Osman

Santiago et Rutshelle, une affaire d’émotions

Rutshelle Guillaume à Santiago (c) Osman
Rutshelle Guillaume à Santiago (c) Osman

Sous l’invitation du Club Culturel Zantray, le samedi 31 octobre 2015 dernier, la très populaire chanteuse haïtienne, Rutshelle Guillaume a été  sur scène pour une deuxième fois à Santiago, République dominicaine. Contrairement aux inquiétudes du départ, ce fut une soirée réussie. Organisateurs, spectateurs peuvent en témoigner. Entre la belle performance de l’artiste et la satisfaction du public, retour sur une soirée musicale riche en émotions.

Prévue à 20h, l’activité a officiellement démarré vers 22h15 avec les excuses maladroites du MC de la soirée qui, tant bien que mal a fait usage de son humour pour égayer une bonne partie de l’assistance, visiblement mécontente du retard accumulé.

En effet, avant  le plat principal, le public a été servi de plusieurs déclamations de texte, de chorégraphies de danse offertes par les talentueux artistes du Club Culturel Zantray. Les diseurs et danseurs nous ont gratifiés d’une superbe prestation. D’un autre côté, le DJ de service a été à la hauteur de sa mission. Sa dextérité au Denon n’a pas manqué de faire bouger les pieds et les têtes, en attendant l’arrivée de Rutshelle.

Minuit 03 minutes, c’est un public en extase qui a accueilli la rentrée de Rutshelle, élégamment vêtue de noir pour la circonstance. Son jeans moulant n’a rien caché de sa belle architecture corporelle. « Manzè anfom papa », a renchéri un ami, visiblement sous le charme des courbes affriolantes de l’artiste. Quel régal pour les yeux. Bref.

Après quelques mots de salutation, la prestation a tout de suite démarré avec « W’ale », morceau au contenu émotionnel retrouvé sur le premier disque de la chanteuse aux talents prouvés. Cette interprétation se termine sous des longs applaudissements, noyés dans des cris cacophoniques venus de la salle, remplie comme un œuf pour cette activité. Très bonne rentrée, en dépit de certains déchets dans le système de sono.

Entre-temps, environ cinq jeunes garçons, probablement avides de visibilité ou sous les effets incontrôlables de l’alcool, ont vainement tenté d’intimider l’invitée, en scandant de toutes leurs forces le nom de Roody Roodboy, l’ex petit ami de la star. L’atmosphère parait tellement inconfortable, l’artiste a jugé nécessaire de réclamer silence à la foule. Message qui a été apparemment bien reçu.

Fini ce petit instant de frayeur, l’ambiance reprend ses droits sur la petite scène du Collège Genèse où les spectateurs sont majoritairement venus apporter leurs soutiens psychologiques à l’artiste, exposée depuis quelques semaines sous les feux des critiques de certains moralistes.

« Fe’m bliye », « Tourner la page », « Mèsi ti cheri doudou » ont été successivement interprétés avec la même vigueur du départ. Et  à chaque morceau, c’est un public surchauffé qui reprend en chœur les refrains. Quelle complicité.

Consciente de cette symbiose entre elle et la foule, l’interprète de « Lanmou vle nou » en a intelligemment exploité pour se rapprocher du public dans chaque geste, dans chaque « gouyad », dans chaque prise de parole. Elle était à l’aise comme un poisson dans l’eau. « Quelle chanson, voulez-vous que je chante maintenant, lance-t-elle dans la salle » ? En pleine euphorie, comme un seul un homme, toute l’assistance réclame « Spécial », morceau circonstanciel, rappelant en substance les jours heureux du couple Roody-Rutshelle. Pour la satisfaction des fans, la chanteuse a repris avec sourire quelques passages de la chanson, tout en modifiant certaines parties. Par ailleurs, entre la rage et l’humour, l’ancienne amoureuse de Katalog en a profité pour lancer quelques phrases au contenu dérisoire. Ce qui n’a pas manqué d’animer la foule, visiblement assoiffée de sensation.

D’interprétation en interprétation, l’ambiance s’intensifie au rythme de la même énergie que dégage Rutshelle face à cet auditoire grisé de joie. « Je suis », « Bon jan van » ont eu les effets escomptés. Voire que la chanteuse n’a manqué de faire montre ses talents pour la danse.

Il sera bientôt 1h du matin. Place au tube « Pou ki’w pat konprann mwen ». Dès les premières notes, on sent une sorte de frisson qui a envahi l’espace. Ainsi, manifestement sous le choc, au milieu de l’interprétation, l’ex copine de Roody Roodboy n’a pas pu empêcher quelques gouttes de larmes de glisser sur ses joues. Et c’était le comble de l’émotion dans cette salle, déjà acquise à la cause l’artiste. « Wow, elle pleure, ça fait de la peine », a tristement murmuré une demoiselle dans mon dos. « Eu, ce coup ne passera pas », a pour sa part rétorqué un jeune homme, préférant de qualifier de ruse et de caprice la réaction de l’artiste, toujours au cœur d’un scandale amoureux qui fait encore des vagues dans le milieu social haïtien. Un sujet qui divise les opinions des apprentis moralistes.

Pas de panique. Le support du public aidant, la chanteuse haïtienne la plus populaire des réseaux sociaux a trouvé l’énergie suffisante pour continuer le show et terminer le spectacle en toute beauté. Un peu après 1h AM, dans une salle en liesse, « Kite’m kriye » vient mettre fin à une prestation qui aurait dû être plus longue aux commentaires de certains spectateurs. Surtout que Rutshelle a laissé le public sur sa soif, pour n’avoir pas fini de chanter les populaires couplets du tube « Vwazin » de Trouble Boy. Suivez bien mon regard.

Des accolades par-ci, des autographes par-là, la soirée a terminé comme elle a débuté pour Rutshelle ; entre séance de photos avec ses admirateurs qui ont voulu l’arracher comme des petits pains chauds. Pari réussi Ruth.

Osman Jérôme


Indécence électorale

Campagne électorale en Haïti- (c) Osman Jérôme
Campagne électorale en Haïti- (c) Osman Jérôme

L’année 2015 est une année électorale en Haïti. Des élections forcées, il faut le dire. Après le fiasco du 9 août dernier, tous les yeux sont désormais rivés sur 25 octobre, date retenue pour la tenue du premier tour des élections présidentielle et municipales.

Voilà à quelques heures de la fermeture des campagnes, nous assistons à un spectacle plutôt désolant. Une machine électorale toujours en panne de confiance, des conseillers électoraux discrédités, le niveau minable des débats présidentiels, la médiocrité des campagnes, en fait, nous sommes en plein cœur d’un processus électoral aussi pitoyable que répugnant.

Pour certains accros à l’humour, cette période électorale en Haïti, est une bonne dose thérapeutique. Car entre le délire des uns et la fougue des autres sur le dos de la République, à défaut d’en pleurer, on préfère en rire. Ce qui est loin d’être mauvais, surtout dans un pays où l’anxiété et la frustration font partie du quotidien de la population.

Dorénavant, les activités électorales en Haïti s’apparentent bizarrement aux festivités carnavalesques. Au niveau communication, presque aucune censure langagière. On fait usage de la grivoiserie au gré de l’humeur. Ainsi, des expressions qui devraient être bannies en temps normal sont passées à l’état de slogan. Vive la liberté d’expression. Bref.

Au nom de la très chère démocratie dont jouit la République, cinquante-quatre têtes se présentent à la course au palais national. Comme la fin du monde est proche, aucun politicien haïtien ne veut manquer l’honneur de s’asseoir sur le fauteuil présidentiel. Ça assure une bonne place au paradis.

Dans un pays où la santé politique est de plus en plus fragile, certains parlent de scandale tout simplement. Ben moi, ce qui m’inquiète, c’est l’opiniâtreté avec laquelle, ces candidats se donnent tous déjà vainqueurs même avant la tenue du scrutin. Ce qui suppose une certaine crise postélectorale, grossièrement annoncée par les acteurs eux-mêmes. Comble de la bêtise.

Dans des discours aussi creux que des troncs d’arbres évidés, des « con-didats », avides des bienfaits du pouvoir public, appellent la population à voter pour leur programme, leurs projets dépourvus de cohérence et d’intérêt national. Ainsi, portés sur les ailes faciles des divagations « politiciennes », certains prétendants à la succession de Michel Martelly oublient carrément que la présidence haïtienne est seulement pour cinq ans. Sinon, au simple regard de la logique humaine, ils auraient pu nous épargner tous ces projets et promesses sans queue ni tête.

Par ailleurs, l’animal politique haïtien a la faculté de surprendre, l’expertise d’être ridicule. Ce n’est qu’à quelques heures de la tenue des élections, que des candidats croient nécessaire d’abandonner la course présidentielle en appuyant d’autres concurrents, jugés mieux placés pour arriver à la magistrature suprême. Ces alliances me paraissent plus dangereuses que sincères.

Enfin, en dépit de ce tableau pour le moins sceptique du processus électoral, le scrutin du dimanche prochain représente des enjeux majeurs pour l’avenir politique d’Haïti. En conséquence, par sa conscience citoyenne ou pour ses  » 1000 gourdes « , l’électeur haïtien est appelé à élire des hommes et des femmes, capables de prendre en main le destin de cette nation, déjà trop victime de l’insouciance des régimes antérieurs.

Osman Jérôme


Balade dans une ville noctambule

Vie nocturne à Saint-Marc, Haïti (c) Osman
Vie nocturne à Saint-Marc, Haïti (c) Osman

Grâce à l’abondance de ses divertissements nocturnes, Saint-Marc se fait une réputation de ville sans sommeil. En semaine ou en week-end, il y a toujours une affiche qui attire les friands des grandes foules. Ainsi, la ville sort de la monotonie des soirées ordinaires.

En effet, quand les rayons du soleil prennent leur recul sur la ville, le soir venu, la capitale du bas-Artibonite offre une atmosphère qui invite toujours au plaisir. La tristesse n’est pas Saint-Marcoise. Cette nuit-là, la cité en a fait preuve, et j’en ai profité à satiété.

Contrairement aux prévisions météorologiques, la ville a connu une fin d’après-midi bien calme, loin des tonnes de pluie qui feraient inonder certaines rues en manque d’infrastructure.

La nuit s’avance avec tout ce qui l’accompagne : black-out, vrombissement des groupes électrogènes, le bruit des taxi-motos, la musique des bars, l’ambiance des boîtes de nuit… En fait, tout un package pour une nuit sans sommeil comme la ville en est habituée.

Entre mon bar habituel et les autres alternatives, ce fut un autre samedi soir de grand dilemme. Difficile de faire un choix. Alors, comme pour m’assurer de tout profiter, j’ai décidé de m’offrir un petit tour, ou du moins de visiter quelques points de repère où les noctambules forcenés ne se font pas prier pour jouir de leur énergie et de leurs poches.

Il est presque 22h. Direction Portail des Guêpes.  Entre les décibels des haut-parleurs, l’odeur des fritures, la senteur de l’alcool, la fumée des cigarettes, ici la vie trouve son sens pour les hédonistes.

À quelques mètres du Lycée Sténio Vincent, la discothèque du coin attire la grande foule. Dans les parages, des femmes aux mini-jupes agressives, corsages largement débrayés, lèvres salement fardées font valoir leur puissance de séduction. Mais ce soir, le commerce sexuel ne fait pas bonne recette. Regroupées dans la pénombre, les prostituées s’en plaignent. Voire que certains clients rechignent toujours au prix du service.

À l’intérieur du club, presqu’aucune table n’est vide. Jeux de lumière, musique, un cocktail qui fait les délices du public, déjà séduit par  l’ambiance qui consume cet espace, rempli comme un œuf.

La satisfaction éprouvée par le public se lit dans chaque chemise imbibée de sueur, dans les cris stridents des jeunes, des filles notamment qui ne se font pas prier pour envahir la piste de danse, faisant ainsi valoir toute leur potentiel pour la danse. Comble totale de l’euphorie.

Un peu après minuit, soudainement une bagarre s’éclata entre deux hommes, visiblement dépassés par le taux de l’alcool contenu dans leur sang. Ce fut pour moi un prétexte de vider les lieux. Surtout qu’aucun agent de sécurité n’y soit aperçu.

Après avoir respiré pendant quelques minutes, comme un naïf,  j’ai suivi un groupe de gens qui marche vers la rue Pétion, où un bar-dansant est fraichement inauguré.

Ici, contrairement à la première adresse, l’espace est à peine rempli à moitié. Mais c’est une ambiance de haute tension qui se dégage dans cette salle, faiblement éclairée.

Derrière ses platines, le jeune DJ de service fait preuve d’une dextérité remarquable. Le public est acquis à la cause de ses touches. Déhanchements des reins, « coller-serrer » des couples, c’est une ambiance ponctuée de musique hot qui fait piaffer cette foule qui en redemande à chaque fois.

De medley en medley, l’ambiance s’intensifie au tant que s’égrainent les minutes. Quand les premières notes du refrain de « Validé » sortent des haut-parleurs, comme un seul homme, tout le monde se met à bouger à tue-tête. X-Man et CARIMI ont gagné le pari. Et quand cette fille au corps diablement élancé, se déambule sur la piste tel un serpent en pleine démonstration pour prouver de quoi ses reins sont capables, ce fut le délire total.

Il sera bientôt 2h du matin. Entre-temps, une sensation de faim me guette l’estomac. À cette heure, les restaurants traditionnels ne fonctionnent presque pas. Tout compte fait, direction du Boulevard de la liberté.

Ici, dans ce marché improvisé sous les étoiles, contrairement à l’ambiance festive des boites de nuit, c’est un autre spectacle beaucoup moins extravagant.

Une chaudière par-ci, une table par-là. Entre les tas d’ordures et les nourritures préparées, un décor à peine imaginable est planté. N’empêche que les consommateurs font de la queue pour être servis.

En effet, loin d’un instant d’extase dans des gorgées de bière ou autres substances psychoactives, ici les gens cherchent plutôt à apaiser leur faim, même si c’est dans des conditions d’hygiène souvent déplorables. Ventre affamé n’a ni œil ni odorat. Bref.

Un sandwich, une gazeuse. J’ai été déjà prêt pour rentrer chez moi. Arrivé à 2h45, Lucky, le petit chien adoré de la famille m’attendait déjà. Comme pour dire que, à l’instar de la ville, même les animaux domestiques sont sans sommeil. Vive  le dynamisme nocturne de cette ville qui dort tard et qui se lève tôt.

Osman Jérôme


Haïti ou la complexité de la démocratie

Violences, fraudes […], le fiasco électoral du dimanche 9 août dernier, entraîne une nouvelle vague d’inquiétudes quant au devenir de la démocratie en Haïti. Surtout quand on pourra s’acheminer vers une crise postélectorale, à la suite de ce scrutin, qualifié par certains observateurs comme une tentative de coup d’état électoral contre les valeurs élémentaires de la démocratie.

Voilà bientôt 30 ans après la chute dictatoriale des Duvalier, Haïti trépigne encore sur une pente politique, que les plus nostalgiques de la civilisation appellent « transition démocratique ». Ce supposé processus politique, s’il ne faut pas en avoir honte de le dire, n’existe que dans les discours des vendeurs de rêves utopiques.

En effet, la démocratie comme système politique dans lequel on dit attribuer la souveraineté du pouvoir au peuple, n’est pas une manne du ciel, encore moins un don parmi les multiples dons de la communauté internationale. C’est plutôt la lutte d’une révolution politique, le réveil d’une conscience collective. Et c’est justement contre ce mur que se heurte le progrès de la démocratie en Haïti. Quand dans une société, on n’a pas peur de s’unir pour organiser des élections frauduleuses, détruire les acquis de l’État, la démocratie devient chimérique.

Du départ de Jean-Claude Duvalier à l’arrivée de Michel Martelly, le climat politique n’a pas toujours été favorable à un vrai épanouissement de la démocratie en Haïti. L’ancien chanteur et ses prédécesseurs se montrent rarement à la hauteur de participer à la vraie construction de l’édifice démocratique dans le pays. Au contraire. Abus de pouvoir, mauvaise gouvernance, instrumentalisation de la police […], l’hégémonie de leur petite personne passe trop souvent avant le bien-être collectif de la population. Ces dirigeants oublient que la démocratie n’est pas seulement l’absence de la dictature; mais aussi la justice sociale au bénéfice de tous, sans exception.

La politique haïtienne de ces vingt-cinq dernières années est presque sans aucun bilan (positif). Sinon, les mêmes violences électorales pour perdurer dans les mêmes crises.  Entre-temps, au nom de la très chère démocratie, le peuple est condamné à élire des dirigeants qui ne se soucient point de ses conditions de vie. N’est-ce pas bien un projet à long terme, la transition démocratique en Haïti ?

Osman Jérôme (Twitter @bco185) 


Les sept péchés capitaux de l’électeur haïtien

Campagne électorale en Haïti- (c) Osman Jérôme
Campagne électorale en Haïti- (c) Osman Jérôme

Sauf inconvénients de dernières minutes, le premier tour des élections législatives aura lieu ce dimanche 9 août en Haïti. Entre-temps, à quelques heures du scrutin, on observe une sorte de passivité chez certains potentiels électeurs, toujours indécis quant à la question de savoir s’ils se rendront aux urnes, remplissant leur devoir civique.

En effet, par tradition ou par ignorance, certains Haïtiens en âge de voter n’ont pas la culture d’accomplir leur devoir civique, remplissant un bulletin de vote en faveur d’un candidat. Toutefois, peu importe les résultats des élections, il faut donc s’attendre qu’ils soient les premiers à se plaindre du choix de ceux qui ont voté.

Voyons rapidement, les sept maux, dont souffriraient certains citoyens haïtiens en âge de voter :

  • Analphabète

Les analphabètes, disait un ami-professeur, représentent un handicap majeur pour le bon déroulement du processus électoral en Haïti. Pour cet ancien professeur de philosophie, aujourd’hui candidat à la députation, quelqu’un qui ne sait ni lire ni écrire, comprendra peu l’importance d’un bulletin de vote, encore moins sa participation citoyenne aux élections, dans un pays qui se cherche encore et toujours sur la carte de la démocratie. Avait-il raison ?

  • Amnésique

 L’Haïtien a la mémoire courte, surtout quand il s’agit de la politique. Et aujourd’hui, à la limite de l’inquiétude, c’est une amnésie collective qui s’empare désormais de la République. Ainsi, cette société bafouée qui cherche encore un mieux-être dans son quotidien se voit souvent obligée de refaire confiance à des hommes politiques ayant déjà manqué à leurs missions dans le passé.

  • Sentimental

Plus on est sentimental, moins on est rationnel, dit-on. En effet, voilà de quoi souffre une bonne partie de l’électorat haïtien, visiblement anémié d’objectivité. Car même en 2015, vous rencontrez des Haïtiens dits « intellectuels », qui ne votent point par raison, mais plutôt par attachement affectif à un candidat ou une à plateforme politique.

  • Spectateur

Perdant le sens du devoir civique, l’Haïtien de ma génération aime plutôt laisser les autres décider à sa place. Ici, au pays des crises, on adore le spectacle. Et c’est beaucoup mieux d’en jouir quand vous êtes spectateurs. Ainsi, depuis quelques années, rares sont les citoyens haïtiens qui assument leur rôle d’acteur dans le processus électoral avec leurs bulletins de vote. Quelle irresponsabilité !

  • Nécessiteux

En Haïti, le bulletin de vote a son prix. Peut-être que je vous en parlerai plus longuement dans une prochaine publication. En attendant, sachez que dans certains cas, l’électeur haïtien, en proie à toutes sortes de problèmes socio-économiques, ne vote plus par conscience patriotique, mais en échange de quelque chose, dont notamment le fameux billet 1000 GHT, affectueusement appelé « Hyppolite » ou « Shalom ».

  • Indécis

À quelques heures du déroulement des votes, nombreux sont les électeurs qui l’avouent clairement ; ils ne savent toujours pas pour qui voter. Les échanges sur les réseaux sociaux et les discussions amicales en disent long. Le problème est que, les candidats, pour la grande majorité ne sont pas dignes de confiance. Et dans ces instants d’incertitude, c’est toujours le pays qui paiera les conséquences.

  • Manipulable

Analphabète, amnésique, sentimental, passif, nécessiteux, indécis, toutes les conditions sont censées réunies pour que l’électeur haïtien soit un petit jeu politique, au profit des candidats avides des bienfaits du pouvoir. Le citoyen haïtien devient trop manipulable.

En effet, souvent entachées d’irrégularités, les élections en Haïti laissent peu de bons souvenirs dans la mémoire des observateurs, dont les électeurs en particulier. Néanmoins, comme ceci n’empêche pas cela, ce n’est pas une justification pour que cela persiste. Par conséquent, désormais, à l’électeur haïtien d’assumer pleinement sa responsabilité citoyenne ; allant aux urnes, accomplissant son devoir civique, surtout avec objectivité.

Osman Jérôme


Cinq raisons de passer mes vacances en Haïti

Amani-y Beach à Saint-Marc / Osman Jérôme

C’est déjà la moitié du mois de juillet. La température, les bals, les festivals, les voyages, la période estivale bat son plein. Se déconnecter du boulot ou des études, c’est le désir de chaque professionnel, de chaque étudiant, soucieux de sa détente. D’ailleurs, qui n’aimerait pas profiter de quelques jours de congé, surtout en été ? Le temps de se ressourcer un peu.

En effet, si beaucoup sont déjà partis en vacances, d’autres sont encore indécis quant aux destinations à prendre. Quant à moi, quoiqu’un peu tardif, mon choix est fait ; je pars pour quelques jours en Haïti.

Alors, en cinq points, voici les raisons de ma destination :

  • Ma famille. Étudiant immigrant nostalgique. Au début de chaque session, je m’assure de bien noter le calendrier des épreuves finales. Ainsi, je m’arrange tôt pour retrouver la famille et les amis en Haïti. Les uns et les autres sont toujours heureux de me revoir, l’occasion pour tous de consolider nos liens affectifs. Attachement familial.

    Mon petit frère (Rodmanson) et moi, derrière nos lunettes de soleil. © Osman
    Mon petit frère (Rodmanson) et moi, derrière nos lunettes de soleil. © Osman
  • La nourriture. En Haïti, une fierté très répandue, fait l’apologie de la cuisine haïtienne comme étant la meilleure au monde. Je ne suis pas atteint par cet orgueil, mais je n’ai pas encore goûté d’autre plat étranger, me permettant de me délecter comme les mets haïtiens. Des mets connus pour leurs saveurs épicées. Bon appétit à tous.

    Pendant ce temps-là, je mange en pleine rue à Port-au-Prince. © Osman
    Pendant ce temps-là, je mange en pleine rue à Port-au-Prince. © Osman
  • Les plages. Après les traditionnels cultes et messes, les visites familiales, la journée du dimanche en Haïti est ouverte à d’autres activités, dont la plage en particulier. D’ailleurs, ce ne sont pas les adresses qui manquent, surtout à Saint-Marc. Quand j’y suis de passage, je ne peux m’empêcher la baignade, un sacré moment : exposition au soleil, course sur le sable sans oublier d’admirer les vagues de ce morceau de mer d’Amani-Y beach, qui invite toujours à la nage. Adieu fatigue.

    Amani-Y beach (Saint-Marc) © Osman
    Amani-Y beach (Saint-Marc) © Osman
  • Le tourisme local. D’habitude, peu importe la courte durée de mon séjour en Haïti, je m’assure toujours d’être en mesure d’aller visiter au moins un site touristique ou historique. Ainsi, je ne laisserai pas le privilège aux étrangers de connaître mieux que moi l’histoire du Palais Sans Souci à Milot, ou celles des Forts Jacques et Alexandre, plantés sur les collines de Kenscoff. À la découverte de mon pays.

    Les ruines du palais Sans Souci (Milot) © Osman
    Les ruines du palais Sans Souci (Milot) © Osman
  • Les activités nocturnes. S’il y a une chose qu’on me reproche parfois quand je suis en Haïti ; c’est d’être trop noctambule. De plus, que faire, quand on est de passage à Saint-Marc, une ville réputée « sans sommeil » ? En tout cas, j’ai plus de dix-huit ans, j’assume. Et puis, en passant, je peux vous dire qu’en saisons estivales, les sorties nocturnes font souvent bonne recette.

    Quand l’instant est à la danse (Saint-Marc) © Osman
    Quand l’instant est à la danse (Saint-Marc) © Osman

Enfin,  à part quelques points à mettre sur certains i, tout est fin prêt pour ces nouvelles vacances dans mon Haïti chérie. L’affection familiale, la saveur des plats, le bleu de la mer, le tourisme local, les sorties nocturnes, ça s’annonce bien pour ces quelques jours de congé.

Et vous, pour quelles raisons partirez-vous en vacances en Haïti ? Où partirez-vous en vacances ?

Osman Jérôme


Petit lexique de la sexualité en Haïti

Crédit © l’autre Haïti
Crédit © Paola (l’autre Haïti)

De l’époque primitive aux temps modernes, parler de la sexualité a toujours été un sujet à la fois passionnant et controversé. D’une culture à l’autre, si les termes traduisant les rapports sexuels renvoient souvent à des expressions cocasses, parfois, ils frôlent aussi un certain sexisme pour le moins avilissant.

En Haïti, suivant la région ou le milieu social, la nomenclature de la sexualité varie d’une tranche d’âge à l’autre. Cependant, malgré la diversité langagière, on retiendra que la population fait souvent preuve de créativité, quand il s’agit de qualifier l’acte sexuel, dépendamment de la gratification ou de la satisfaction obtenue.

En effet, l’élasticité du créole aidant, désormais, le champ lexical de la sexualité est d’une densité remarquable. Ainsi, madame, monsieur, entre humour et prosaïsme, bienvenue dans la littérature sexuelle haïtienne.

« Bonjou pwèl ». L’éjaculation précoce est un trouble sexuel qui affecte beaucoup de jeunes. D’ailleurs, c’est un facteur important dans la rupture de certains couples, en manque de satisfaction sexuelle. En Haïti, quand un mec n’est pas capable de se prouver sur un lit dans un temps record, il se fait considérer comme inutile. Ainsi, les amateurs des brèves performances sont familièrement appelés « Bonjou pwèl » (bonjour les poils). Humiliation complète.

Connaître. Du français au créole, la signification de « connaître » ne change pas ; (Se faire une idée de). Cependant, dans la créativité linguistique du créole, « connaître » se réfère à plein d’autres choses. Par exemple, dans le langage vulgaire, quand vous entendez un mec  dire : « Mwen konnen fanm sa » (je connais cette femme), la signification peut être aussi « avoir coïté avec cette femme ». C’est dit alors.

« Dechalbore ». Créole haïtien. Selon le site www.dictionnaire-creole.com, le verbe « dechalbore » marque l’action de : (1) mettre en lambeaux ; (2) dépuceler une vierge. En effet, cette expression revient le plus souvent dans la littérature sexuelle haïtienne pour justifier un rapport sexuel qualifié de sadisme et de mépris. En ce sens, une prostituée peut s’exprimer ainsi à un client : « Je ne vais pas vous laisser me « dechalbore » pour votre argent.

« Ke ». Pour certains, les rapports sexuels épanouis, sont ceux qui se terminent sur une note de satisfaction mutuelle des deux partenaires. Ainsi, cela suppose bien évidemment éjaculation, orgasme entre autres. En effet, pour parler d’éjaculation, les plus jeunes se réfèrent au terme « ke » (queue). J’ai beau chercher à comprendre pourquoi l’utilisation d’une telle expression. Mais ce que je sais, si on a éjaculé deux fois au cours d’un rapport sexuel, on a fait deux « ke ».

« Plastik ». Conscience collective oblige. Vu la propagation des IST, notamment l’épidémie du VIH/SIDA, le jeune Haïtien qui se respecte ne va pas au combat sexuel sans son arme ; le préservatif. Toutefois, loin des noms, génériquement ou commercialement utilisés pour parler du produit, ici les amateurs du néologisme parlent de « plastik » (plastique) en référence du condom.

« Pwa ». Face aux inquiétudes créées par l’éjaculation précoce, les victimes passent à l’offensive. Même si bien souvent, ce n’est pas toujours dans la meilleure des façons. Voilà, pour s’assurer d’une longue performance sexuelle, l’Haïtien de ma génération s’appuie sur son fameux « pwa », produit très populaire, servant à retarder longuement l’éjaculation de l’homme. Aux grands maux, aux grands remèdes, dit-on.

Signer. En droit, « signer » se traduit par le fait d’avaliser, endosser un acte en y apposant une signature. Cela suppose donc un lieu, un support quelconque. En Haïti, dans le parler courant, le sexe du garçon est aussi appelé crayon ou stylo, et celui de la fille « fiche ». Dans son tube « Fich bòlèt », le groupe Zenglen en a donné les détails. « Avoir déjà signé sur la fiche d’une fille », signifie donc avoir déjà eu des rapports sexuels avec elle.

Tailler. Par simple définition, le verbe « tailler » a la même valeur sémantique en français qu’en créole ; (couper, diviser, décapiter…) Sauf que, pour certains besoins communicationnels, l’expression prend aussi d’autres connotations en Haïti. Par exemple, dans le milieu juvénile, l’expression « taye » revient souvent dans les conversations pour se référer à un rapport sexuel. « Mwen gentan taye fanm sa » (j’ai déjà couché avec cette femme).

« Tibèf ». Qu’il soit fellation ou cunnilingus, en Haïti, tout acte sexuel oral se qualifie de « tibèf » (veau). Comme vous êtes un lecteur intelligent, trouvez-vous-même la raison de l’allusion au mammifère.

Traverser. Autant que je le sache, cette expression n’est pas trop ancienne dans la littérature sexuelle haïtienne. Cependant, aujourd’hui « Travèse ou janbe » est tellement populaire pour parler d’un acte sexuel, que cela devient un slogan dans le milieu juvénile. « Fanm sa, mwen gentan janbe li plizyè fwa » (cette femme, je l’ai déjà traversée à plusieurs reprises), dit-on souvent dans la rue pour parler d’un rapport sexuel d’un air dégradant.

« Viergina ». Malgré la désacralisation du mythe de la virginité, certains milieux tentent encore de conserver cet « honneur féminin » qui disparaît sous la pression de la modernité. Ainsi, pour se moquer de toutes filles qui, à un certain âge, n’ont pas encore de rapports sexuels, on les appelle joliment « Viergina ».

Par ailleurs, si vous connaissez certaines expressions non listées dans ce billet, vous pouvez les mentionner dans un commentaire. Si vous êtes dans une autre région du monde, faites-vous plaisir de partager avec nous les vocabulaires typiques, parlant des rapports sexuels dans vos pays. Prêtez-vous au jeu.

Osman Jérôme


Régularisation, déportation : nouveaux cauchemars des Haïtiens en République dominicaine

République dominicaine : Des Haïtiens faisant la queue pour se faire inscrire au Plan National de Régularisation des Étrangers (PNRE) -© Osman Jérôme
République dominicaine : Des Haïtiens faisant la queue pour se faire inscrire au Plan National de Régularisation des Étrangers (PNRE) -© Osman Jérôme

République dominicaine, mercredi 17 juin 2015. Comme prévu, les inscriptions au processus du plan national de régularisation des étrangers (PNRE), arrivent à terme.

En effet, contrairement aux rumeurs, il n’y aura pas de prolongation pour les retardataires. Ainsi, les immigrants « illégaux » non enregistrés seront prochainement rapatriés suivant les dispositions établies.

Mardi 16 juin 2015, 10h du matin. Soleil de plomb sur Puerto Plata. Ici, nous sommes à l’avenue Luis Jinebra. Vacarme des automobiles, klaxon des motos, la circulation est tout, sauf fluide. Pour cause ?, une marrée haïtienne, piteusement bloquée devant le bureau régional du plan national de régularisation des étrangers (PNRE).  Parasols, casquettes vissées au front, certains cherchent à se protéger des rayons insupportables du soleil.

Bousculades, injures, murmures, l’exercice est musclé. Les filles et les vieillards en font parfois les frais.  Paradoxalement, tout se passe sous les regards passifs de deux agents de sécurité, qui semblent s’occuper d’autres choses que de maintenir la discipline au milieu de la foule.

Tant que les minutes passent, la file devient de plus en plus dense. Entre-temps, elle ne grouille presque pas. Pendant que les plus braves font encore la longue queue, certaines abandonnent le navire avec rage et colère au bout des lèvres.

« Je me suis inscrit depuis septembre 2014, maintenant nous sommes au mois de juin 2015, je continue à faire la navette ici », a lancé vertement Cédieu Noël, brandissant un lot de papiers. L’air frustré, l’homme se dit être découragé des problèmes rencontrés dans le processus. Pour lui, il n’y a rien de sérieux dans cette affaire, ce n’est qu’une arnaque organisée. « Chaque document apporté, on y trouve une anomalie. J’ai déjà dépensé plus de 6000 pesos dominicains pour la légalisation des papiers, et aujourd’hui encore on me fait d’autres exigences », a lamenté le barbu en sueur.

Pour sa part, Gerardy Pierre ne mâche pas ses mots pour dénoncer une forme de discrimination observée dans le processus du PNRE. « Imaginez-vous que je suis ici depuis 6h AM, attendant l’ouverture du bureau à 8h. On ne fait point de cas de moi. Cependant, quand les « blancs » arrivent, on les reçoit dans l’immédiat », a dénoncé ce jeune haïtien visiblement à bout de patience.

D’un autre coté,  pour Alexandre Joanis, un Haïtien travaillant en tant que facilitateur au bureau régional du PNRE à Puerto Plata, le plus grand obstacle rencontré par la majorité des Haïtiens dans le processus, c’est un problème d’identification. « En plus d’être en condition migratoire illégale, certains n’ont ni un acte de naissance, voire une carte d’indentification nationale », a amèrement déploré ce promoteur de Droits Humains. Plus loin, l’homme qui maîtrise difficilement le créole, reproche les autorités haïtiennes qui, selon lui n’ont pas été à la hauteur dans ce dossier. Surtout dans le retard accumulé pour la livraison de certains documents aux citoyens haïtiens, dont le fameux passeport.

En effet, dans des discours imprégnés d’indignation et de résignation, la majorité des interviewés avouent être prêts à retourner aller vivre en Haïti. Cependant, ils exigent aux autorités haïtiennes d’y créer les conditions de vie adéquates, notamment de l’emploi.

En tout cas, avant la grande déportation annoncée par les autorités dominicaines, applaudie à l’unanimité par la société civile, les Haïtiens sans documents sont désormais dans une immense tourmente.

Osman Jérôme


Haïti : le processus électoral vu par des blogueurs

Élections en Haïti-© Crédit photo: https://hpnhaiti.com
Élections en Haïti-© Crédit photo: https://hpnhaiti.com

En dépit de certaines irrégularités techniques, après des mois de tensions, de tergiversations, de négociations et de pressions, la machine électorale a été finalement mise en marche. Et depuis, les secousses du séisme électoral n’ont cessé de secouer une scène politique haïtienne déjà trop fébrile.

Collège électoral en manque de crédibilité, indisponibilité des fonds, candidatures rejetées, candidatures contestées [..], selon certains observateurs, le contexte politique actuel paraît peu favorable à la réalisation des scrutins.

En effet, avec un regard souvent différent des journalistes traditionnels, les blogueurs commentent aussi les actualités haïtiennes. Dans des opinions parfois si brillamment soutenues, ces jeunes observateurs vont de leurs propres commentaires sur ce processus électoral, qui demeure encore nébuleux. Morceaux choisis :

Les candidats

Dans son texte titré « Être candidat en Haïti », Diego Mythri va droit au but ; il a perception pour le moins pessimiste de ceux qui cherchent maladroitement à briguer des postes politiques, souvent sans même savoir dans quoi ils s’embarquent réellement.

« En Haïti, être candidat ne relève pas du passé et du renommé du personnage. Ce qui importe c’est d’avoir un staff de campagne capable de se charger efficacement des affiches et des retouches spéciales des photos, au moyen du Photoshop, durant les mois de campagne électorale », a tristement observé le jeune blogueur.

La « candidatite »

L’arrivée surprise de Michel Martelly à la tête du pays, n’est pas en effet sans conséquence sur la perception du pouvoir en Haïti. Car depuis l’avènement de l’ancien chanteur « controversé » à la plus haute magistrature de la république, on observe une agressivité inquiétante du plus commun des mortels pour accéder au sommet des affaires politiques. Ainsi, tout le monde pense pouvoir être n’importe qui dans cette société, regrettent certains observateurs.

Désormais, il existe un concept, un néologisme pour parler de ce virus qui semble atteindre une bonne partie de la population haïtienne, rêvant d’arriver par tous les moyens au pouvoir ; c’est la « candidatite », perçue comme un fleau qui deferle sur tout le pays.

« Dans le vacarme de la machine électorale, en ce temps de fièvre des élections en Haïti. Une curiosité exceptionnelle s’est emparée du public. À cause d’une maladie mortelle, appelée  « candidatite » qui frappe subitement un bon nombre de mes concitoyens. La passion d’acquérir du bien plus rapidement serait la principale motivation de la majorité de ces candidats », a lamenté Nelson Deshommes, dans une réflexion drôlement intitulée : Haïti- Élections, qui n’est pas candidat?

Les partis politiques

À bien observer la tendance actuelle, il faut s’attendre un jour que chaque électeur aura son propre parti politique en Haïti. Car à chaque période électorale, les regroupements politiques poussent comme des champignons.

En effet, de l’avis de Worlgenson Noël, cette pratique constitue un obstacle au bon déroulement du processus électoral. Dans son article : « Monsieur le candidat, quel est votre bannière politique ? », l’étudiant en Communication Sociale à la FASCH ne va pas avec le dos de la cuillère. Pour lui : « la prolifération des partis et regroupements politiques se mobilisant pour les prochaines élections peut être un facteur considérable susceptible de constituer un fil à retordre pour les choix potentiels des électeurs qui seront contraints de disséquer leur vote ».

Le Conseil Électoral Provisoire (CEP)

Les saisons électorales haïtiennes se suivent et se ressemblent presque toutes. La crédibilité des institutions chargées d’organiser les élections souffrent toujours d’une carence de crédibilité. Et ce nouveau CEP ne fait pas l’exception de la règle.

Cette anomalie institutionnelle n’est pas passée inaperçue sous les yeux de Diego  Mythri  Pour lui, « L’actuel CEP, comme tous les autres institués dans le passé, souffre d’une déficience de crédibilité. Mais celui-ci risque d’atteindre le stade anémique sévère en termes de fiabilité. Alors que des responsables des partis s’interrogent sur l’applicabilité du calendrier électoral, qui prévoit d’organiser les élections en trois temps, le problème de crédibilité resurgit dans  les débats ». Alors, comment dans telles conditions, ne pas être sceptique quant à la tenue de bonnes élections dans le pays ?

Et la démocratie ?

La chute dictatoriale des Duvalier, est pour certains, une sorte de rentrée triomphale d’Haïti à l’ère démocratique. Cependant, presque trente ans après, le terrain politique de la première république Noire semble n’être pas toujours propice au développement complexe de la démocratie.

Widlore Mérancourt abonde dans le même sens. Dans « Élections mortelles », l’étudiant en sciences juridiques est clair : « La simple évocation de la démocratie n’en fait pas une réalité, en ce sens que le système se donne à voir par la matérialisation de ses différents éléments. Ainsi, l’organisation honnête et périodique d’élections est une nécessité absolue à la mise en place et la pérennisation de tout système se revendiquant comme tel ».

En effet, à quelques mois de la réalisation des prochaines compétitions électorales (s’il y en aura bien entendu cette année), entre pressions et confusion, sous le ciel politique d’Haïti, se défilent de gros nuages d’inquiétudes. Et vous savez, le paradoxe dans tout ça, c’est que, seule la réalisation d’élections crédibles sera capable de dissiper tous ces doutes.

Osman Jérôme


Une salle histoire de jalousie

Crédit © : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/54/Depression-loss_of_loved_one.jpg
Crédit © : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/54/Depression-loss_of_loved_one.jpg

La jalousie est désormais une crise mondiale. Au rythme du temps, elle connaît une énorme croissance dans les couples. Ainsi, le taux des victimes n’a jamais chuté. Au contraire. 

En effet, sur le plan émotionnel, être jaloux n’a apparemment rien de morbide. Au tant qu’on y  révèle aucune conduite psychologique désadaptée. En revanche, la jalousie devient pathologique, quand elle est accompagnée d’intenses sentiments d’insécurité, d’apitoiement sur soi, d’hostilité et de dépression. Ces comportements qui sont souvent destructeurs pour les couples.

Madame, monsieur, retour sur une scène de violence conjugale, dont l’antécédent est une crise de jalousie.

Ce matin encore, ce sont les cris assourdissants de Maryse, une respectueuse colocataire qui m’ont brutalement réveillé. Il n’était même pas encore 5h.

Le visage en sang, les yeux ruissellent de larmes, des marques de coups sur les épaules, des blessures sur les bras, la jeune femme vient d’être violentée une nouvelle fois par son conjoint.  La quatrième depuis le début du mois.

Après une discussion pour le moins ridicule, l’homme est succombé à ses folies. Il a violemment frappé sa compagne avec un bar de fer. N’était-ce pas l’intervention précipitée de deux autres voisins, il aurait même tué la pauvre.

En effet, le triste épisode qui a failli coûter la vie à la jeune dame, a commencé à la suite d’un appel téléphonique. Selon les versions de la victime, il était déjà 4h30 quand elle reçoit un appel d’un ami. Ne pouvant pas écouter la communication, encore moins savoir qui a appelé, le mari tombe dans une folle illusion. Ce dernier jure alors par son intuition que sa femme était à l’appareil avec son ex. Et depuis, les disputes ont commencé par des échanges musclés. Quelques minutes après, sous le coup de ses pulsions irrationnelles, Robert a bastonné Maryse avec une rage indigne d’un homme fait de raison.

État confusionnel, mélancolie profonde, la victime dit réfléchir à la possibilité de rompre définitivement cette relation qui lui rend la vie dure. Cependant, malgré ce nouveau drame, elle croit encore avoir des nobles sentiments pour son bourreau, avec qui elle partage le lit depuis bientôt deux ans.

Dépendance émotionnelle ou attachement démesuré ? Définitivement, entre l’arbre et l’écorce, il ne faut surtout pas y mettre le doigt.

Osman Jérôme