Osman

Je t’écris donc je t’aime

Ecrire à la main © pixabay.com
Ecrire à la main © pixabay.com

Chère Fabie,

À l’arrivée de ce nouveau matin d’automne, une joie ineffable s’est installée dans mon cœur. Dans la douceur infinie de cette nouvelle journée, préfacée par une fraicheur inhabituelle, je suis heureux de te parler par cette nouvelle correspondance. L’abondance des mots ne sera pas suffisante à décrire le bien-être émotionnel, que me procure cette occasion. Contrairement à la dernière fois, aujourd’hui je t’écris dans l’intimité de ma chambre, encore imprégnée de l’élégance de ta dernière visite.

Par la fenêtre entr’ouverte, les premiers rayons du soleil s’invitent timidement dans ma chambre. L’espace épouse un silence peu particulier. On y écoute seulement le tic-tac de la vieille horloge. Cette atmosphère aidant, les images de ton regard ont colonisé ma mémoire, saturée de nos beaux souvenirs.

À nouveau face à l’écran fissuré de mon ordinateur, je suis parti à ta rencontre. Ma pensée a pris la forme d’un grand boulevard en plein embouteillage. Les mots, les verbes et les phrases se discutent une place dans les paragraphes. Car il suffit de penser à toi, l’inspiration devient abondante. Ce qui a stimulé mon inspiration, déjà en pleine érection. Alors, emparé par cette envie de te rejoindre dans la sémantique et la syntaxe de ce billet, parfois tout devient gai et confus dans mon esprit, comme pour un jour de première communion.

Cela peut paraître insolite. Tout ce temps après le début de notre relation, marqué justement par cette première lettre, dans laquelle je t’avouai mon sentiment ; aujourd’hui c’est quelque chose qui émotionne encore. J’éprouve le même plaisir à te communiquer par des lettres. D’ailleurs, ces correspondances partagées deviennent l’ADN même de cette aventure, de plus en plus semblable à un conte de fées. Merci beaucoup ma chérie d’avoir fait grandir en moi ce goût démesuré pour l’écriture. Cela a donné une sécurité à mes sentiments pour toi. Ce que ma bouche ne peut pas exprimer, ma main te l’écrira.

Mon amour, nous ne sommes pas maîtres du destin. Nos capacités humaines sont limitées. Nous savons peu de choses de ce qui pourra réellement nous rendre heureux de manière durable à l’avenir. Par conséquent, aujourd’hui même, je t’invite à te joindre à moi dans chaque bout de ces phrases. Partageons ensembles tout le bonheur que nous apportent ces morceaux de texte, traduisant le contenu de nos belles amours partagées.

Fabie, je n’ai pas l’intention d’implorer ta pitié. Mais, je le sais et je l’avoue : je n’ai pas souvent la dextérité nécessaire pour bien exprimer tout ce que je ressens pour toi, surtout quand je suis en ta compagnie. Cependant, c’est toujours avec une émotion de bienfaisance, de te parler par ces textes, dont le ton varie parfois entre la joie de ta présence et la nostalgie de ton absence.

Pour finir. Sache que cette passion de t’écrire me procure toujours une espèce de bonheur intérieur, bénéfique à mon épanouissement émotionnel. C’est entre autres une manière de t’aimer encore plus au-delà de mes phrases, souffrant quelquefois d’un certain esthétisme syntaxique et sémantique.

Ton chéri qui t’aime.

Osman Jérôme


Haïti : transports en commun ou suicide collectif

Transport en commun en Haïti (C) Osman
Transport en commun en Haïti (C) Osman

L’impraticabilité des routes, le mauvais état des véhicules, la résilience des passagers, l’irresponsabilité des autorités, autant de variables dont il faut tenir en compte dans la problématique du transport terrestre en Haïti. Certains efforts ont été déployés ces dernières années par le secteur privé pour améliorer la situation, mais les inquiétudes persistent. Il faut bien dire que les autorités compétentes n’ont quasiment pas montré d’intérêt à l’idée d’assurer un service de transport en commun de qualité. En attendant, on ne cesse de compter de nouvelles victimes sur les différents réseaux routiers du pays, à cause des nombreux accidents de circulation.

Je reviens de la République dominicaine. C’était un vendredi de marché binational. Comme à pareille occasion, Ouanaminthe (ville frontalière entre Haïti et la République dominicaine) est en effervescence. Les rues connaissent une allure agitée : le commerce informel s’approprie le trottoir, sans oublier le klaxon des camions, l’agressivité des chauffeurs, la dextérité des détrousseurs, la courtoisie des rançonneurs…

Midi approchait. Les gens étaient de plus en plus pressés. Pour atteindre la gare principale, je fis appel à une motocyclette. Comme tant d’autres, le jeune conducteur fit preuve de peu de prudence sur la route, on a failli être renversés par un poids lourd rempli de marchandises !

Ce petit instant de panique passé, nous sommes finalement bien arrivés jusque l’avenue Soleil. Ici, sur une portion de terre inoccupée, on trouve ce que les gens appellent « gare » par abus de langage. Car, il n’y a vraiment aucune structure digne de ce nom. Ce matin encore, la station projetait le même visage de toujours : beaucoup de minibus éparpillés çà et là, des motos anarchiquement stationnées, des restaurants à ciel ouvert, des marchands de sucreries, de breuvages, de recharges téléphoniques, des cambistes aux discours monotones, etc. Une véritable agitation, une sorte de folie collective.

Avec un front plissé d’irritation, d’un geste de la main, un homme indique aux passagers le minibus à bord duquel nous pouvons monter. Dans un désordre généralisé, des passagers se bousculent et se piétinent. On veut tous avoir une « bonne place » à bord du véhicule, qui ressemble plutôt à une carcasse à moteur.

En un court instant, le minibus, conçu pour une dizaine de passagers, est presque rempli d’une vingtaine de personnes. Mais le conducteur n’est pas encore prêt à démarrer. La chaleur devient de plus en plus épuisante. Entassés comme des sardines, les uns contre les autres, certains passagers commencent à gronder. Alors que certains en ont franchement marre de  devoir s’accommoder de situations inacceptables, d’autres en revanche ne trouvent pas  incommode de voyager dans de telles conditions, lesquelles conditions mettent pourtant en danger la vie des transportés.

Après quelques injures lancées par des passagers à bout de patience, le conducteur s’apprête enfin à démarrer. Mais à l’extérieur une dame avec deux sacs remplis à ras bord lui fait signe de s’arrêter. Avec une insolence sans nom, le conducteur demande aux passagers de se pousser un peu plus. On doit absolument faire une place à la passagère, car c’est sa cliente. Un monsieur, venant de la République dominicaine, visiblement inconfortable dans son siège tente de riposter. Dans un créole mélangé de certaines expressions espagnoles, il qualifie l’attitude du chauffeur d’un manque de respect à l’égard des passagers, transportés comme des troupeaux.

Il arrive souvent que l’on reproche aux chauffeurs haïtiens des transport urbain d’être avares. Même si le véhicule est rempli au point d’être renversé à tout moment, ils refusent de laisser un passager au profit d’un autre. Évidemment, les passagers se laissent souvent prendre au piège, au péril de leur vie. Bref, revenons à notre récit.

Déjà une trentaine de minutes que nous sommes en route. On s’approche de Terrier Rouge. Au milieu de ma rangée, une dame porte difficilement un bébé sur ses genoux. Coincé au point d’être asphyxié, l’enfant n’arrête pas de pleurer. Sa respiration devient de plus en plus difficile, finalement il s’évanouit quelques minutes plus tard. Je ne sais pas par quelle magie, certaines interventions ont heureusement permis à l’innocent de se reprendre. Et, entre les gags des uns, les conneries des autres, le trajet continua, comme si rien n’était.

Après un moment, un jeune homme à l’apparence suspecte, après avoir ingurgité un dernier coup de son flacon de rhum, se mit à reprocher au chauffeur d’être trop lent au volant du véhicule. Ainsi, au grand dam de la prudence, sur ce minuscule espace de la route nationale #6, le chauffeur se lança dans une course contre une autre camionnette, dont on distinguait mal si elle transportait des humains ou des marchandises. Si cette action « malhonnête » a été encouragée par beaucoup de passagers en manque de bon sens, mais elle a aussi soulevé la colère de beaucoup d’autres, dont cette dame enceinte, qui traitait le conducteur de toutes les insultes du Petit Robert.

Transport en commun en Haïti- © Osman Jérôme

Je ne voudrais pas être cynique dans mes propos. Mais pour des Haïtiens, habitués au petit confort de leurs voitures privées, l’évocation des transports publics renvoie directement au dégoût, au stress, au chaos. Parce-que, dans la majorité des cas, les trajets sont faits dans des conditions inhumaines.

Qui contrôle l’état des véhicules ? Y-a-t-il des syndicats pour régulariser le secteur des transports en commun ? Les chauffeurs ne roulent-ils pas au gré de leur humeur ? Entre l’irresponsabilité des directeurs, l’imprudence des passagers, l’amateurisme des conducteurs, les transports en commun sont comparables à un suicide collectif en Haïti.

Osman Jérôme


Petit guide pour une vie sexuelle épanouie

Crédit : pixabay.com
Crédit : pixabay.com

Dans beaucoup de sociétés aujourd’hui, la sexualité n’est plus un sujet tabou. Désormais, l’homme et la femme peuvent consulter un thérapeute pour parler de leurs troubles sexuels, des couples peuvent consulter un sexologue pour améliorer leurs relations et évoquer leur désir de performances au lit, etc. Cela étant dit, bien que de nombreuses choses aient changé, il reste encore beaucoup à faire car les gens ne sont pas tous libres avec la question sexuelle.

La parole se libère mais les inquiétudes demeurent quant à une vie sexuelle épanouie. D’ailleurs, à en croire certaines statistiques, l’insatisfaction sexuelle dans les couples serait l’un des premiers facteurs de séparation.

Autant que je le sache, tout le monde espère avoir une vie sexuelle satisfaisante. Mais pour une raison ou une autre, beaucoup n’y arrivent pas. Comment remédier à cette situation ? Amis lecteurs, loin d’avoir la prétention de vous donner ici une recette magique, je vous communique huit principes fondamentaux qui sont à mes yeux à prendre en compte pour un rapport sexuel épanoui et réussi :

1-Maturité 

Tout rapport sexuel peut avoir des conséquences importantes, les couples doivent donc prendre leur responsabilité, ils doivent être en mesure d’assumer les suites possibles liées à l’activité sexuelle : grossesse non désirée, risque de contracter des maladies sexuellement transmissibles (MST) etc. Donc, ayez en conscience et ne vous y mettez pas si vous n’êtes pas informé et prêt.

2-Être disposé

Contrairement à la pensée populaire qui lie le rapport sexuel à une nécessité  physiologique, à un besoin du corps, l’acte sexuel est en réalité bien plus cérébral que physique. Le désir, la concentration, les fantaisies, la motivation à la chose, il y a tout un processus mental pour vous aider à mieux jouir de l’acte sexuel. Ainsi, il est conseillé d’avoir une bonne disposition psychologique avant et pendant vos rapports. C’est cette décontraction qui sera capable de garantir une jouissance exceptionnelle.

3-Une bonne hygiène

Loin de moi l’idée de vous imposer un protocole méticuleux avant vos rapports sexuels. Cependant, l’hygiène intime est un facteur de bon accomplissement d’un rapport sexuel abouti. En effet, parallèlement à votre toilette quotidienne, se laver ou prendre une douche avant vos rapports sexuels est parfois recommandé. Cela évitera bien des déconvenues, susceptibles de vous conduire à des expériences désagréables.

4-Innovez toujours et encore 

La routine est une mauvaise compagnie pour une sexualité satisfaisante. Changer de lieu, de position, il faut toujours penser à apporter un petit truc nouveau dans vos ébats. À vous les filles : n’attendez pas que ce soit toujours l’homme qui prenne les initiatives. Vous aussi, vous pouvez dire à votre mec que vous le désirez. Pensez toujours à l’innovation, car la routine finira par tuer à petit feu votre désir sexuel. Soyez donc créatifs.

5-Communiquer

Comment votre partenaire peut-il / peut -elle savoir ce qui vous plaît si vous ne communiquez pas vos envies ou ce que vous ressentez ? Sans vous demander d’être un moulin à paroles, soyez quand même capable de dire à votre partenaire ce que vous ressentez, vos désirs et vos passions, vos fantasmes… Je vous assure que cela pourra vous rapprocher encore et augmenter le taux d’excitation. A en croire certains témoignages, le rapport sexuel consenti est un bel espace d’échange où certains amoureux ont tendance à vider tout le contenu de leurs sentiments pour le donner à la personne aimée.

6-Être attentif

Dans une relation de couple, la satisfaction sexuelle doit être mutuelle. Malheureusement, peu de gens en tiennent réellement compte. Certains ne pensent qu’à leur propre jouissance, au détriment du plaisir partagé. Madame, monsieur vous devez prêter attention aux moindres réactions de votre conjoint durant le rapport sexuel, aux expressions corporelles surtout. Pour une vraie satisfaction sexuelle dans votre couple, préoccupez-vous aussi des désirs inassouvis de l’autre. Cela vous évitera bien des complications.

7-Du temps nécessaire

Au sujet de l’éternel débat sur de la quantité de temps idéal pour un bon rapport sexuel, il n’y a pas de normes. Le temps nécessaire auquel je me réfère ici renvoie au temps durant lequel votre conjoint et vous-mêmes pouvez atteindre une satisfaction mutuelle, sans  risque de frustration. De combien de minutes ou d’heures avez-vous besoin ? Je ne le sais réellement pas. Qui le saurait à part vous ? Cela dépend de vous, car chaque couple est différent.

8-Atteindre l’orgasme

Disons-le tout net : l’objectif d’un rapport sexuel consenti est d’arriver à l’orgasme. L’orgasme, cette espèce de jouissance incontrôlable où l’homme et la femme, dans un court moment (qui est, rappelons-le, rarement simultané), passent d’un monde à l’autre pendant quelques secondes que dure cette décharge électrique dans le corps.

Arriver à cette étape est le résultat de tout un processus, incluant le désir, l’attraction, la communication… Mais attention, à force de se concentrer uniquement sur cet instant jouissif, certaines personnes passent complètement à côté de leur rapport sexuel (qui est bien plus que juste cet instant, car le rapport sexuel ne se résume pas à l’orgasme !) D’autres négligent même les préliminaires qui sont pourtant essentiels pour mettre les corps dans une ambiance érotique appropriée. Amoureux, amoureuses cessez d’être avares ! Prenez le temps nécessaire pour stimuler votre partenaire jusqu’à l’extase, ce temps n’est pas du temps perdu, c’est aussi du plaisir…

En vous disant tout cela, je n’ai pas tout dit pour autant, car la question de la satisfaction sexuelle est un sujet complexe. Il y a tellement de paramètres à prendre en compte… et tellement de couples différents. Une chose est sûre, il faut se méfier des tabous et des clichés, qui se mêlent souvent de la partie.

J’espère que ce petit exercice de lecture pourra être utile à la plénitude de votre vie sexuelle ! Car, quand les conditions ne sont pas réunies pour une satisfaction, l’acte sexuel peut conduire à des expériences désagréables et regrettables, voire entraîner des troubles sexuels si les mauvaises expériences persistent.

Osman Jérôme


L’autre coucher du soleil

Coucher du soleil à Saint-Marc, Haïti by Osman
Coucher du soleil à Saint-Marc, Haïti (C) Osman

Pour ceux qui observent les événements de la nature d’un regard élémentaire, il n’y a rien de particulier dans un coucher du soleil. Sinon une vieille routine qui s’articule autour de la rotation de la terre, à laquelle l’homme est habitué depuis la genèse du monde. Cependant, pour un autre groupe qui est plutôt suspendu à l’esthétisme des choses, certains couchers du soleil se hissent à la catégorie de l’extraordinaire. Ils sont devenus au passage l’occasion de photographier ce qu’il y a de plus beau dans la voûte céleste.

En vertu de ma passion pour la photographie, je suis de plus en plus fasciné par le coucher du soleil ; cette élégance que prend souvent une partie du ciel pour préfacer la tombée de la nuit. À Saint-Marc et à Puerto Plata, c’est une occasion à ne pas manquer. Surtout en été. Dans ces deux villes caribéennes entourées de montagnes, la disparition du soleil vers l’horizon ressemble souvent à un rendez-vous romantique, capable de gratifier d’émotions positives au consommateur de belles images. Morceaux choisis :

Scène I : Saint-Marc

Coucher du soleil à Saint-Marc, Haïti (C) Osman
Coucher du soleil à Saint-Marc, Haïti (C) Osman

Saint-Marc, un après-midi de mai. Après une journée dans le paysage luxuriant de Amani-y Beach, le temps est venu de rembourser chemin. Avant de partir, j’ai été brutalement attiré par les rayons du soleil, se déclinant lentement derrière les montagnes dans une tendresse carrément admirable.

Il est à peine 18 heures. Entre la fraîcheur du temps et le calme du milieu, la tombée de la nuit arrive dans une sobriété singulière. La forme que prend l’horizon suscite en moi des émotions de grande joie. J’ai dû sortir mon appareil et immortaliser cet instant digne de grande admiration.

Scène II : Puerto Plata

Coucher du soleil à Puerto Plata, République dominicaine (C) Osman
Coucher du soleil à Puerto Plata, République dominicaine (C) Osman

Je ne sais vraiment pas pourquoi, en République dominicaine, les gens adorent se rendre à la plage en fin de journée. Ici nous sommes à Sosúa Beach sur la côte littorale de Puerto Plata. Loin de l’encombrement de la ville bouillante, face à la mer, le visiteur s’offre une excellente fin dimanche après-midi, pour s’assurer de bien refermer le week-end avec des énergies positives.

Il sera bientôt 19 heures. Épousant une coloration grisâtre, un cortège de nuages défile timidement sur nos têtes. Les derniers rayons du soleil perdent de plus en plus en intensité. Une partie du ciel dégage une beauté, semblable à la parure d’un enfant au jour de sa première communion. Dans l’intervalle, la présence du soleil se fait de plus en plus discrète sur la plage. Ainsi, des lueurs crépusculaires toutes joyeuses viennent confirmer que la nuit est proche. D’ailleurs, on observe déjà l’apparition des premières étoiles, dans un ciel de Sosúa à peine dégagé.

Osman Jérôme


Les relations de couple à l’épreuve des réseaux sociaux

Réseaux sociaux (C) pixabay.com
Réseaux sociaux (C) pixabay.com

Amis lecteurs, sans vouloir le crier sur tous les toits du monde, mettons-nous d’accord : l’avènement de l’Internet dans notre vie est l’un des plus grands progrès qu’a connu la civilisation des temps modernes. Aujourd’hui, grâce à Internet et aux réseaux sociaux en particulier, le monde devient un petit village, pour reprendre l’expression des plus branchés.

Avant l’apparition de Facebook, Twitter et les autres réseaux en ligne, les Terriens des quatre coins du monde n’ont jamais connu un tel rapprochement. La diffusion et la consommation de l’information connaissent un essor sans précédent. Même si ce n’est pas toujours dans le bon sens.

Se faire de nouvelles amitiés, des rencontres professionnelles, retrouver des amis de longue date, émettre librement ses propres opinions… Aujourd’hui, les vertus des réseaux sociaux dans la vie des individus ne sont plus à vanter. Les faits et les statistiques sont là. Facebook, Twitter, LinkedIn sont de grandes plateformes de communication pour les usagers qui savent bien s’y prendre.

Cependant, malgré toutes ces opportunités offertes par les géants du Web social, comme tout phénomène de société, l’utilisation excessive de ces plateformes digitales n’est pas sans grandes conséquences sur la vie des consommateurs, tant au niveau personnel que dans les relations de couple.

Soupçon, infidélité, jalousie…

Si l’on se fie à des témoignages que j’ai recueillis à New York, là où je suis actuellement, on se dit vite que la dépendance des réseaux sociaux est une addiction dangereuse pour le bon épanouissement des relations amoureuses. Sentiments d’abandon, soupçon, infidélité, jalousie… Cela porte certains à croire que les réseaux sociaux et les relations de couple ne font pas bon ménage, autant que les concernés ne sont pas capables d’établir des limites, liées à l’usage de l’Internet.

« Ce que je déteste le plus avec mon copain, c’est qu’il m’espionne tout le temps, il cherche toujours à avoir le contrôle de ce que je fais sur les réseaux sociaux. D’un simple like à la publication d’une photo en bikini, il est capable de tout transformer en scandale », regrette Sophie, danseuse de profession. Cependant, non sans un élan de conscience, la jeune femme reconnaît que le nombre de temps passé sur l’écran de son smartphone n’est pas sans conséquence sur sa relation, notamment sur son amant, connu pour sa jalousie insupportable.

Pour sa part, Jacques, chauffeur de taxi, confesse avoir déjà brisé au moins deux téléphones portables de la mère de ses deux enfants après avoir soupçonné la dame d’une relation à distance grâce à Instagram, où elle publie constamment les plus belles photos de son corps attirant. Aujourd’hui séparé de sa petite famille, il admet toutefois que le problème n’est pas les réseaux sociaux en eux-mêmes, sinon l’usage que l’on en fait qui est censé préjudiciable au bonheur des couples.

Par ailleurs, à observer depuis quelques temps le comportement de certaines personnes, on constate qu’à l’ère du numérique, la vie privée des couples a traversé l’intimité des salons et des chambres à coucher pour s’exposer désormais sur le grand boulevard des réseaux sociaux. Il y a ce petit quelque chose à publier pour montrer au monde qu’on est amoureux. Il y a cette publication pour dire à l’autre combien on l’aime, combien il nous manque, etc. Aujourd’hui, la tendance porte à croire que certaines preuves d’amour passent purement et simplement par une publication sur les réseaux sociaux.

En tout cas, rendez-moi fol ou sage, si cette perception ne colle pas toujours à la réalité de certains couples plutôt réservés quant à leur vie conjugale, elle est loin d’être anodine dans tant d’autres, ne jurant que par la popularité de leur idylle. Ces gens qui affirment d’ailleurs que ne pas vouloir publier une photographie de son couple sur Facebook par exemple renvoie automatiquement un soupçon d’infidélité.

« Je te le jure, ma femme n’a aucun sens de réserve, elle ne fait attention à ce qu’elle publie sur les réseaux sociaux ; de la photo de notre fille endormie jusqu’à notre dernière dispute, Johane partage tout avec ses contacts virtuels », déplore amèrement un jeune père de famille, soucieux de son e-réputation et celle de sa famille.

« À un moment, même pour une fois dans sa vie, chacun de nous peut ressentir le désir de partager au moins une photo de sa relation sentimentale sur Facebook ou ailleurs. Mais personne ne peut m’exiger que je le fasse. Et d’ailleurs, depuis quand les réseaux sociaux sont des thermomètres pour mesurer la température des sentiments que nous avons pour les gens que nous aimons réellement ? », se demande le jeune ingénieur en informatique, un peu perplexe.

En temps normal, les réseaux sociaux sont d’excellents outils de communication et de rapprochement. Pour certains conjoints, c’est un moyen efficace de rester toujours en contact malgré la distance. Mais pour d’autres, Facebook, Instagram, Snapchat deviennent des sources de conflits. Ainsi, l’usage à outrance de ces plateformes virtuelles représentent désormais des menaces à la survie de certains couples, où la notion du respect et de la discipline fait apparemment défaut. C’est comme pour confirmer que le bonheur ne vient jamais tout seul.

Osman Jérôme


Destra Jean Wilter : tout pour la cause de l’évangile

Destra Jean Wilter (C) DJW
Destra Jean Wilter (C) DJW

Si la proclamation de l’évangile est le cadet souci de certains chrétiens, probablement en manque d’intérêt à sauver d’autres âmes, cependant pour d’autres, beaucoup plus conscients de la mission confiée dans Mathieu 28: 18, cela devient une passion, une mission à laquelle ils ne veulent pas s’en passer. Ainsi, sous une forme ou une autre, ces hommes et ces femmes d’église s’impliquent dans presque toutes les activités, visant à promouvoir la parole du Seigneur dans leurs communautés respectives. Chanteur, promoteur de spectacles évangéliques, Destra Jean Wilter est un nom de plus en connu dans le milieu évangélique à Saint-Marc, où il évolue dépuis une dizaine d’années.

Âgé de 21 ans, Destra Jean Wilter est actuellement en troisième année en Gestion des affaires à l’Université Adventiste d’Haïti. Pour ce qui est de la musique, le membre de l’église Adventiste Temple 2 de Saint-Marc rappelle avoir commencé à chanter depuis 2006, soit à l’âge de dix ans. Et à cette époque, se souvient-il, sa mère (chanteuse aussi) était sa première prof de musique. Entre-temps, entre des prestations à l’église ou dans d’autres spectacles, le jeune Destra va développer un attachement de plus en plus intime avec la scène artistique. Ainsi, à l’instar de beaucoup d’autres talents de sa génération, le jeune chrétien a participé dans plusieurs concours de musique organisés à Saint-Marc. Et d’ailleurs, c’est justement après sa participation au concours de talent « Gloria » en 2014 qu’il a décidé de lancer officiellement sa carrière musicale, notamment avec la sortie de son premier morceau baptisé « Kitel Gidew » sorti en 2015.

En fait, bien avant cette carrière solo, l’artiste qui travaille actuellement sur son projet d’album avoue avoir déjà prêté ses compétences à plusieurs artistes et groupes de la ville, soit dans la production au studio ou dans des prestations sur scène ; « Les Précurseurs du matin », « BSG », « VESM (Les Voix Évangéliques de Saint-Marc), sont entre autres des bénéficiaires de ces collaborations.

Si on reproche souvent aux artistes haïtiens d’être de gros égoïstes, le jeune célibataire veut faire la différence. Parallèlement à sa carrière personnelle, il s’est lancé depuis deux ans dans la promotion d’autres artistes du secteur évangélique. Ce qui est selon lui un moyen d’atteindre beaucoup plus d’âmes possible. Été 2015, le premier concert qu’il a organisé à Saint-Marc a mis sous les feux de projecteur plusieurs voix qui étaient jusqu’à présent dans l’ombre. Ce qui a été pour lui une grande satisfaction.

« 2016 a été pour moi une année importante », a lâché un Destra Jean Wilter très jovial, faisant référence à deux grands événements organisés à Saint-Marc, dont notamment un concert où pour la première fois il a permis à Nicky Christ et Tami, deux icônes de la musique évangélique haïtienne de se produire à Saint-Marc. C’était extraordinaire. Tout juste après ce spectacle ayant connu un grand succès, l’artiste a proposé au public sa nouvelle chanson « Rekonesan » dont le clip sera sous peu disponible sur les petits écrans. En attendant, il invite le public à son troisième concert annuel sous le thème de « Rekonesans ». L’événement aura lieu le samedi 26 août à Benz Palace à Saint-Marc. Le line up est composé entre autres de Gospel Kreyol, Wiliadel D’énergie, Alexandra Louis, Mycado Jouquin, BSG etc. « Ce sera donc un moment de louanges et d’adoration qu’aucun chrétien de la ville puisse rater sous aucun prétexte », insiste le jeune artiste-promoteur.

Osman Jérôme


Destination Amani-y Beach

Amanani-y Beach (c) Osman
Amanani-y Beach (c) Osman

Dans certaines régions du monde, dont les Caraïbes en particulier, en cette période estivale, où la température porte à croire que le soleil se rapproche de plus en plus de la terre, les plages deviennent les endroits préférés des touristes, qui cherchent à s’échapper du vacarme et de la pollution des grandes métropoles. Et parlons de plages justement, de jolies plages si vous me permettez cette précision, en Haïti ce ne sont pas des adresses qui manquent. Au contraire, nous en avons qui restent jusqu’à présent inexploitées.

Dans le département de l’Artibonite, soit à une centaine de kilomètres de Port-au-Prince, Saint-Marc et sa côte littorale représentent un potentiel touristique extraordinaire. D’ailleurs, en plus d’être une ville historique, dynamique et noctambule, parmi ses plages, la cité Nissage Saget possède Amani-y Beach, une destination de loisirs de plus en plus convoitée par les amoureux du sable blanc et de la surface bleuâtre de la mer.

Amani-y Beach à Saint-Marc / Osman Jérôme

Nous sommes à la fin du mois de mai, soit à l’approche de l’été. De passage à Saint-Marc, j’ai été une nouvelle fois à Amani-y. Entre mon dernier passage et cette nouvelle visite, l’espace connaît une belle rénovation. Cette nouveauté se fait remarquer depuis le portail principal, où le prix d’entrée est affiché de manière visible. Probablement pour éviter le risque de possibles altercations entre les agents de sécurité de la plage et des visiteurs, trop souvent attachés à la gratuité des choses. Bref.

Ce dimanche, comme tant d’autres d’ailleurs, on avait comme l’impression que presque tous les chemins de la ville menaient à Amani-y Beach. En voiture privée, en taxi-moto ou à pieds, la route principale qui mène à la plage prend une allure dynamique. Adultes, jeunes et enfants, treize heures et quelques minutes, le périmètre est déjà rempli de visiteurs de tous âges. En famille, entre amis, entre l’humour des uns et les fou-rires des autres, l’atmosphère est joviale.

Le vent qui caresse les feuilles des cocotiers, les rayons du soleil qui frappent sur la surface mouvante de la mer, le sable foulé sous les pieds des visiteurs… Ici on est dans un cadre exotique, invitant à se jeter corps et âme dans les bras de tendresse de dame nature. Le temps d’une détente des plus agréables, loin du vrombissement des véhicules polluant une ville, qui n’est pas loin de connaître une explosion démographique.

Entre temps, au rythme des minutes qui partent, la foule devient de plus en nombreuse sur le sable de la plage, subitement transformée en un terrain pour la pratique de plusieurs disciplines sportives, dont le football et le volley-ball en particulier. Et moi, appuyé contre une muraille, lunettes de soleil vissées sur le nez, baladeur ajusté aux tympans, je cherche à tuer le temps, en attendant l’arrivée de deux amis qui tardent à me rejoindre. Dans l’intervalle, avec une gaieté contagieuse, d’autres s’invitent plutôt à la mer, telle une défense aux rayons vainqueurs du soleil, de plus en plus insupportables sur la peau.

De jolies fesses pressés dans des bikinis de toutes les couleurs du monde, des corps masculins musclés comme pour des compétitions, une playlist qui fait bouger dans tous les sens… Ce dimanche encore, Amani-y pétille de tout son charme. Ce n’est pas sans raison que cette plage se transforme de plus en plus en une destination privilégiée des Saint-Marc.

Quinze heures dans une poussière de minutes. L’ambiance qui se dégage sur la plage donne une allure de fête, où les gens s’offrent un peu de plaisir sans trop se soucier de quoi demain sera fait. Aujourd’hui est un cadeau, on doit en profiter.

Amani-y Beach à Saint-Marc / Osman Jérôme

Ici et là, sous les cocotiers, des familles et des amis réunis en petits groupes, partageant leurs plats faits de poulets rôtis, de poissons grillés, de bananes frites entre autres. Pendant que d’autres soulèvent plutôt leurs bouteilles de boissons gazeuses, énergisantes ou alcoolisées.

Un peu plus loin devant le bar, deux haut-parleurs placés sur une table en bois crachent en boucle les derniers tubes « Rabòday » du moment. À quelques pas du marchand de lambis, deux jolies jeunes filles exécutent des chorégraphes aux sonorités endiablées de cette musique qui résonne sur toute la place. La rotation des hanches des demoiselles n’a laissé personne désintéressé. Ce qui a augmenté l’atmosphère d’une ambiance déjà ponctuée de bonne humeur.

Dommage, je devais rentrer à la maison plus tôt que prévu. Sinon j’aurais pu y rester jusqu’à la tombée de la nuit. Mais, après s’être trempés une dernière fois à la mer, mes amis et moi sommes repartis, avec le corps grandement soulagé, et surtout avec la même envie de revoir Amani-y Beach très bientôt.

Osman Jérôme


Ma première nuit avec une prostituée en République Dominicaine

Crédit photo (c) Osman
Crédit photo (c) Osman

À Puerto Plata (République dominicaine), particulièrement à Sosúa, quand le soleil se tourne le dos à la surface de la terre, laissant libre pouvoir aux ombres de la nuit. C’est toute une autre forme de vie qui s’ouvre aux amateurs des ambiances nocturnes. Les trottoirs, les casinos, les boîtes de nuit, les bars […], pour des raisons diverses, à chacun sa destination. Il suffit d’être quelque part, qui invite aux divertissements.

Voilà, un samedi soir d’été comme je les aime. Je laisse la maison à l’idée d’un nouveau flirt avec l’intimité de la vie nocturne de Sosúa, une zone réputée pour son attitude insomniaque. Ce soir, contrairement à certaines fois où je sors en compagnie de copains, c’était juste le mec qui partait jouir en solo son petit plaisir, sans une quelconque compagnie qui aurait pu être nuisible à certaines expériences.

Après une vingtaine de minutes en taxi, me voilà bien arrivé à City Light, lieu très fréquenté par des compatriotes haïtiens. Peut-être parce que le DJ de service est-il un Haïtien. Bref. Même si je suis un habitué de l’espace, c’est toujours avec les mêmes émotions d’avant que je fréquente ce bar, où les occupants sont souvent d’humeur festive. Un état d’allégresse qui laisse peu de place aux problèmes d’hier, aux inquiétudes de demain. Ici, le client est invité à oublier ses soucis, à vivre l’instant présent, même si cela demande parfois d’avoir une attitude dépensière.

Entre trois morceaux de musique et un verre à moitié vidé, il est déjà dix heures trente minutes. La nuit est jeune. Les jeux de lumière, l’exhibitionnisme de certaines filles qui tentent d’attirer la clientèle sexuelle, la synchronisation des corps en mouvement, des salutations et des accolades […], autour de moi l’ambiance gagne de plus en plus en intensité. Entre-temps, dans une courte robe moulante, mettant à l’honneur l’impeccable architecture de son corps, une jolie demoiselle, assurée comme elle seule sur ses pas bien articulés fait son apparition.

Il fallait être aveugle pour ne pas accepter de perdre volontairement quelques secondes de son temps à regarder son postérieur; une véritable mine de tentation. Elle arrive avec son corps remplit d’attirance, sa bouche pleine de séduction. Ses habits, son regard, sa beauté […], elle mobilisait autour d’elle une bonne partie de la salle, accrochée à son charme. Ne me demandez surtout pas si, moi aussi, j’ai été séduit.

Soudain, une chose exceptionnelle vient de se passer : la gazelle s’assoit juste à côté de moi. On dirait une espèce invisible a exaucé ma demande en secret. Le parfum de la jeune femme me rappelle au passage l’odeur de Fabie; ce qui était déjà une invitation à m’adresser à elle. Mais elle m’a devancé, prétextant vouloir savoir quelle heure il est. À peine arrivée, je doute fort qu’elle en ait eu réellement besoin. D’ailleurs, je remarque qu’elle a un sourire facile et une générosité douteuse. Peut-être était-ce sa manière d’entamer la conversation avec moi. Ce qui ne m’a dérangé en rien. Au contraire !

Le premier contact est établi. Chacun de son côté est sur ses gardes : pas question de tomber dans une espèce d’impolitesse anticipée. Mais, après deux ou trois plaisanteries, on s’est lâchés un peu. Ce qui a facilité le dialogue, qui sera une suite mémorable.

Amis lecteurs, permettez-moi d’identifier mon interlocutrice par Clara. Elle vient à peine de fêter ses vingt-deux ans. Elle est née d’un père dominicain, de qui elle garde peu de bons souvenirs, et d’une mère haïtienne dont elle n’a pas eu les nouvelles depuis quelques années. Les parents de Clara se sont séparés, alors que la fille allait atteindre l’âge de la puberté. Elle a été confiée à une tante, la sœur de son père, qui avait apparemment d’autres occupations bien plus importantes que la garde d’une gamine, exposée à des mauvaises fréquentations dans un quartier marginalisé. Ayant abandonné très tôt, à dix-sept ans, Clara est tombée enceinte. Elle en aura gardé d’intenses remords.

Il est bientôt minuit. L’ambiance s’intensifie. L’espace est de plus en plus chauffé. Entre-temps, je viens d’apprendre que Clara est travailleuse de sexe. Donc, contrairement à mes premières idées, elle n’est pas au club pour se relaxer en fin de semaine. Elle y est pour travailler. D’ailleurs, c’est son métier depuis tantôt trois ans. Dans l’intervalle, elle s’arrange pour faire de moi un nouveau client.

Plus l’heure avance, plus le club devient de plus en plus compact. Les hélices des ventilateurs ne peuvent presque rien contre la chaleur. Clara me tient toujours compagnie. Alors qu’une bonne partie de la salle bouge au rythme du tube planétaire « Despacito », Clara essaie plutôt d’esquisser son sourire à certains admirateurs, pendant qu’elle maintient notre conversation. Même si par moment elle paraît un peu ennuyée par la curiosité de certaines de mes questions.

Ne se montrant pas avoir ouvertement une dent contre ses sœurs se livrant au même métier que lui, la jeune maman exprime des inquiétudes quant à la rentabilité économique de ce travail auquel elle se livre, à cause de la dure réalité quotidienne. La frustration pour Clara et pour beaucoup d’autres pratiquantes, parfois, est de passer toute la nuit à charmer une clientèle de plus en plus difficile, puis rentrer à la maison sans un centime.

«D’ailleurs, n’était-ce pas pour répondre aux besoins notamment de ma fille sans papa, je ne me livrerais jamais à une telle activité humiliante », lance t-elle froidement. Et on pouvait lire sur son visage une sorte de honte d’appartenir à cette catégorie de femmes, qui tentent de gagner leur vie avec ce qu’elles possèdent de plus intime en tant que personne.

Plus de deux minutes se sont écoulées. Elle reste figée sur son siège comme une statue. Elle a voulu sortir une cigarette, peut-être à l’idée d’apaiser son angoisse. Mais, le fait que je ne fume pas, elle se cherche plutôt un soulagement dans son verre de rhum vidée d’une seule gorgée. On avance vers les deux heures du matin. Elle ne sait toujours pas si elle pourra négocier avec moi pour le reste de la nuit. C’est ainsi que quelqu’un l’a salué de la main. C’est un client de longue date. Elle s’est gentiment excusée pour rejoindre le type, n’ayant aucune ressemblance d’un Haïtien ou d’un Dominicain.

Une dizaine de minutes après, Clara est de retour, mais avec un visage beaucoup plus détendu qu’avant, car elle a pu trouver un client. Après le club, elle va passer du temps avec ce touriste qu’elle a rencontré pour une fois sur une plage. Et en parlant de clients, Clara appartient à ces travailleuses de sexe haïtiennes en République dominicaine, qui détestent avoir affaires avec des Haïtiens. Elle reproche à ces derniers d’être trop exigeants, pendant qu’ils ne payent pas assez le service.

À vingt-deux ans, Clara traîne derrière elle une carrière de travailleuse de sexe de plus de trois ans. Elle a fréquenté presque tous les bordels de la ville. Parfois, elle va même tenter sa chance dans d’autres régions du pays. Entre-temps, elle rencontre tous types de clients ; des gens de bien, des vagabonds, des touristes, des hommes mariés, des célibataires […].

Il est bientôt trois heures du matin. La fatigue se fait sentir. Si certains refusent de partir et jurent de rentrer chez eux à l’aube, d’autres profitent d’aller se reposer ou de s’offrir quelque chose de plus intime. Le temps pour Clara de me dire au revoir et de retrouver le barbu qui l’attend à la porte de sortie, l’air impatient. Et moi d’avaler ce qui restait de mon verre, avant de rentrer chez moi, surtout avec les images de la jeune femme qui traînent dans ma tête jusqu’à la publication de ce billet.

Osman Jérôme


Rutshelle Guillaume, une « Rebelle » au sommet

Crédit : compte Twitter de Rutshelle Guillaume

‌ »Plus jamais, plus jamais de peur, plus jamais, plus jamais de pleurs. Je suis épuisée, c’est assez. Je n’ai pas à baisser les yeux, je n’ai rien volé. Je n’ai pas à baisser la tête, je n’ai pas triché » […]. Madame, Monsieur, ces paroles ne sont pas de moi. Elles sont du premier couplet de « Victorious« , soit le premier morceau du nouvel album de Rutshelle Guillaume, fraîchement sorti sur les plateformes en ligne. Sans y être allée avec le dos de la cuillère, avec une rage à peine voilée, d’une voix pleine d’émotions, c’est avec ces mots que la très populaire chanteuse haïtienne a ouvert son deuxième opus, paru sous la couverture de « Rebelle ». Un titre qui ouvre déjà une belle voie à toutes sortes de polémiques, surtout dans une société haïtienne suspendue au sensationnel. D’ailleurs, si pour certains observateurs, le titre éponyme de l’opus s’apparente à une forme de provocation assumée, d’autres y voient plutôt une démarche très significative. Ces gens tiennent comme argument des incidents ayant marqué la vie sentimentale de l’artiste durant ces deux dernières années. Et à ce point, même l’intéressée lui-même n’est pas d’avis contraire.

Environ trois ans après avoir gratifié le public de son premier disque « Émotions », l’interprète de « kite’m kriye » revient dans les bacs avec du neuf. L’attente aura été longue pour des consommateurs assoiffés de nouveauté. Au final, vu la qualité du produit sorti, ils ne seront probablement pas déçus.

En effet, après environ une année de travail, des semaines de grandes mobilisations, c’est par un gros coup de communication axée notamment sur la puissance des réseaux sociaux que Rutshelle et son équipe ont finalement mis en circulation ce nouveau projet musical, salué favorablement par des critiques.

Quant à ses performances vocales, l’artiste n’avait plus rien à prouver de son talent sur cet album, tellement qu’elle s’y exerce avec une aisance incroyable. Côté créatif, contrairement au premier disque, c’est une Rutshelle Guillaume beaucoup plus diversifiée qu’on retrouve sur les onze morceaux compilés sur « Rebelle ». « En fait, le titre de l’album reflète quelque peu notre tentative. C’est une rébellion contre le statuquo et contre les idées préconçues. Les textes de Pascal Jean Wiener nous ont encouragé à faire plusieurs fusions de rythmes. Reggaeton et Hip Hop s’entremêlent aisément avec du Congo et du Banda comme s’ils étaient nés ensemble. C’est une approche où nous voulons à tout prix faire une œuvre moderne sans oublier nos racines », m’a d’ailleurs confirmé Fabrice Rouzier, producteur de l’album. En tout cas, c’est un mélange de rythmes qui plaira sans doute aux tympans du mélomane.

Dans « Le crépuscule des idoles » sorti en 1888, le sulfureux Nietzshe disait: « Tout ce qui ne tue pas rend plus fort « . Et depuis, cet aphorisme sert à allumer la flamme de l’espoir dans le cœur de certaines personnes confrontées à des obstacles de toutes sortes dans leurs vies. Au regard des scandales qui ont secoué sa vie amoureuse, Rutshelle se veut être un exemple de ce dicton. D’ailleurs elle l’a chanté sur son nouvel album. Après les tempêtes, le calme finira par revenir. L’artiste a affronté les épreuves, et aujourd’hui elle peut crier: « Plus jamais, plus personne n’a le droit de me frapper. Plus jamais, plus personne n’a le droit de m’humilier. Tout ça s’est terminé, je ne suis l’esclave de personne, ce temps est révolu. Je ne suis le bien de personne, c’est bel et bien fini « .

Ainsi, au lieu de se laisser détruire par tous ces évènements malheureux ayant marqué sa vie de jeune femme victime de violences conjugales, Rutshelle se montre plutôt déterminée à regarder vers l’avant, jusqu’à atteindre ce sommet de gloire où elle a donné rendez-vous à ses supporters, de plus en plus nombreux, notamment sur les réseaux sociaux.

L’inspiration fait des chansons. L’âge amène la raison. De simple victime, Rutshelle devient une « Rebelle » qui aime les « gentlemen« , des gars qui lui envoient des fleurs, des gars qui parlent des histoires de cœur […]. Mais qui rappelle aussi au passage dans « I’m Not For Sale » que son amour n’est pas à vendre. À bon entendeur, salut !

Osman Jérôme


Sept vérités sur les Haïtiens en République dominicaine

Des Haïtiens en République dominicaine © Osman
Des Haïtiens en République dominicaine © Osman

Malgré des rapports politiques et diplomatiques, semant parfois des doutes quant à une bonne harmonie sociale entre les deux peuples, la République dominicaine reste néanmoins une destination privilégiée pour bon nombres d’Haïtiens, en quête d’un mieux être à leur quotidien, trop longtemps livrés à la précarité d’une société, n’offrant pas assez d’opportunités à ses citoyens.

Par conséquent, en dépit de toutes les mauvaises nouvelles qui courent sur les conditions de vie des Haïtiens en République dominicaine, dont les sans-papiers notamment, le nombre d’arrivés ne diminue pas pour autant. Au contraire. Alors, du simple citoyen qui part à la recherche d’un certain équilibre économique, en passant par les étudiants soucieux d’une formation académique de qualité, jusqu’aux professionnels qui s’y établissent pour gagner leur vie, l’Haïtien de la terre voisine est identifiable par certaines étiquettes, qui sont quand même loin d’être de simples stéréotypes. Petit classement :

1-Conditions migratoires irrégulières 

Tous les moyens sont bons pour atteindre la République dominicaine ; la terre promise pour certains. En effet, en dehors du processus légal qui exige un passeport valide muni d’un visa dominicain, des milliers d’immigrants haïtiens ont emprunté la voie illégale pour traverser les frontières dominicaines. Certains ont même passé des jours dans les bois, exposés leur vie à des animaux sauvages, et à la brutalité des soldats dominicains pour atteindre leur rêve ; celui de résider en territoire voisin.

2-Une bonne force de travail 

La destination une fois atteinte, les Haïtiens qui sont venus évidemment pour travailler se débarrassent de toute complexité. Sur les chantiers des constructions, sur le volant des taxis ou des véhicules du transport en commun, dans la rue avec des brouettes, devant leurs tables dans les marchés publics, dans les salles climatisées des entreprises et des complexes touristiques, […], les Haïtiens s’adonnent presqu’à toutes les activités. Pourvu qu’ils puissent répondre à leurs besoins, et à ceux de leurs familles en Haïti qui, souvent ne dépendent de ce qu’ils font ici.

D’ailleurs, contrairement à certains fils de la terre d’accueil, parfois reprochés d’une certaine paresse remarquable, l’Haïtien est plutôt connu ici comme un rude travailleur, une espèce humaine dont la force pour le travail ne s’épuise jamais. Quand il est question de gagner quelques pesos dominicains, l’immigrant haïtien ne ménage point ses énergies. Et ceci, peu importe les conditions météorologiques, peu importe les conditions de travail ; l’essentiel pour beaucoup est de pouvoir gagner quelque chose, dont le pain quotidien notamment.

3-D’excellents étudiants 

Ici, la croyance populaire porte à croire que le système éducatif haïtien est supérieur à celui de la République dominicaine. Loin de m’extasier de cette comparaison plutôt flatteuse, je peux tout de même vous confirmer que l’étudiant haïtien a la réputation de l’excellence au niveau des universités dominicaines. Les mentions honorifiques avec lesquelles ils décrochent leurs licences et leurs diplômes peuvent donc en témoigner.

4-Ressembler aux Dominicains 

Au regard des relations sociales pas toujours harmonieuses entre les deux peuples, certains Haïtiens en République dominicaine se voient parfois obliger de se faire passer pour des Dominicains, par peur de ne pas être victimes de certains jugements racistes, dont le célèbre « Maldito haitiano ». Ainsi, tu rencontres d’une part des Haïtiennes qui se livrent à des pratiques dangereuses de dépigmentation, porter des mèches dites 100 % 100 humaines, ne vouloir plus s’exprimer en créole […], rien que pour se faire prendre pour des Dominicaines.

D’autre part, tu peux rencontrer des jeunes Haïtiens, utilisant des produits capillaires pour donner une texture beaucoup plus lisse à leurs cheveux. Ils cherchent  à se faire ressembler aux Dominicains. Une apparente crise d’identité qui affecte notamment le niveau d’estime de soi de ceux qui se donnent à ces pratiques.

5-Des mauvais locataires 

Partager le même bâtiment que certains immigrants Haïtiens peut devenir parfois un véritable enfer sur terre. L’impolitesse, l’irrespect […], tout un package de manque d’éducation,  nuisible à la bonne connivence sociale. Des colocataires haïtiens sont plutôt taxés de faiseurs de scandale, nuisant parfois à la tranquillité de tout un immeuble. Et croyez-moi, je sais de quoi je vous parle hein.

6-Jouer au football sur des terrains de base-ball 

Contrairement en Haïti où le football est censé une religion, ici en République dominicaine, le sport roi est plutôt le base-ball. Par conséquent, des terrains pour la pratique de cette discipline sportive est partout. Peu d’espaces pour le ballon rond. Ainsi, pour satisfaire leur désir de jouer au football, les Haïtiens n’hésitent point à faire usage des terrains de base-ball. À Puerto Plata par exemple, ils y organisent même des tournois et des matches amicaux entre des communautés haïtiennes éparpillées un peu partout dans la région.

7-Entretenir des relations conjugales avec des Dominicaines et Dominicains

 L’amour n’est pas raciste. D’ailleurs, il n’a point de race. En tout cas, si les dirigeants des deux pays voisins ne peuvent pas toujours s’entendre sur certaines questions politiques et diplomatiques, sur le terrain de l’amour, Haïtiens et Dominicains s’accordent à partager leurs vies amoureuses, sans se soucier parfois de ce qui se passe sur les frontières. Une Haïtienne dans les bras d’un Dominicain, une Dominicaine dans les bras d’un Haïtien […], une image qui devrait inspirer une relation cordiale entre Port-au-Prince et Saint-Domingue.

Vous vivez en République dominicaine ? Savez-vous quelque chose sur les Haïtiens en République ? Laissez-les dans un commentaire.

Osman Jérôme