Osman

Lettre à une amante en voyage

Lettre écrite à la main (c) pixabay.com
Lettre écrite à la main (c) pixabay.com

Admirable Fabie,

En cette fin d’après-midi brumeuse, où le soleil a dû précipitamment céder à la pression de cette colonie de nuages de plus en plus épaisses, dans le froid de ma chambre un peu terne, mes doigts me servent d’appui, pour caresser les touches rebelles de mon ordinateur, et t’écrire ces quelques lignes déjà mal agencées dans ma pensée chancelante.

Tendre amour, à toi dont la seule énonciation du prénom me procure du plaisir, je t’écris aujourd’hui dans l’idée d’avouer la nudité de mon âme éreintée depuis ce jour où l’avion a décollé avec toi dans le ciel de Port-au-Prince, à destination de New-York.

Et depuis, les yeux grands ouverts, je revois les images de ce vendredi singulier. 15h30 : avant d’emprunter les couloirs qui mènent à la douane, au vu de tout le monde, sans broncher, dans la singularité de ton élégance de femme, tu es venue m’embrasser, laissant ainsi la couleur de ton rouge à lèvres sur les miennes déjà un peu moites. Ce baiser, imprégné d’une passion mélangée de mélancolie, était comme pour me rappeler que je vais te manquer durant ton séjour.

Entre-temps, me serrant contre ta poitrine haletante, je pouvais ressentir les battements irréguliers de ton cœur, telle une invitation à te suivre dans ton chemin. Puis, les accents de ce dernier « je t’aime » que tu m’as murmuré, en me caressant les joues, m’a laissé le cœur tout enchanté.

En effet, avec la promesse d’un retour anticipé, je croyais pouvoir résister. Mais notre attachement m’a trahi. Car depuis ton départ, l’accord ne se fait plus entre mon corps et le lit. Mes paupières et mes yeux ne dansent plus au même rythme. Il y a une déconnexion totale.

Ma petite chérie, voilà seulement sept jours que tu es partie, et déjà, je m’ennuie de supporter ces quelques jours sans toi. D’où cette passion brûlante avec laquelle je tiens à te faire parvenir cette lettre, cri d’une âme inconfortable dans l’absence d’un être aimé.

Chère dulcinée, cela fait presque une semaine depuis que tu as foulé le sol américain. Une semaine sous le ciel de l’Oncle Sam, d’admiration des gratte-ciels de New-York [..], mais surtout d’exposition au froid hivernal de la « Big Apple », cette ville qui ne dort presque pas.

Entre-temps, ici à Port-au-Prince, rien n’a trop changé : les mêmes mauvaises nouvelles polluent les antennes des radios et télévisions, la police nationale se montre toujours impuissante face à la montée de l’insécurité, la situation politique reste toujours complexe, avec un président provisoire, élu dans une séance d’assemblée nationale hilarante… la routine, en quelque sorte.

Ma bien-aimée, tu es à New-York et moi à Port-au-Prince. Toutefois, l’aiguille de mon esprit n’arrête pas de tourner dans le cadran de ton horloge. Furieux, jaloux, j’aurais tellement aimé t’accompagner dans tes sorties nocturnes, tes visites touristiques et que je sais-je encore. Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, je serais quand même ravi de savoir que tu es heureuse, même quand je ne suis pas là.

Fabie, depuis que tu es partie, je suis victime d’une distorsion auditive. Mes oreilles recherchent ta voix dans chaque son qu’elles arrivent à détecter. À tel point que parfois, je crois être en train d’halluciner, confondant tout ce qui arrive à mes tympans avec l’écho de ta voix, résonnant à des milliers de kilomètres, de l’autre côté de l’Atlantique.

Ce soir, en t’envoyant cette lettre, j’ai failli pleurer comme une bête devant l’écran de mon appareil. Seul l’espoir que tu reviennes sous peu a pu retenir l’immense torrent de larmes qui allaient inonder mes joues.

Cette missive, écrite dans le silence du temps et loin d’être un témoignage de la souffrance physique et psychologique engendrée par ton absence, se veut plutôt un hymne à cette force affective nous unissant dans la profondeur d’un amour à la fois tendre et sauvage.

Enfin, connaissant ta méticulosité aux choses de l’esprit, je sais que tu vas prendre en compte chaque petit détail de ces paragraphes. Néanmoins, en dépit de la probable déficience stylistique de cette lettre, je souhaite qu’il soit capable de traduire l’impatience de ton amant, attendant ton retour pour être égayé dans sa joie habituelle. Tu me manques déjà trop, mon péché. Reviens, reviens-moi vite.

Ton chéri qui t’embrasse.

Osman Jérôme


Photographie d’un rêve assassiné

Une brouette de canne à sucre/Crédit © Osman Jérôme
Une brouette de canne à sucre/Crédit © Osman Jérôme

Musculature décharnée, chemise rapiécée, visage altéré par le soleil, des chaussures épuisées […], c’est la première image que l’on retiendra tout d’abord de cet immigrant, vendeur ambulant de canne à sucre, rencontré dans un quartier populeux à Puerto Plata, en République dominicaine. Haut comme les gradins d’un stade, regard attentif, l’homme traverse la rue, poussant malaisément sa brouette de marchandises. Chaque jour, il doit parcourir la ville à la recherche de sa vie, et celle des siens aussi.

Depuis quelques temps, la quotidienneté de ce jeune haïtien n’est faite que de ça. À l’instar des milliers d’autres, cet immigrant vit une situation inconfortable. Il est désormais face à la réalité migratoire. Ses intenses regrets en disent long.  Je lui ai parlé. Entre rêve et illusion, entre espoir et consternation, le temps d’une conversation qui ne vous laissera sûrement pas insensible.

Il s’appelle Bellony Pierre. Bello pour les intimes, m’a-t-il fièrement notifié tout de go. Il a 25 ans,  mais paraît déjà trop vieux pour son âge. On sent le poids de ces rudes journées dans les mille plis de son visage. Père d’un petit garçon de cinq ans, Bello est arrivé de manière irrégulière sur le sol dominicain. D’ailleurs, trois ans après, l’originaire de Cap-Haïtien se souvient encore de cette nuit noire, qu’il a connue dans une plantation de bananes à Dajábon.

Sur la frontière haïtiano-dominicaine, il devrait faire face au contrôle des militaires dominicains. Non sans une profonde amertume, il raconte avoir effleuré la mort après une altercation avec un militaire. Ce dernier qui a voulu lui dépouiller de tout son argent. À l’écouter, on aperçoit ces images, bouleversant encore affreusement son esprit.

À son départ d’Haïti en janvier 2013, comme tout immigré avide de confort, l’illusion d’une vie meilleure a démesurément grandi dans l’imagination de ce jeune homme, fils d’une famille paysanne. Il a rêvé des biens, du beau, de l’argent […], il a fantasmé sur tous ces loisirs interdits aux hommes de sa classe sociale dans son pays d’origine. Mais aujourd’hui, loin de toutes ces attentes, Bello vit une toute autre réalité, lui ramenant à de grandes réflexions.

Bellony ne sait ni lire ni écrire. Depuis son installation ici, il se démène comme un diable dans le bénitier pour gagner son pain quotidien. À l’image de plusieurs autres compatriotes, il se défait de toute complexité sociale. L’homme n’économise point ses efforts, son énergie pour répondre aux besoins de sa famille en Haïti, dont notamment sa femme et son enfant.  Il avoue avoir déjà essayé à plusieurs activités, mais les résultats tardent encore à venir.

Appuyé contre un mur, où le rappeur américain 50 CENT est apparu fortuné dans un graffiti, dans une voix pleurarde, le jeune homme raconte ses péripéties en territoire voisin. Ses multiples déboires avec les agents de l’immigration, sa condition de vie miséreuse […], l’anxiété de son visage m’a brutalement transpercé. La sincérité de son discours est profusément touchante.

« Dès mon arrivée, l’adaptation n’était pas facile. J’ai mis du temps à comprendre l’espagnol. Par ailleurs, étant sans papiers, tout ce qui ressemble à un policier, me causa de la peur», lâche-t-il dans un sourire sournois.

Entre-temps, l’échange se déroule dans une bonne convivialité. Conscient de mon intérêt à ses propos, il enchaine tout de suite : « Gagner sa vie ici n’est pas aussi facile comme je l’imaginais avant. J’ai commencé à travailler sur un chantier de construction. Mais j’ai dû abandonner par la suite, à cause de la fragilité de ma santé », se souvient-il. « J’ai été récemment diagnostiqué de tuberculose. Je souffre de malnutrition, c’est peut-être à cause de ça », cherche-t-il à justifier avec un air innocent.

Poussé par la précarité de la vie, il était parti à la recherche de cette vie, qu’on croit être meilleure en République dominicaine ; ce paradis illusoire dans la pensée des Haïtiens en manque du bien-être social. Dommage, trois ans après, le père de Belfond ne sent toujours pas l’odeur de ce changement. Aujourd’hui, entre le choix de rester ici pour nourrir sa bouche ou celui de retourner sans espoir en Haïti, le dilemme de ce jeune père de famille est grand.

« Grâce à un ami dominicain, j’ai passé trois mois en tant que jardinier dans un complexe touristique, mais le mois dernier j’ai été renvoyé. La nouvelle administration exige  aux étrangers, dont les Haïtiens en particulier d’être en règle avec les obligations migratoires », se rappelle-t-il amèrement. « J’aimerais bien me procurer d’un passeport, m’acheter un visa dominicain, mais ma maigre revenue ne me le permettra point mon frère », conclu-t-il, épongeant son front en sueur.

À un certain moment, son visage devient amorphe. Son langage tout naturel laisse percevoir une frustration émotionnelle. Un sentiment qui dégage une envie de vivre.

Après une demi-heure de dialogue, les yeux humides, regard désemparé, notre nouvel ami reprend les manches en métal de sa brouette. Avec le sentiment d’être échoué dans son rêve, il poursuit sa course habituelle, vers l’horizon de cette destination inconnue.

Osman Jérôme


Un cœur en agonie

Un cœur en agonie/ © Michael Pierre-Louis, l’Autre Haïti
Un cœur en agonie/ © Michael Pierre-Louis

Il est à peine 6h du matin. Lourds comme des canons, les paupières se dégagent difficilement de mes yeux. Toujours sous le poids de la fatigue d’hier, mon corps ne veut pas quitter le lit. Dehors, le coq du voisin d’à côté anime le quartier. Au-dessus du toit de ma chambre, le ciel est grisâtre. Il fait sombre. Mais le jour se pointe quand même à l’horizon.

Dès le réveil, une angoisse s’empare de mon cœur. Étrange sensation pour mon être, ordinairement de bonne humeur aux premières heures de la journée. Quelque chose n’est pas à sa place.

Ce trouble émotionnel n’est pas un hasard. Il traduit, en effet, une réalité. Ce matin, je n’avais pas la même liberté romantique d’écrire à Fabie. Oui, cette femme, dont le potentiel affectif me sert de source d’inspiration. Aujourd’hui, je ne parviens pas à écrire un texto pour lui passer le bonjour. Cela n’arrive pas souvent, depuis notre aventure.

Impuissant alors face à cette situation, mon cœur va pleurer en cachette. Puis, tel un ciel sans lune, en plein hiver, il devient triste. Et depuis, je sens quelque chose de bizarre qui me bloque la poitrine. Entre-temps, même ma respiration devient difficile.

Mon corps est inséparable de mon cœur. Impossible séparation, d’un point de vue fonctionnel. Autrement, une scission aurait été inévitable, pour éviter de telles pénitences à un organisme innocent, mais qui doit aussi souffrir de la douleur du cœur.  Aujourd’hui, j’ai mieux compris le sens de ce passage lu dans « L’Alchimiste ». Paulo Coelho a eu raison : « Personne ne peut fuir son cœur. Au contraire, il vaut mieux l’écouter ».

Je passe tout le reste de la journée dans une inertie inquiétante. Rien ne me tente. Aucune sensation de faim, même avec le ventre creux. Mes chansons préférées deviennent insupportables à l’oreille. Les mélodies ont perdu leur harmonie d’avant. Blocage total.

A mesure que les heures passent, le poids de mon amertume devient de plus en plus lourd. Je n’arrive toujours pas à communiquer avec ma dulcinée. Où est-elle ? Que fait-elle en ce moment ? Instant de panique psychologique.

Et le soir venu, la concentration devient encore plus intense. Tout bouge autour de moi, telle Port-au-Prince, lors du séisme du 12 janvier 2010. Les objets n’ont plus de sens. Je dois absolument fuir l’odeur nostalgique de ma chambre. Mais, si je pars, où aller ? Peu importe l’itinéraire, je dois partir donner un peu de répit à mon cerveau, visiblement épuisé.

Tout compte fait, je prends la direction de mon bar habituel. Mais, en attendant, à l’espoir que demain ne sera pas comme aujourd’hui, je lui ai quand même envoyé un petit message, dont le contenu n’est autre qu’un souhait de « Bonne nuit ma chérie ».

Osman Jérôme


Flagrant délire

Crédit : https://pixabay.com/static/uploads/photo/2014/09/02/11/25/chains-433538_960_720.jpg
Crédit : https://pixabay.com/static/uploads/photo/2014/09/02/11/25/chains-433538_960_720.jpg

Un matin de temps gris, entassé dans  un minibus du transport public, je laisse Saint-Marc à destination de Port-au-Prince. Je pars voir un ami, candidat malheureux aux dernières législatives, toujours traumatisé par sa défaite dans la course au Parlement haïtien.

Dès la première minute qui suit le démarrage du véhicule, des signes prémonitoires annoncent déjà un trajet inconfortable. Surtout pour des passagers avides de tranquillité.

La première maladresse du conducteur ne passe pas inaperçue. Pour preuve : un septuagénaire, en manque de civilité, nostalgique de ses vingtaines, a tenté de lui dresser les brettelles. Ce qui n’a pas plus au chauffeur fautif. Et déjà, c’est le début d’un clash, au contenu verbal psyquiatriquement inquiétant.

En effet, tout a réellement commencé, quand le jeune conducteur a maladroitement esquivé l’arrière d’une camionnette mal stationnée sur la route. Ce qui a créé une panique émotionnelle chez plusieurs passagers, apparemment très attachés à la longévité de leur vie.

Tout allait être envenimé, lorsque le plus jeune a traité son ainé de « *malfektè ». Ce qualificatif a augmenté l’excitation du vieillard, déjà sous les nerfs. Car il faut bien le reconnaître ; être « *malfektè », ce n’est pas un titre honorifique en Haïti, surtout dans le département de l’Artibonite, où la population est réputée pour ses attachements aux sorcelleries.

« N’était-ce pas la présence des autres, je t’aurais fait payer chèrement ta bouche », a proféré l’homme édenté à l’endroit de son interlocuteur. À ces mots, un silence glacial s’abat à l’intérieur du véhicule, pourtant bouillonnant quelques minutes avant.

Entre-temps, l’homme aux cheveux blancs poursuit dans ses menaces, affirmant avoir le pouvoir de transformer le jeunot en un animal. Ce passage a quand même déclenché un rire chez certains, pendant que d’autres grisaient d’impatience, priant que le bus arrive à destination finale.

Des injures, des intimidations, les deux hommes sont devenus irritables, intraitables. Malgré des appels au calme, cela n’a pas été suffi pour diluer le vin des deux querelleurs. Des insanités, des divagations, l’échange n’a pas eu l’air plaisant. Au contraire, n’était-ce pas l’intervention de ce monsieur, identifié comme  policier, ils ont failli venir aux mains.

Dans ces conditions de défaillance émotionnelle, difficile de ramener l’homme à la raison. Au fil des minutes, le vieillard enchaine avec les absurdités les unes plus improbables que les autres. Comme beaucoup d’autres observateurs de la scène, je me dis que, la tête n’est pas si bonne que ça.

Avec une mine qui fait peur, d’une voix étouffée par la rage, le type avoue avoir l’habitude de visiter des mondes invisibles, parler à des inconnus qui ne sont pas ses semblables. Récemment, poursuit-il, « Dans mon dernier voyage sous les eaux, j’ai rencontré Jean-Betrand Aristide, venu éponger ses dettes aux esprits ». Pour lui, si aujourd’hui encore, l’ancien président n’est pas encore dans une cellule de prison, c’est grâce à la protection de ses grands « lwa », auxquels l’ancien prêtre semble jurer fidélité. « Merde, quelle connerie » !, a grondé une femme au fond.

En effet, à soixante-dix, quatre-vingts ans, l’homme est toujours capable d’une bonne structure cognitive. Cependant, dans le cas de ce monsieur qui, à son âge, avoue être toujours un grand buveur d’alcool et un addicté au tabac, certaines facultés mentales sont susceptibles d’être endommagées. Ce qui peut entrainer une perte considérable de raisonnement. Comme d’ailleurs on l’a pu constater dans cette scène. Car entre l’incohérence et le délire du passager mécontent, la démence n’était pas trop loin.

Osman Jérôme

*Malfaiteur.

 


Chronique d’une nuit érotique inattendue

Crédit : Osman Jérôme
Crédit : Osman Jérôme

Les balades sous les étoiles, sont parfois des invitations à l’amour. Il suffit d’être attentif pour s’en rendre compte, ainsi ne pas manquer des occasions qui ne se présentent qu’à chaque nouvelle éclipse solaire.

C’était un soir de février, ce mois consacré à l’amour, dit-on. Contre toute attente, cette nuit fut une convocation romantique entre deux corps qui se désirent en silence, deux corps qui se courtisent à distance.

L’épisode a plutôt commencé d’une manière pour le moins fortuite. Du moins, dans ma pensée. D’une élégance aussi soutenue que suspecte, sans aucune notification préalable, Fabie me conduit dans le cadre enchanteur de ce café, visiblement très fréquenté par la clientèle amoureuse.

La brise qui souffle dans toutes les directions, les vagues sonores qui viennent de la mer, la galanterie des uns, l’élégance des autres, ce medley de boléro qui plaît aux oreilles […], presque tous les ingrédients sont donc disponibles pour l’interpellation d’Éros, dans cet espace savamment orné.

En face de moi, dans la singularité de son charme, la gazelle dégage une sensualité enivrante. Ce qui a tout de suite séduit mon être, déjà fébrile pour ces corps féminins, débarrassés de tout accessoire inutile. Mais toute forme de précipitation est donc interdite. Surtout que c’est notre première sortie à deux. Pour cause, je joue plutôt la carte de la prudence, question de ne pas décevoir la fille, manifestement habitée d’une grande excitation à la fois émotionnelle et sensuelle.

À table, nous avons des conversations aussi niaises que banales. Parler pour ne rien dire, dire des choses pour ne pas se taire. Mais finalement, c’est juste pour apaiser l’intensité de nos pulsions, de plus en plus incontrôlables aux excitations des boissons consommées.

Entre-temps, au fil des minutes, il se manifeste dans nos regards tout souriants, une impatience insupportable à s’embrasser. Tout ne s’exprime pas par la parole. Et le corps a parlé.

Porté par l’euphorie du vin qui pétille dans nos verres, et l’odeur de son parfum, dans la douce pénombre de ce bar perché face à la mer, j’ose coller mes lèvres légèrement sur les siennes. Et c’est le début d’une longue nuit d’amour, dont les images hantent encore mon esprit. Diablo !

Après ce petit baiser pour le moins furtif, le frisson de nos corps nous invite à un espace beaucoup plus « caliente » que le plein air de cet endroit, en manque d’intimité. Ce dont à quoi, nos désirs conjugués ne pouvaient nullement résister.

Ainsi, après avoir siroté nos verres, on s’est vite retrouvés sur ce vaste et somptueux lit drapé en blanc, pour une scène d’amour, dont le contenu fut une mine de jouissance physico-émotionnelle qui m’a laissé un souvenir, dont même l’Alzheimer ne pourra enlever de la mémoire.

Une femme bien dans sa peau sera aussi très à l’aise au lit. Mon intuition ne m’a pas trahi. En un tournemain, on se défait de nos habits avec une rapidité remarquable. Son soutient de gorge qui pressure ses seins proéminents est un hymne à la séduction. Son string si sobre, si chic me donne de la rage. Face à cette démangeaison, je n’ai eu d’autres objectifs ; la dévorer avec cette promptitude que vous pouvez comprendre messieurs.

La lumière une fois éteinte, les substances chimiques de mon être se déchaînent ; la dopamine, l’adrénaline, l’ocytocine, c’est une véritable tempête hormonale qui dévaste mon organisme, face à l’excitation de frotter mon corps contre le sien, découvrir son monde, sur lequel je passe des jours à fantasmer.

En si peu de temps, les excitations que produisent nos chatouillements, synchronisent nos chairs en sueur. Entre-temps, chaque parcelle de ma peau est livrée à son auguste pouvoir de femme. Sans se forcer, elle ne met pas du temps à conquérir mon royaume, puis devenir « Maître » de mon corps. Satisfaction garantie.

Sans les tabous des sociétés moralistes, on se livre à une longue partie de caresse, aussi intense qu’elle fut, nous a transportés au sommet de cette extase, où j’ai failli perdre connaissance. Jésus Marie Joseph. Ho quelle ivresse ! Quelle furieuse jouissance !

Pendant que le récepteur de la chambre diffuse les premières notes de « You & I » (Nobody In The World), ce tube planétaire de John Legend, ses soupirs de supplication, ses cris aphrodisiaques arrivent à mes oreilles comme une note de satisfaction au service cinq étoiles obtenu. Et quand elle passe ses doigts tremblotants sur ma poitrine en sueur pour chanter ma performance, je lui murmure aussi ma gratitude pour l’expertise dont elle fait montre. Plaisir partagé ma chérie.

Drap trempé, lit défait, corps en sueur, sourires aux lèvres, la tête en fête, le cœur au plaisir, la fatigue aux organes, ce fut une soirée singulière, où la conjugaison de nos sens évolués, a su répondre à la satisfaction de nos désirs érotiques.

Osman Jérôme

P.S : le prénom Fabie utilisé dans le billet est fictif.


Santiago et Rutshelle, une affaire d’émotions

Rutshelle Guillaume à Santiago (c) Osman
Rutshelle Guillaume à Santiago (c) Osman

Sous l’invitation du Club Culturel Zantray, le samedi 31 octobre 2015 dernier, la très populaire chanteuse haïtienne, Rutshelle Guillaume a été  sur scène pour une deuxième fois à Santiago, République dominicaine. Contrairement aux inquiétudes du départ, ce fut une soirée réussie. Organisateurs, spectateurs peuvent en témoigner. Entre la belle performance de l’artiste et la satisfaction du public, retour sur une soirée musicale riche en émotions.

Prévue à 20h, l’activité a officiellement démarré vers 22h15 avec les excuses maladroites du MC de la soirée qui, tant bien que mal a fait usage de son humour pour égayer une bonne partie de l’assistance, visiblement mécontente du retard accumulé.

En effet, avant  le plat principal, le public a été servi de plusieurs déclamations de texte, de chorégraphies de danse offertes par les talentueux artistes du Club Culturel Zantray. Les diseurs et danseurs nous ont gratifiés d’une superbe prestation. D’un autre côté, le DJ de service a été à la hauteur de sa mission. Sa dextérité au Denon n’a pas manqué de faire bouger les pieds et les têtes, en attendant l’arrivée de Rutshelle.

Minuit 03 minutes, c’est un public en extase qui a accueilli la rentrée de Rutshelle, élégamment vêtue de noir pour la circonstance. Son jeans moulant n’a rien caché de sa belle architecture corporelle. « Manzè anfom papa », a renchéri un ami, visiblement sous le charme des courbes affriolantes de l’artiste. Quel régal pour les yeux. Bref.

Après quelques mots de salutation, la prestation a tout de suite démarré avec « W’ale », morceau au contenu émotionnel retrouvé sur le premier disque de la chanteuse aux talents prouvés. Cette interprétation se termine sous des longs applaudissements, noyés dans des cris cacophoniques venus de la salle, remplie comme un œuf pour cette activité. Très bonne rentrée, en dépit de certains déchets dans le système de sono.

Entre-temps, environ cinq jeunes garçons, probablement avides de visibilité ou sous les effets incontrôlables de l’alcool, ont vainement tenté d’intimider l’invitée, en scandant de toutes leurs forces le nom de Roody Roodboy, l’ex petit ami de la star. L’atmosphère parait tellement inconfortable, l’artiste a jugé nécessaire de réclamer silence à la foule. Message qui a été apparemment bien reçu.

Fini ce petit instant de frayeur, l’ambiance reprend ses droits sur la petite scène du Collège Genèse où les spectateurs sont majoritairement venus apporter leurs soutiens psychologiques à l’artiste, exposée depuis quelques semaines sous les feux des critiques de certains moralistes.

« Fe’m bliye », « Tourner la page », « Mèsi ti cheri doudou » ont été successivement interprétés avec la même vigueur du départ. Et  à chaque morceau, c’est un public surchauffé qui reprend en chœur les refrains. Quelle complicité.

Consciente de cette symbiose entre elle et la foule, l’interprète de « Lanmou vle nou » en a intelligemment exploité pour se rapprocher du public dans chaque geste, dans chaque « gouyad », dans chaque prise de parole. Elle était à l’aise comme un poisson dans l’eau. « Quelle chanson, voulez-vous que je chante maintenant, lance-t-elle dans la salle » ? En pleine euphorie, comme un seul un homme, toute l’assistance réclame « Spécial », morceau circonstanciel, rappelant en substance les jours heureux du couple Roody-Rutshelle. Pour la satisfaction des fans, la chanteuse a repris avec sourire quelques passages de la chanson, tout en modifiant certaines parties. Par ailleurs, entre la rage et l’humour, l’ancienne amoureuse de Katalog en a profité pour lancer quelques phrases au contenu dérisoire. Ce qui n’a pas manqué d’animer la foule, visiblement assoiffée de sensation.

D’interprétation en interprétation, l’ambiance s’intensifie au rythme de la même énergie que dégage Rutshelle face à cet auditoire grisé de joie. « Je suis », « Bon jan van » ont eu les effets escomptés. Voire que la chanteuse n’a manqué de faire montre ses talents pour la danse.

Il sera bientôt 1h du matin. Place au tube « Pou ki’w pat konprann mwen ». Dès les premières notes, on sent une sorte de frisson qui a envahi l’espace. Ainsi, manifestement sous le choc, au milieu de l’interprétation, l’ex copine de Roody Roodboy n’a pas pu empêcher quelques gouttes de larmes de glisser sur ses joues. Et c’était le comble de l’émotion dans cette salle, déjà acquise à la cause l’artiste. « Wow, elle pleure, ça fait de la peine », a tristement murmuré une demoiselle dans mon dos. « Eu, ce coup ne passera pas », a pour sa part rétorqué un jeune homme, préférant de qualifier de ruse et de caprice la réaction de l’artiste, toujours au cœur d’un scandale amoureux qui fait encore des vagues dans le milieu social haïtien. Un sujet qui divise les opinions des apprentis moralistes.

Pas de panique. Le support du public aidant, la chanteuse haïtienne la plus populaire des réseaux sociaux a trouvé l’énergie suffisante pour continuer le show et terminer le spectacle en toute beauté. Un peu après 1h AM, dans une salle en liesse, « Kite’m kriye » vient mettre fin à une prestation qui aurait dû être plus longue aux commentaires de certains spectateurs. Surtout que Rutshelle a laissé le public sur sa soif, pour n’avoir pas fini de chanter les populaires couplets du tube « Vwazin » de Trouble Boy. Suivez bien mon regard.

Des accolades par-ci, des autographes par-là, la soirée a terminé comme elle a débuté pour Rutshelle ; entre séance de photos avec ses admirateurs qui ont voulu l’arracher comme des petits pains chauds. Pari réussi Ruth.

Osman Jérôme


Indécence électorale

Campagne électorale en Haïti- (c) Osman Jérôme
Campagne électorale en Haïti- (c) Osman Jérôme

L’année 2015 est une année électorale en Haïti. Des élections forcées, il faut le dire. Après le fiasco du 9 août dernier, tous les yeux sont désormais rivés sur 25 octobre, date retenue pour la tenue du premier tour des élections présidentielle et municipales.

Voilà à quelques heures de la fermeture des campagnes, nous assistons à un spectacle plutôt désolant. Une machine électorale toujours en panne de confiance, des conseillers électoraux discrédités, le niveau minable des débats présidentiels, la médiocrité des campagnes, en fait, nous sommes en plein cœur d’un processus électoral aussi pitoyable que répugnant.

Pour certains accros à l’humour, cette période électorale en Haïti, est une bonne dose thérapeutique. Car entre le délire des uns et la fougue des autres sur le dos de la République, à défaut d’en pleurer, on préfère en rire. Ce qui est loin d’être mauvais, surtout dans un pays où l’anxiété et la frustration font partie du quotidien de la population.

Dorénavant, les activités électorales en Haïti s’apparentent bizarrement aux festivités carnavalesques. Au niveau communication, presque aucune censure langagière. On fait usage de la grivoiserie au gré de l’humeur. Ainsi, des expressions qui devraient être bannies en temps normal sont passées à l’état de slogan. Vive la liberté d’expression. Bref.

Au nom de la très chère démocratie dont jouit la République, cinquante-quatre têtes se présentent à la course au palais national. Comme la fin du monde est proche, aucun politicien haïtien ne veut manquer l’honneur de s’asseoir sur le fauteuil présidentiel. Ça assure une bonne place au paradis.

Dans un pays où la santé politique est de plus en plus fragile, certains parlent de scandale tout simplement. Ben moi, ce qui m’inquiète, c’est l’opiniâtreté avec laquelle, ces candidats se donnent tous déjà vainqueurs même avant la tenue du scrutin. Ce qui suppose une certaine crise postélectorale, grossièrement annoncée par les acteurs eux-mêmes. Comble de la bêtise.

Dans des discours aussi creux que des troncs d’arbres évidés, des « con-didats », avides des bienfaits du pouvoir public, appellent la population à voter pour leur programme, leurs projets dépourvus de cohérence et d’intérêt national. Ainsi, portés sur les ailes faciles des divagations « politiciennes », certains prétendants à la succession de Michel Martelly oublient carrément que la présidence haïtienne est seulement pour cinq ans. Sinon, au simple regard de la logique humaine, ils auraient pu nous épargner tous ces projets et promesses sans queue ni tête.

Par ailleurs, l’animal politique haïtien a la faculté de surprendre, l’expertise d’être ridicule. Ce n’est qu’à quelques heures de la tenue des élections, que des candidats croient nécessaire d’abandonner la course présidentielle en appuyant d’autres concurrents, jugés mieux placés pour arriver à la magistrature suprême. Ces alliances me paraissent plus dangereuses que sincères.

Enfin, en dépit de ce tableau pour le moins sceptique du processus électoral, le scrutin du dimanche prochain représente des enjeux majeurs pour l’avenir politique d’Haïti. En conséquence, par sa conscience citoyenne ou pour ses  » 1000 gourdes « , l’électeur haïtien est appelé à élire des hommes et des femmes, capables de prendre en main le destin de cette nation, déjà trop victime de l’insouciance des régimes antérieurs.

Osman Jérôme


Balade dans une ville noctambule

Vie nocturne à Saint-Marc, Haïti (c) Osman
Vie nocturne à Saint-Marc, Haïti (c) Osman

Grâce à l’abondance de ses divertissements nocturnes, Saint-Marc se fait une réputation de ville sans sommeil. En semaine ou en week-end, il y a toujours une affiche qui attire les friands des grandes foules. Ainsi, la ville sort de la monotonie des soirées ordinaires.

En effet, quand les rayons du soleil prennent leur recul sur la ville, le soir venu, la capitale du bas-Artibonite offre une atmosphère qui invite toujours au plaisir. La tristesse n’est pas Saint-Marcoise. Cette nuit-là, la cité en a fait preuve, et j’en ai profité à satiété.

Contrairement aux prévisions météorologiques, la ville a connu une fin d’après-midi bien calme, loin des tonnes de pluie qui feraient inonder certaines rues en manque d’infrastructure.

La nuit s’avance avec tout ce qui l’accompagne : black-out, vrombissement des groupes électrogènes, le bruit des taxi-motos, la musique des bars, l’ambiance des boîtes de nuit… En fait, tout un package pour une nuit sans sommeil comme la ville en est habituée.

Entre mon bar habituel et les autres alternatives, ce fut un autre samedi soir de grand dilemme. Difficile de faire un choix. Alors, comme pour m’assurer de tout profiter, j’ai décidé de m’offrir un petit tour, ou du moins de visiter quelques points de repère où les noctambules forcenés ne se font pas prier pour jouir de leur énergie et de leurs poches.

Il est presque 22h. Direction Portail des Guêpes.  Entre les décibels des haut-parleurs, l’odeur des fritures, la senteur de l’alcool, la fumée des cigarettes, ici la vie trouve son sens pour les hédonistes.

À quelques mètres du Lycée Sténio Vincent, la discothèque du coin attire la grande foule. Dans les parages, des femmes aux mini-jupes agressives, corsages largement débrayés, lèvres salement fardées font valoir leur puissance de séduction. Mais ce soir, le commerce sexuel ne fait pas bonne recette. Regroupées dans la pénombre, les prostituées s’en plaignent. Voire que certains clients rechignent toujours au prix du service.

À l’intérieur du club, presqu’aucune table n’est vide. Jeux de lumière, musique, un cocktail qui fait les délices du public, déjà séduit par  l’ambiance qui consume cet espace, rempli comme un œuf.

La satisfaction éprouvée par le public se lit dans chaque chemise imbibée de sueur, dans les cris stridents des jeunes, des filles notamment qui ne se font pas prier pour envahir la piste de danse, faisant ainsi valoir toute leur potentiel pour la danse. Comble totale de l’euphorie.

Un peu après minuit, soudainement une bagarre s’éclata entre deux hommes, visiblement dépassés par le taux de l’alcool contenu dans leur sang. Ce fut pour moi un prétexte de vider les lieux. Surtout qu’aucun agent de sécurité n’y soit aperçu.

Après avoir respiré pendant quelques minutes, comme un naïf,  j’ai suivi un groupe de gens qui marche vers la rue Pétion, où un bar-dansant est fraichement inauguré.

Ici, contrairement à la première adresse, l’espace est à peine rempli à moitié. Mais c’est une ambiance de haute tension qui se dégage dans cette salle, faiblement éclairée.

Derrière ses platines, le jeune DJ de service fait preuve d’une dextérité remarquable. Le public est acquis à la cause de ses touches. Déhanchements des reins, « coller-serrer » des couples, c’est une ambiance ponctuée de musique hot qui fait piaffer cette foule qui en redemande à chaque fois.

De medley en medley, l’ambiance s’intensifie au tant que s’égrainent les minutes. Quand les premières notes du refrain de « Validé » sortent des haut-parleurs, comme un seul homme, tout le monde se met à bouger à tue-tête. X-Man et CARIMI ont gagné le pari. Et quand cette fille au corps diablement élancé, se déambule sur la piste tel un serpent en pleine démonstration pour prouver de quoi ses reins sont capables, ce fut le délire total.

Il sera bientôt 2h du matin. Entre-temps, une sensation de faim me guette l’estomac. À cette heure, les restaurants traditionnels ne fonctionnent presque pas. Tout compte fait, direction du Boulevard de la liberté.

Ici, dans ce marché improvisé sous les étoiles, contrairement à l’ambiance festive des boites de nuit, c’est un autre spectacle beaucoup moins extravagant.

Une chaudière par-ci, une table par-là. Entre les tas d’ordures et les nourritures préparées, un décor à peine imaginable est planté. N’empêche que les consommateurs font de la queue pour être servis.

En effet, loin d’un instant d’extase dans des gorgées de bière ou autres substances psychoactives, ici les gens cherchent plutôt à apaiser leur faim, même si c’est dans des conditions d’hygiène souvent déplorables. Ventre affamé n’a ni œil ni odorat. Bref.

Un sandwich, une gazeuse. J’ai été déjà prêt pour rentrer chez moi. Arrivé à 2h45, Lucky, le petit chien adoré de la famille m’attendait déjà. Comme pour dire que, à l’instar de la ville, même les animaux domestiques sont sans sommeil. Vive  le dynamisme nocturne de cette ville qui dort tard et qui se lève tôt.

Osman Jérôme


Haïti ou la complexité de la démocratie

Violences, fraudes […], le fiasco électoral du dimanche 9 août dernier, entraîne une nouvelle vague d’inquiétudes quant au devenir de la démocratie en Haïti. Surtout quand on pourra s’acheminer vers une crise postélectorale, à la suite de ce scrutin, qualifié par certains observateurs comme une tentative de coup d’état électoral contre les valeurs élémentaires de la démocratie.

Voilà bientôt 30 ans après la chute dictatoriale des Duvalier, Haïti trépigne encore sur une pente politique, que les plus nostalgiques de la civilisation appellent « transition démocratique ». Ce supposé processus politique, s’il ne faut pas en avoir honte de le dire, n’existe que dans les discours des vendeurs de rêves utopiques.

En effet, la démocratie comme système politique dans lequel on dit attribuer la souveraineté du pouvoir au peuple, n’est pas une manne du ciel, encore moins un don parmi les multiples dons de la communauté internationale. C’est plutôt la lutte d’une révolution politique, le réveil d’une conscience collective. Et c’est justement contre ce mur que se heurte le progrès de la démocratie en Haïti. Quand dans une société, on n’a pas peur de s’unir pour organiser des élections frauduleuses, détruire les acquis de l’État, la démocratie devient chimérique.

Du départ de Jean-Claude Duvalier à l’arrivée de Michel Martelly, le climat politique n’a pas toujours été favorable à un vrai épanouissement de la démocratie en Haïti. L’ancien chanteur et ses prédécesseurs se montrent rarement à la hauteur de participer à la vraie construction de l’édifice démocratique dans le pays. Au contraire. Abus de pouvoir, mauvaise gouvernance, instrumentalisation de la police […], l’hégémonie de leur petite personne passe trop souvent avant le bien-être collectif de la population. Ces dirigeants oublient que la démocratie n’est pas seulement l’absence de la dictature; mais aussi la justice sociale au bénéfice de tous, sans exception.

La politique haïtienne de ces vingt-cinq dernières années est presque sans aucun bilan (positif). Sinon, les mêmes violences électorales pour perdurer dans les mêmes crises.  Entre-temps, au nom de la très chère démocratie, le peuple est condamné à élire des dirigeants qui ne se soucient point de ses conditions de vie. N’est-ce pas bien un projet à long terme, la transition démocratique en Haïti ?

Osman Jérôme (Twitter @bco185) 


Les sept péchés capitaux de l’électeur haïtien

Campagne électorale en Haïti- (c) Osman Jérôme
Campagne électorale en Haïti- (c) Osman Jérôme

Sauf inconvénients de dernières minutes, le premier tour des élections législatives aura lieu ce dimanche 9 août en Haïti. Entre-temps, à quelques heures du scrutin, on observe une sorte de passivité chez certains potentiels électeurs, toujours indécis quant à la question de savoir s’ils se rendront aux urnes, remplissant leur devoir civique.

En effet, par tradition ou par ignorance, certains Haïtiens en âge de voter n’ont pas la culture d’accomplir leur devoir civique, remplissant un bulletin de vote en faveur d’un candidat. Toutefois, peu importe les résultats des élections, il faut donc s’attendre qu’ils soient les premiers à se plaindre du choix de ceux qui ont voté.

Voyons rapidement, les sept maux, dont souffriraient certains citoyens haïtiens en âge de voter :

  • Analphabète

Les analphabètes, disait un ami-professeur, représentent un handicap majeur pour le bon déroulement du processus électoral en Haïti. Pour cet ancien professeur de philosophie, aujourd’hui candidat à la députation, quelqu’un qui ne sait ni lire ni écrire, comprendra peu l’importance d’un bulletin de vote, encore moins sa participation citoyenne aux élections, dans un pays qui se cherche encore et toujours sur la carte de la démocratie. Avait-il raison ?

  • Amnésique

 L’Haïtien a la mémoire courte, surtout quand il s’agit de la politique. Et aujourd’hui, à la limite de l’inquiétude, c’est une amnésie collective qui s’empare désormais de la République. Ainsi, cette société bafouée qui cherche encore un mieux-être dans son quotidien se voit souvent obligée de refaire confiance à des hommes politiques ayant déjà manqué à leurs missions dans le passé.

  • Sentimental

Plus on est sentimental, moins on est rationnel, dit-on. En effet, voilà de quoi souffre une bonne partie de l’électorat haïtien, visiblement anémié d’objectivité. Car même en 2015, vous rencontrez des Haïtiens dits « intellectuels », qui ne votent point par raison, mais plutôt par attachement affectif à un candidat ou une à plateforme politique.

  • Spectateur

Perdant le sens du devoir civique, l’Haïtien de ma génération aime plutôt laisser les autres décider à sa place. Ici, au pays des crises, on adore le spectacle. Et c’est beaucoup mieux d’en jouir quand vous êtes spectateurs. Ainsi, depuis quelques années, rares sont les citoyens haïtiens qui assument leur rôle d’acteur dans le processus électoral avec leurs bulletins de vote. Quelle irresponsabilité !

  • Nécessiteux

En Haïti, le bulletin de vote a son prix. Peut-être que je vous en parlerai plus longuement dans une prochaine publication. En attendant, sachez que dans certains cas, l’électeur haïtien, en proie à toutes sortes de problèmes socio-économiques, ne vote plus par conscience patriotique, mais en échange de quelque chose, dont notamment le fameux billet 1000 GHT, affectueusement appelé « Hyppolite » ou « Shalom ».

  • Indécis

À quelques heures du déroulement des votes, nombreux sont les électeurs qui l’avouent clairement ; ils ne savent toujours pas pour qui voter. Les échanges sur les réseaux sociaux et les discussions amicales en disent long. Le problème est que, les candidats, pour la grande majorité ne sont pas dignes de confiance. Et dans ces instants d’incertitude, c’est toujours le pays qui paiera les conséquences.

  • Manipulable

Analphabète, amnésique, sentimental, passif, nécessiteux, indécis, toutes les conditions sont censées réunies pour que l’électeur haïtien soit un petit jeu politique, au profit des candidats avides des bienfaits du pouvoir. Le citoyen haïtien devient trop manipulable.

En effet, souvent entachées d’irrégularités, les élections en Haïti laissent peu de bons souvenirs dans la mémoire des observateurs, dont les électeurs en particulier. Néanmoins, comme ceci n’empêche pas cela, ce n’est pas une justification pour que cela persiste. Par conséquent, désormais, à l’électeur haïtien d’assumer pleinement sa responsabilité citoyenne ; allant aux urnes, accomplissant son devoir civique, surtout avec objectivité.

Osman Jérôme