Osman

Quand les murs se font art

Fresque à Puerto Plata © Osman Jérôme

Entretenue, abandonnée, la surface des murs a toujours été un espace de grande convoitise pour certains. Je ne parle pas de n’importe quel domaine de l’art. C’est ici du graffiti dont il s’agit.

À l’image de certaines autres grandes villes dominicaines, l’art urbain connaît une expansion à Puerto Plata, région du pays plutôt célèbre pour ses attractions touristiques. D’une rue à l’autre, il devient difficile de ne pas se familiariser avec ces œuvres artistiques, décorant les murs de la cité active, courtisée par des artistes confirmés ou en herbe, faisant entre autres la promotion de leurs talents.

Au point de vue psychologique, ces images qui tentent de rehausser l’éclat de certaines zones de la cité dites marginalisées, ont suscité mon admiration, nourri même mon imagination au point d’avoir l’idée d’en faire un billet. Cependant, au-delà du simple contenu visuel de la chose qui plaît aux passants, ces fresques pour la plupart véhiculent des messages socialement significatifs. Si les thématiques dessinées sont différentes, elles portent toutes avec elles une forme de communication. À continuation, je vous présente une collection de sept fresques, les unes plus expressives que les autres. Chacune sera accompagnée d’une brève description.

Fresque à Puerto Plata © Osman Jérôme

Rue Sanchez, tout juste à quelques mètres de l’Institut dermatologique, le regard de cette femme fait le bonheur des passants. Quelques secondes pour regarder ce portrait peuvent être synonymes de grande joie intérieure.


Fresque à Puerto Plata © Osman Jérôme

« Les sœurs Mirabal, Patria, Minerva et María Tereza, furent héroïnes et martyrs de la lutte contre le dictateur Rafael Trujillo, qui dirigea la République dominicaine de 1930 à 1961. On les surnommait aussi les sœurs « Mariposas » (Papillons) ».


Fresque à Puerto Plata © Osman Jérôme

Un bout de mur laissé à l’abandon sur la grande avenue du Malecón a vite retrouvé ses vives couleurs, grâce à cette fresque, apparemment dessinée lors des dernières festivités carnavalesques.


Fresque à Puerto Plata © Osman Jérôme

Depuis quelques mois déjà, Puerto Plata est en chantier. Le centre-ville est en pleine réhabilitation. Entre-temps, une fresque pour donner un peu d’éclat aux nouvelles installations infrastructurelles ne dérangera personne hein.


Fresque à Puerto Plata © Osman Jérôme

L’élevage des poules est très populaire dans la famille paysanne en République dominicaine. Ainsi, quand un artiste du pays a eu l’idée de décorer la surface de cette muraille avec une œuvre de telle envergure, il sait pertinemment la portée sociale de son travail.

Fresque à Puerto Plata © Osman Jérôme

Je garde un souvenir très particulier de cette fresque, dessinée sur un mur de l’avenue d’Isabel de Torres. D’ailleurs, c’est la plus ancienne image de la collection que je vous présente. Je l’ai captée, il y a peut-être trois ans de cela, lors d’un travail de photoreportage, alors que j’étais à l’école de communication sociale. Par ce travail marqué d’un engagement social, l’artiste a voulu apporter sa contribution à la lutte contre les abus faits aux enfants. Mais je vous assure que la situation s’est encore empirée aujourd’hui.

Fresque à Puerto Plata © Osman Jérôme

Le Dominicain, à l’instar de tout homme constitué, avoue un grand attachement à la musique. Ainsi, terminons cette petite présentation avec cette belle image, dessinée quelque part sur un trottoir de la ville, où le musicien s’offre gratuitement en spectacle pour le bonheur des passants.

Madame, Monsieur, l’art a toujours pour but d’exprimer quelque chose. À Puerto Plata, d’ailleurs comme partout dans le reste du monde, les artistes urbains s’approprient des espaces publics pour dégager leurs émotions, exprimer leurs sentiments sur des sujets qui leur tiennent à cœur. Et moi, toujours titillé par ma passion pour la photographie, je suis content d’avoir partagé avec vous cette petite collection de ce mouvement artistique, de plus en plus en vogue dans les rues de la ville.

 Osman Jérôme


Un dimanche de carnaval à Puerto Plata

Carnaval de Puerto Plata, République dominicaine (C) Osman
Carnaval de Puerto Plata, République dominicaine (C) Osman

En dépit d’une certaine inquiétude météorologique, ce dimanche 19 février 2017, la ville de Puerto Plata en République dominicaine n’a pas raté son après-midi de carnaval. Entre couleurs, danses et musiques, le grand boulevard du Malecón a été une nouvelle fois, témoin d’une ambiance populaire de toute beauté.

En effet, malgré les caprices du temps nébuleux, depuis très tôt dans la matinée, le décor était déjà planté pour accueillir les acteurs et spectateurs, se donnant rendez-vous sur le macadam, pour ce troisième dimanche, comptant pour les festivités carnavalesques qui se terminent à la fin du mois.

Enfants, jeunes et adultes, on identifie souvent le Dominicain pour son attachement aux divertissements ; c’est un adepte du festin. Donc, il n’est pas question de manquer un événement qui donne plein pouvoir au plaisir des sens. Ainsi, pour ce nouveau dimanche de grandes réjouissances populaires, tous les chemins mènent au Malecón, fameux pour être une adresse de grandes activités sociales et culturelles.

Carnaval de Puerto Plata, République dominicaine (C) Osman
Carnaval de Puerto Plata, République dominicaine (C) Osman

Il est déjà 16h30. Du grand monde est sur place. Les festivités sont démarrées depuis quelques minutes tantôt. Les stands érigés pour la circonstance sont joliment parés. Dans les décorations, on y voit la culture, la peinture, la couleur […], en fait tout ce qui fait la tradition du carnaval dominicain est là. Les étrangers sont en admiration.

Au fil des minutes, la foule devient de plus en plus compacte. Difficile alors de se frayer un chemin sur les trottoirs, occupés d’un bout à l’autre par des marchands de sucreries, de barbecues, de boissons gazeuses et alcoolisées. Le petit commerce bouge plutôt bien. Un moment de bonnes recettes pour certains petits vendeurs.

Entre-temps, sous le regard vigilant de la police nationale, les activités se déroulent en toute sécurité. Certaines personnes sont venues pour piaffer au rythme des décibels, d’autres y sont plutôt pour admirer les défilés des reines et des rois du carnaval, portant des costumes bien confectionnés.  Cette élégance vestimentaire a plu au regard des observateurs, dont des photographes notamment, enquêtes de belles images.

Carnaval de Puerto Plata, République dominicaine (C) Osman
Carnaval de Puerto Plata, République dominicaine (C) Osman

Pour cette nouvelle journée d’activités carnavalesques, au-delà de l’ambiance musicale, ayant permis au défoulement des participants, la créativité était tout d’abord au rendez-vous, gratifiant ainsi le public d’un spectacle hautement artistique, et riche en couleurs. Les masques, les costumes et les déguisements en disent mieux.

Osman Jérôme


Mémoires d’une nuit érotique

Lit d’une nuit érotique © Osman
Lit d’une nuit érotique © Osman

En vertu de la prospérité affective déjà accumulée dans notre aventure amoureuse, difficile qu’une autre occasion m’apporte autant de plaisir que chaque instant de sa compagnie. D’ailleurs, il n’existe même pas une raison d’être à ses côtés. C’est peut-être absurde, mais l’essentiel c’est de me retrouver dans la parenthèse de ses bras de tendresse, respirer le parfum de son corps, dont l’odeur discrète est une hantise à mon organisme, gâté par les bienfaits de sa présence.

Ce jeudi soir, peut-être il était déjà onze heures. Après les averses, la ville est drapée dans un silence de nécropole. Une somnolence insolite s’empare du quartier, plongé dans un black-out inhabituel. Dans l’opacité de cette nuit d’automne, nous voici une nouvelle fois cloîtrés dans cette chambre, témoin habituel des alliances de nos corps entrelacés et de nos soupirs conjugués.

Aux pieds du lit drapé en blanc, des bougies brûlent, comme si elles ne vont jamais s’éteindre. Elles dégagent un parfum, flirtant affectueusement avec mon odorat. Entre-temps, accompagné de son saxophone,  avec une mélodie aux éclats d’allégresse, Kenny G se met de la partie. Sa musique instrumentale vient amplifier une ambiance, déjà ponctuée d’une intimité souriante. Ainsi, le décor de la pièce, marquée d’une heureuse sobriété, devient comme une invitation à rentrer une nouvelle fois dans cet univers d’érotisme, dont les portes s’ouvrent déjà devant nous.

Alors, s’appuyant l’un contre l’autre, nos voix disaient des choses que nos oreilles avaient du mal à capter. Nous parlions ce soir-là un autre langage, dont seule la texture frissonnante de notre corps pouvait interpréter.

Les minutes courent, et la température de notre corps s’augmente à la vitesse du temps qui galope. Time is love. Dans un geste marqué d’une habileté propre à la femme, elle m’a rapidement débarrassé de mes accoutrements. De cette pluie de baisers sur mes lèvres, en passant par ces câlins répétés sur ma peau, elle a mis le feu sur mon corps, obéissant à tous ses mouvements synchronisés. Mon âme, mon esprit, mes sens évanouis ; et la jouissance était déjà à son comble.

Au rythme des minutes qui s’écroulent, nos pulsions sexuelles deviennent de plus en plus communicatives.  Voilà, en un cillement de paupières, nous voici plongés dans l’infinité de cette ombre voluptueuse, servant de complice à la demande de nos envies affamées. Impossible de traduire par des simples mots, ce déferlement de joie que me gratifie chaque note de sa voix plaintive. Marchandise délivrée. Demande satisfaite.

Imbibé de sueur, mon corps est pris d’un léger tremblement. Epuisés, nos organes ont dû céder à la pression de la fatigue. À l’extrémité droite du lit en désordre, nous nous regardons avec un air d’adoration. Comme pour dicter notre satisfaction partagée, après cette ballade de jouissances, nous ayant ouverts une nouvelle fois les portes du bonheur.

Osman Jérôme


La petite maison délabrée

La petite maison délabrée -Crédit photo: Osman
La petite maison délabrée -Crédit photo: Osman

Par un matin pluvieux de janvier 2017, bravant les intempéries qui menacent la ville, après une vingtaine de minutes de route, me voici à Palo Blanco, une petite localité située au Nord de Puerto Plata en République dominicaine. J’allais voir un ami fraîchement revenu d’Haïti. Ici, comme dans beaucoup d’autres localités à forte concentration d’immigrants haïtiens, les mauvaises conditions de vie des gens échappent difficilement à la sensibilité de l’observateur. Infrastructures, eau potable, électricité, […], tout cela est du luxe pour les habitants de cette zone, abandonnée sur une ancienne plantation de canne à sucre.

À l’entrée principale de Palo Blanco, à quelques pas de la gaguère, se trouve une maisonnette, faite entièrement de morceaux de tôles rouillées. De loin, elle paraît abandonnée. Pourtant elle est bien habitée par une famille, plus précisément par une mère avec ses deux filles, respectivement âgées de sept et de cinq ans. Madame Cédieu (tante de mon ami) et ses deux enfants y vivent depuis plus de trois ans. D’ailleurs, c’est le seul héritage laissé par son défunt mari, récemment tué dans un accident de la circulation.

« Désolé de te recevoir dans de telles conditions mon fils, ce n’est pas une maison habitable, mais on n’a pas d’autres choix« , a tout de go balancé la dame, apparemment un peu gênée.

Un lit misérable, une table boiteuse, deux chaises en plastique appuyées l’une contre l’autre, voilà ce qui constitue l’espace physique du domicile de la très respectueuse Betty, pour appeler la dame par son nom personnel. En haut, à droite de la table, une photographie du Père Noël, retenue par un bout d’adhésif, contribue à la décoration de la chambre mal aérée. Il ya aussi une ribambelle de sachets noirs éparpillés çà et là. On est dans une pièce où est projetée l’image hideuse d’une misère inhumaine.

Depuis le décès de Cédieu, de qui Betty garde très peu de beaux souvenirs, elle dit s’abstenir de toute liaison amoureuse, « à mon âge, je doute fort que les hommes d’aujourd’hui auront des yeux pour moi » a-t-elle tenté de justifier. Ce dont son neveu n’était pas d’accord. Entre-temps, un sourire innocent était monté à ses lèvres. Betty, dans le respect et la dignité, préfère se débrouiller seule pour répondre aux besoins de ses deux enfants. D’ailleurs, pour gagner sa vie, du haut de ses 40 piges, elle se montre vraiment créative. La dame s’adonne à diverses activités aux retombées économiques. Elle s’adapte suivant la demande, elle descend souvent en ville pour faire la lessive de certaines familles, toujours satisfaites de son travail, et, par ailleurs, Betty tient à son petit commerce détaillant, elle vend notamment des sucreries et des fruits. Elle s’en sort ainsi, contrairement à certaines de ses voisines qui préfèrent se livrer à la mendicité ou à la prostitution clandestine.

Malgré le poids des ans et les coups durs de la misère, Madame Cédieu reste une femme vive et souriante. Sa communication est souvent ponctuée de petites plaisanteries, ce qui fait d’elle une personne joviale et abordable.

En dépit de la précarité de ses conditions de vie, la mère de famille ne jure que par l’honneur et la dignité de sa personne humaine. Ainsi, contrairement à certains membres de sa communauté et avec un zeste de fierté au visage, elle affirme n’avoir jamais été tentée par le vol ou quelques autres actions malhonnêtes dans sa vie, car elle est aussi une femme d’église. Et elle en est très fière. D’ailleurs, sans se vanter, Madame Cédieu est une mère modèle pour son entourage qui reconnaît en elle une personne de grande générosité.

Osman Jérôme


Éloge de la vie nocturne

Vie nocturne à Puerto Plata © Osman

Un samedi soir de novembre, le ciel de plus en plus grisâtre laisse peu de bonnes prévisions à la vie nocturne. Mais ici, en République dominicaine, où le peuple souverain serait né avec une prédisposition génétique liée au plaisir, on n’a jamais besoin du beau temps pour répondre aux appels du divertissement. Surtout le week-end.

À bientôt 21h30, alors que le décor commence à se planter sur les trottoirs animés, à la gloire de mon corps et de mon esprit ennuyeux de l’espace physique de ma chambre, je me retrouve une nouvelle fois perdu dans les bras de la nuit à Puerto Plata ; le temps de m’offrir une partie de bonheur. Une autre occasion d’explorer le dynamisme de cette ville insomniaque.

Vêtu de ma nouvelle chemise noire, griffonnée Calvin Klein, d’un jeans bleu LTB, de baskets Lacoste de couleur noire […], je crois avoir bien acquitté ma dette au comptoir de l’élégance. Entre-temps, emportée par la brise du soir, la fragrance de mon Kenneth Cole se propage discrètement dans le voisinage. Aucun détail n’a été laissé au hasard pour ce nouveau samedi soir sur terre.

Il était presque vingt-deux heures quand je suis arrivé à The Bar, ce café qui doit sa notoriété aux traitements réservés aux clients. Certains habitués vous diront tout simplement qu’ils sont gâtés par la courtoisie des serveuses, toujours aussi affriolantes dans leur uniforme, taillé pour la séduction.

La parure festive du bar, les jeux de lumière, la jovialité du public, le décor est planté pour une partie de jouissance comme je les aime. Du Jazz à l’oreille, du spectacle pour les yeux, accompagné de mon verre de vin je trouve un complice pour mater le gris du temps qu’il fait dehors. Ainsi, entre la saveur du liquide fermenté et une partie de sérénade bien concoctée, la nuit me tend ses lèvres et m’offre toute l’intimité de son corps, dont la chaleur m’enivre  jusqu’à l’ivresse.

Plus le temps passe, plus les tables et les chaises trouvent des occupants. Un air de ravissement se lit sur le visage du propriétaire, s’assurant que chaque client soit reçu avec le plus grand soin possible. À ce point, il n’a pas trop à reprocher à ses employés, faisant un travail de qualité.

Juste à côté de moi, un jeune couple canadien parle de projets de voyage en Haïti, notamment à Port-au-Prince. Les deux amoureux espèrent aller voir de leurs propres yeux ce qui reste de la ville après le séisme de 2010. Entre-temps, même en se rappelant aux milliers de victimes de la tragédie, ils ne peuvent pas s’empêcher de trinquer leur verre en signe de leur bonheur partagé. Le mal est déjà fait.

Dans la foulée, pendant que l’odeur des mets parfume l’espace, sur la petite estrade dressée à quelques pas du comptoir, un groupe de trois musiciens joue pour la satisfaction de l’assistance, majoritairement composée d’étrangers. Après chaque morceau, les musiciens lancent des « gracias », « thank you » et « merci » au public, déjà acquis à leur cause. Chaque interprétation est suivie d’un torrent d’applaudissements. Tout le monde est en liesse. On se réjouit.

Parfaitement à mon aise, au rythme du contentement collectif qui s’empare du milieu, de plus en plus euphorique, je vide mon verre par instant, bois à ma santé et à celle de tous ceux qui pensent toujours à leurs moments de divertissement. L’homme ne vit pas seulement de travail. Se récréer est profitable à la santé mentale.

Le tic-tac des verres, les sourires complices, les regards satisfaits, les selfies pour les réseaux sociaux, les gens sont ivres de plaisir. Le plaisir se répand autour de moi, la propagation des ondes positives d’une joie contagieuse prend possession de toute la salle, déjà grisée de bonne humeur.

Il sera bientôt deux heures du matin. L’endroit commence à se vider de ses abonnés. Je fais signe à la serveuse de m’apporter l’addition. Mais son regard est plutôt une invitation à rester plus longtemps. Dans les horloges du bar, il est encore tôt. J’ai bien compris son attitude séductrice, car tout ceci sera au profit de la caisse de son patron. Mais je dois partir, retrouver mon lit, plongé dans la solitude de mon absence.

Osman Jérôme  


Le cireur de bottes et son journal

Puerto Plata-Le cireur de bottes et son journal-Crédit : Osman
Cireur de bottes (c) Osman

Il est à peine treize heures. Le soleil se balade librement dans le ciel limpide de Puerto Plata. Entre-temps, la température avoisine les 30°C. Le climat s’intensifie au fil des minutes. Les rues de la ville connaissent une allure pressante. Des enfants reviennent de l’école. Les concerts des véhicules nuisent aux abonnés du silence. Les rayons vainqueurs du soleil calcinent la peau des piétons.  Les trottoirs de l’avenue Ginebra sont occupés d’un bout à l’autre. L’image d’une cité congestionnée.

En face du commissariat principal, le décor garde son allure habituelle ; des groupuscules de gens discutant de tout et de rien, des individus fraîchement sortis de la garde à vue, des passants au regard curieux, des motocyclettes et des voitures mal stationnées, des marchands ambulants en campagne de séduction, […], l’atmosphère est déconcertante.

En effet, au milieu de cette scène, s’inclinant de plus en plus à une folie collective, un homme visiblement déconnecté de son environnement immédiat, plonge dans son journal. Il le tient avec précaution. Assis  sur son compagnon de route, casquette vissée au front, les pieds légèrement écartés, la tête plongée dans le dernier numéro de Listín Diario, l’homme prend la température sociale et politique de son pays et celle du monde entier. Un cireur de bottes qui oublie momentanément les passants pour une pause de lecture ? La scène est captivante. Elle a vite capté ma curiosité.

Entre-temps, l’intensité du bruit connaît une baisse remarquable dans les parages. Le boutiquier d’en face a fermé ses appareils de sono. Maintenant, on écoute mieux la conversation des gens. L’air un peu abattu par le soleil, un monsieur arrive pour se faire nettoyer les chaussures. Le cireur-lecteur lui demande de patienter un instant. Il n’a pas voulu perdre le fil de sa lecture. Je le suis de près. Il feuillette son journal avec soin. Preuve de quelqu’un ayant la culture des pages imprimées. Dans la foulée, il commente à un ami, lui aussi cireur de bottes, son impression des dernières actualités.

Dans ses interventions, les unes plus cohérentes que les autres, le lecteur a presque touché tous les sujets traités dans le quotidien. Même s’il reproche entre autres, le manque de contenu de certains articles, qu’il qualifie plutôt de propagandes politiques en faveur du pouvoir en place.

Dans un commentaire sur la recrudescence de la violence dans certaines régions du pays, l’homme se montre très acide contre les autorités policières qui, à son jugement jouent la passivité, pendant que les bandits continuent à faire des victimes dans les rangs de la population civile. « Les policiers d’aujourd’hui ne servent à rien. D’ailleurs, ils sont souvent complices des malfrats », a vociféré le monsieur au corps chétif.

En effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la présence de ce policier en uniforme, à l’écoute de son discours ne l’a nullement intimidé. Au contraire,  cela lui a plutôt donné beaucoup plus de vigueur dans ses reproches, marqués d’une colère insoutenable.

La lecture terminée. Le cireur plie son journal, puis le dépose sur sa cuisse droite ; le temps de recevoir un autre client, dont les chaussures poussiéreuses ont frappé le regard moqueur du vieil homme.

Osman Jérôme


La fille qui ne croit plus en l’amour

Femme triste (c) pixabay.com
Femme triste (c) pixabay.com

Une, deux, trois expériences au compteur, la mémoire encombrée d’épouvantables souvenirs, l’âme encore alourdie par la haine […], à seulement vingt-six ans, Jeanne songe déjà à fermer la parenthèse de sa vie amoureuse. Pourtant avant, elle s’y accrochait avec une naïveté maladive. Aujourd’hui, entre angoisse et méfiance, le présent a eu raison de son passé, marqué de sa crédulité féminine. Cœur plein de mépris et de déceptions, la fille ne se sent plus capable de se livrer à aucun homme. Le comble de la méfiance.

En effet, profondément blessée par  les vieilles histoires, les unes plus frustrantes que les autres, ma nouvelle colocataire nourrit un immense dégoût pour les relations sentimentales. Elle voit désormais dans chaque courtisan un bourreau, un manipulateur. Un sexe opposé qui veut profiter de son joli corps de femme. Ainsi, les joues toutes noires de tristesse, elle s’imagine difficile se livrer à quelqu’un, par peur de  ne pas blesser à nouveau son cœur, déjà mutilé par le remords.

Après trente minutes de conversation, le regard de Jeanne devient un mur impénétrable, une masse de ténèbres où tout a sombré dans le brouillard nostalgique du passé. Envahie d’angoisse, elle incline la tête, gênée et honteuse d’avoir livré son cœur et son corps parfois sans avoir même réfléchi. Mes bonnes plaisanteries ne suffisaient point pour apporter un peu de sourire sur son visage, de plus en plus crispé.

Aujourd’hui, à ce carrefour fragile de sa vie de femme, l’étudiante en sciences comptables ne veut plus souffrir. D’ailleurs, son cœur en a assez. Les battements de ses lèvres nerveuses en disent long. Elle paraît avoir la tête lourde, comme trop pleine d’idées tumultueuses qui s’y choquent. Mademoiselle qui était si fière d’elle, se trouve désormais à un niveau d’estime de soi inquiétant. Elle est gravement blessée dans son orgueil de femme. Jeanne devient un sujet psychologiquement délicat.

Cependant, quoiqu’il en soit, après toutes ces expériences jugées négatives, à écouter la fille attentivement, on se rend compte, qu’elle pense encore à jouir de ce plaisir que partagent les gens qui s’aiment. Oui, je peux vous le rassurer, Jeannie, comme on l’appelle affectueusement dans l’appartement, veut  absolument goûter  à ce bonheur qu’est  l’amour partagé. Mais les cicatrices de sa vie passée heurtent encore son esprit, toujours marqué par l’indifférence de ses premiers amants à son égard.

Osman Jérôme


L’ennui de la distance

Crédit © https://www.publicdomainpictures.net
Crédit © https://www.publicdomainpictures.net

Il est à peine jour, la nuit s’en alla dans une discrétion inhabituelle. Elle a emporté sur ses bras meurtriers, le cadavre de mes rêves avortés. L’insomnie a eu encore raison de mon sommeil, une nouvelle fois troublé par son absence, de plus en plus insupportable.

Voilà, le nouveau jour s’amène dans un climat marqué d’amertume. Les quelques rayons du soleil qui s’allongent derrière les sommets des montagnes, ne peuvent rien contre ce froid qui gèle mon cœur nostalgique. Le réel et l’imaginaire se croisent sur le champ de ma pensée, comme dans une guerre de grandes émotions.  Entre-temps, mon esprit tente à se dégager de ce couloir de fantasmes, où mes désirs érotiques ont souvent rendez-vous avec son ombre, dans une complicité énigmatique.

Sous le rideau de la petite fenêtre qui domine le quartier, le vent qui vient du nord m’apporte l’écho de sa voix, dans une note aussi plaintive que languissante. Ce qui a rapidement redoublé ma peine, nourrie par cette distance géographique, de plus en plus nuisible à nos organes en détresse.

Nouveau matin, nouvelle soif de sa présence. Cette fois-ci, qui se manifeste par une chaleur intérieure qui me fait transpirer comme un bœuf. Aucune autre maladie ne m’a jamais causé au tant de frissons. C’est comme pour dire que, seul son retour redonnera toute la sève manquée à mon corps épuisé.

Au réveil de ce matin, jamais comme avant, ma peau est  gravement estampillée par la violence de mon impatience. Un sentiment qui n’est pas loin d’être diagnostiqué de pathologie amoureuse, cliniquement interprétée par les symptômes de tristesse, causés par l’absence de ma bien-aimée.

Entre-temps, à force d’être brulé par cette envie de Fabie, ma chair risque de tomber dans une vieillesse prématurée. À telle enseigne, j’ai peur de ne pas perde de ma virilité habituelle. Mais heureusement, elle arrive bientôt.

Osman Jérôme


À celle qui a brisé son propre cœur

Femme triste (c) pixabay.com
Femme triste (c) pixabay.com

Au grand dam de l’intelligence émotionnelle, beaucoup de gens se lancent à l’assaut d’un amour parfait ; une femme, un homme taillé à la dimension de leurs rêves. Grande attente, énorme déception finalement.

Expériences à l’appui, j’ai compris que l’amour, comme la vie elle-même est un jeu de réciprocité. En conséquence, l’épanouissement de toute relation de couple, exige donc cette culture du donner et du recevoir, nonobstant l’écart entre l’offre et la demande qui lorsque trop vaste risque de créer des frustrations.

En effet, si après des expériences jugées négatives, certains cherchent à culpabiliser l’autre partenaire, d’autres préfèrent plutôt de se rendre eux-mêmes coupables d’avoir trop donné (dans une relation qui n’en valait pas la peine).

À entendre les complaintes des cœurs brisés (pour reprendre l’expression du milieu), on a vite compris que certains individus n’ont plus les pieds sur terre une fois amoureux. D’autres ont même perdu la notion de rationalité. « L’amour est violent », dirait Garou dans de pareilles circonstances.

Ainsi, à celle qui croit avoir brisé son propre cœur dans une histoire d’amour (probablement mal terminée), retient bien ceci : aimer quelqu’un en tant que conjoint est bien du domaine de la raison, et non seulement d’une quelconque pulsion irrationnelle, d’un sentiment muet de toute objectivité, comme l’aurait cru le commun des mortels.

Donc, tu peux toujours aimer avec le cœur. Néanmoins, apprends à vivre votre relation avec votre cerveau. Un peu d’équilibre psychologique en d’autres mots. Je te rassure que cela réduira les risques des blessures sentimentales, souvent difficiles à cicatriser.

Par ailleurs, la vie en couple est un long processus  d’adaptation, où les protagonistes sont appelés à des consensus, allant finalement dans la même direction. Cependant, loin de cette vision commune, incluant une acceptation mutuelle, certains ont plutôt la mauvaise tendance à vouloir transformer l’autre au gré de leurs fantaisies personnelles. Et là, c’est un danger qu’il fait absolument éviter.

Vous allez peut-être me taxer d’exagération. Mais, permettez-moi de vous dire que, l’important à mon avis, ce n’est pas de métamorphoser l’autre personne à votre goût, ou selon vos attentes et vos caprices, mais plutôt se mettre à la hauteur aux fins de l’accepter avec ses qualités et défauts. Car les différences individuelles, il y en aura toujours.

Osman Jérôme


Et le Barça revint sur terre

Suarez déçu face à Valence -Via Eurosport
Suarez déçu face à Valence -Via Eurosport

Comme un coup de tonnerre dans un ciel catalogne déjà sous les menaces de grandes intempéries, le FC Barcelone vient d’enregistrer un nouvel revers de rang dans le championnat espagnol, soit le troisième en autant de rencontres d’affilée. Grandes inquiétudes.

Il n’y a plus de doute, le Barça va mal. Et même trop mal. La défaite de ce Dimanche 17 Avril face à Valence, vient de confirmer ce qui apparaissait, jusque-là, à une simple perception de certains analystes, toujours optimistes quant à un rapide regain de forme du club catalan, en panne de virilité tactique et physique depuis quelque temps.

Longtemps avant, cette machine barcelonaise faisait peur. Rien ne résiste sur son passage. Les statistiques en disent long. Sans l’ombre d’un doute, les pronostics ont même prévu le triplé pour le club de Josep Maria Bartomeu, avec surtout au passage le fameux back to back en Ligue des Champions. Rêve avorté.

Entre-temps, les commentaires vont bon train, quant  à la vraie cause ou l’origine de cette débâcle du FC Barcelone en cette fin de saison. Peut-être, sans un trop grand sens d’objectivité, les mauvaises langues parlent-elles déjà de l’effet clásico. C’est comme pour confirmer que Zinedine Zidane et ses soldats auraient tout désorganisé lors de leur dernier passage victorieux au Camp Nou, le 2 avril dernier. En effet, si la thèse est largement discutable, ce qui est certain, depuis ce revers historique face aux Madrilènes, la situation des Blaugranas va de mal en pis, au point que ces derniers sont exposés aujourd’hui à une fin de saison aussi anxieuse que lamentable.

Quatre jours après avoir été éliminé dans la course européenne, le Barça vient de compromettre ses possibilités de remporter tranquillement la Liga, après cette troisième défaite consécutive. Pathétique. Après un début d’exercice plutôt grandiose, le Barça a craqué là où on ne l’attendait point. L’équipe aurait atteint sa ménopause footballistique. Un jeu qui n’est plus chatoyant, une défense de plus en plus généreuse, une MSN sans inspiration, donc c’est une équipe qui n’est plus productive.

Après un début de saison de grand éclat, où la machine barcelonaise roulait sur une autre planète, les choses ont changé, aujourd’hui. Le moteur carbure mal. Et les voies du succès deviennent impénétrables.

Osman Jérôme