normale, c’est la galère. Je ne me je vois pas dans les bras d’un Dominicain. Et les Haïtiens croisés sur mon chemin ne veulent que profiter de mon corps », a-t-elle soupiré avec une haine à peine voilée.

Plus loin, notre interlocutrice explique avoir déjà vainement tenté autres choses pour subvenir à ses besoins. « J’ai une petite barque au marché public, mais c’est un véritable calvaire que je monte avec certains agents de sécurité communale. Dernièrement, l’un d’entre eux a osé renverser mes marchandises par terre pour l’avoir refusé 100 pesos », se souvient celle qui pense terriblement à sa fille.

D’ailleurs, elle ne passe pas une minute sans mentionner Anne-Sacha, le joli prénom de sa bien-aimée, laissée en Haïti sous les yeux d’une cousine paternelle.

La frustration de la jeune dame se lit clairement sur chaque pli de son front, devenu de plus en plus suant à mesure que les minutes se filent. Toute tentative de sourire lui paraît impossible. Humeur totalement absente.

Étant en situation migratoire irrégulière, elle avoue avoir déjà été brutalisée en plusieurs occasions par des agents de l’immigration. Ces derniers devenus plus strictes dans la chasse aux Haïtiens sans documents en terre dominicaine.

Pour faire face aux assauts de cette vie indignée, cette grande consommatrice de musique urbaine, admet devenir dépendante de certaines substances psychoactives, dont notamment de l’alcool et de la cigarette.

Parfois, poursuit-elle, « Frustrée par ma condition de vie difficile, à plusieurs reprises je côtoie déjà le suicide. Mais l’avenir de mon enfant me sert encore de prétexte à rester en vie », rassure celle qui fête bientôt son 22ème anniversaire de naissance.

Dans l’un de ces grands moments de lucidité, Anna reconnaît avoir commis la plus grosse bévue de sa jeunesse, abandonnant ses études suite à la naissance de sa fille. Même si elle admet aussi que les conditions n’étaient pas non plus trop favorables.

Une confidence qui peut donner froid jusqu’aux os. Surtout quand on sait que ces cas sont récurrents en Haïti.

Mais d’autre part, cet aveu pourra servir de témoignage à une bonne partie de la jeunesse haïtienne, parfois désintéressée aux études académiques.

En effet, contrairement aux premières idées reçues, notre nouvelle amie se rend compte que les pays étrangers, encore moins la République dominicaine ne sont pas des paradis, où le lait et le miel coulent en abondance.

Expérience faite. Bonne ou/et mauvaise. Leçons apprises. Sans une économie, Anna décide désormais de retourner en Haïti. Là encore, c’est un autre défi, et pas de moindres.

Osman Jérôme