Osman

57 ans après : Compas Direct en mode décadence

Nemours Jean-Baptiste,créateur du Compas Direct © https://nemoursjnbaptiste.homestead.com/
Nemours Jean-Baptiste,créateur du Compas Direct © https://nemoursjnbaptiste.homestead.com/

Avant les années 50, Port-au-Prince danse une musique. On y  fait une musique. Une musique fortement influencée par celle qui se fait en République dominicaine à l’autre bout de l’île, et celle qui se joue un peu plus éloigné à Cuba. Au début des années 50, l’idée de doter Haïti d’une identité musicale qui lui est propre se germât.

En 1955, le jeune talentueux saxofoniste, Nemours Jean-Baptiste donne naissance au Compas Direct. « C’est de l’identité qu’est née la différence ». Nemours semblait avoir tombé probablement quelque part sur cette citation de Heinz Pagels. En si peu de temps, ce genre musical d’une simplicité rythmique, mais d’une harmonie très envoûtante allait flatter le gré des mélomanes.

Le passé du Compas est marqué par des moments de gloire comme par des époques de vaches maigres aussi. De période en période, le Compas est soumis à toutes sortes de modifications, jusqu’au point qu’on peut se demander si ce qu’on fait aujourd’hui c’est du Compa Direct ? Innovation. Évolution. Qui sait. Le temps bouge.

Les instabilités

Depuis l’année de sa création, remontant en 1955, même dans des moments considérés comme des instants de gloire, le Compas (rythme dansant le plus populaire en Haïti) ne se passe pas un temps sans connaitre des bouleversements fracassants, des agitations tumultueuses. Défections des groupes. Instabilité des musiciens. Polémiques entre groupes. Pauvreté des textes. Carence des mélodies. Industrie musicale sous-développée. Bref. De quoi n’a pas déjà souffert la bourse musicale haïtienne, le Compas en particulier.

60-70, 70-80, 80-90, 90-2000, 2000-2010. Les générations viennent et s’envont. Aujourd’hui, nous vivons les années 2010, et les mêmes démons constituent toujours les mêmes obstacles à l’épanouissement de notre Compas Direct, vieux de plus d’un demi siècle. N’a-t-on pas dit que : “Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets”. En tout cas. Avançons.

De 1955 à aujourd’hui, des dizaines d’orchestres ont défilé sur le podium du Compas. Certains d’entre eux sont venus et ils ont marqué leur passage. D’autres n’y ont rien apporté, au point que même leurs noms sont jetés au panier de l’oubli. Leurs passages n’ont duré que l’espace d’un bon matin.

Dans la foulée, on ne peut pas énumérer les défections ou les départs des musiciens pour aller monter d’autres groupes. Comme le champignon qui pousse sur du bon comme du mauvais terrain, les formations musicales Compas naissent et disparaissent à la vitesse du vent.

Tout a débuté au début : Webert Sicot (autre nom auquel on doit la création du Compas Direct) se sépare de Nemours pour donner naissance au groupe Latino. Gypsies doit sa naissance à la division des Difficiles. Skah sha # 1 est issu des Shleu-Shleu. Isnard Douby allait créer System Band après avoir tourné le dos aux Frères Déjean. Asad abandonne Coupé Cloué en cours de route pour monter Wanganègès. Timanno ferme la porte à DP Express pour camper Gemini all Stars. Les diverses ruptures  au sein de D-zine nous enfantent Nu-Look, Hang Out, Funky konpa. De la dissolution de Konpa kreyol sortent Kreyol la et Krezi Mizik ou Nou krezi. Les départs en série enregistrés à Zenglen nous donnent Mass kompa, Harmonik, Fasil. Le départ de Jude Jean de K-dans nous propose Chil. Kenny Desmangles préfére la disparition de son propre band 509 au profit de Zenglen. Nou krezi emboite encore le pas aux départs successifs de Délices Mézafi,  Roosvelt Jean Noel, Mikaben, etc. L’incompatibilité de caractère entre Arly Larivière et Gazzman Couleur Pierre au sein de Nu Look accouche dISIP. Olivier Duret vient tout juste de tourner la page de T-vice. Et le dernier épisode sensationnel en date de ce long feuilleton interminable, est la séparation inatendue, inespérée, spectaculaire de Richie de Zenglen après plus d’une décénie de collaboration. La nouvelle parait incongrue, mais elle est bien vraie.

À l’image typique même de l’ensemble du pays, le Compas Direct est timbré du sceau remarquable de l’instabilité qui ne fait pas honneur à son âge et à sa réputation.

Cette défection du maestro cinq étoiles au sein de son groupe chéri, selon certains critiques n’est pas ou ne sera peut-être pas au profit du Compas de cette Nouvelle Génération, qui a forgé sa carte d’identité sur le fond d’une carence de qualité. La présence du batteur aux 6 sens est annoncée par-ci et par-là. Ce qui crée un véritable embouteillage sur le long boulevard du Compas Direct, déjà mal entretenu, mal décoré par les déchets de toutes sortes.

Combien de batteurs, de maestros, de producteurs qui seront mis à pied pour accueillir le « superstar maker » dans un quelconque groupe, si intéressé en question ne compte pas monter sa propre formation musicale, comme certains le prétendent ? La réponse n’est pas pour longtemps. Mais en attendant, les rumeurs circulent comme à la ”5e vitès”.

A rappeler que, du jour de son alliance jusqu’à celui de son divorce avec Zenglen, formation musicale qui l’a porté sous les feux des projecteurs, Jean-Hérard Richard aka Richie a profité de toutes les occasions pour marquer le groupe de son empreinte musicale. Sa matière grise, toujours en constante ébullition a pondu des titres qui feront pendant longtemps le bonheur des fins tympans : « 5 dwèt », « 5 continents (Géographie de la femme) », « 5 étoiles », « 5 sens + 1 (6e sens)», « 5e vitès ».

Sa virtuosité dans l’écriture musicale lui a valu des compliments élogieux. Avec son sens  du travail bien fait, durant son remarquable passage comme capitaine de l’équipe 5 étoiles, l’homme au corps tatoué a hissé le groupe à une nouvelle dimension. De l’écriture musicale bien soignée, de sa dextérité à la batterie, de sa voix sur certaines chansons bien choisies, que n’a-t-il pas fait pour permettre à Zenglen de garder son statut de groupe phare de la Nouvelle Génération du Compas Direct. Le Capois est un talent sans profondeur.

Malheureusement depuis la note officielle du groupe qui a annoncé son départ, entre Richie et Zenglen, c’est une histoire ancienne. « Qui commence bien, qui finit mal ». Peut-être. The Richie’s name is no longer Zenglen, but “Zenglen’s forever”, dixit Jean Brutus Dérissaint, membre fondateur du groupe qui, dans les moments de déboires a su toujours trouver la formule qui marche pour que Zenglen soit toujours “Anlè bato a“.

Garry Didier Perez, Gracia Delva, Réginald Cangé, Nickenson Prud’homme tous habitaient le building 5 étoiles de Zenglen et s’en vont un jour. Et malgré, le groupe a su conserver son acte de naissance. Brutus, trouvera-t-il la vigueur efficace pour répondre à ce nouveau défi ? Certains pensent qu’il n’est pas impossible, mais mission difficile, vu ce que représentait Richie au sein de l’orchestre.

Cependant, peu importe, n’en déplaise à qui conque, l’actuelle industrie du Compas Direct n’est pas encore prête à se séparer d’un groupe à l’image de Zenglen, digne représentant de la Nouvelle Génération qui, par la qualité de sa musique a su faire une différence.

« L’âge amène la raison ». On dirait que le Compas Direct, le style musical le plus populaire en Haïti en est une exception.1955-2012. 57 ans après, malgré nombreux efforts de ses adeptes, le Compas de Nemours tarde encore à s’internationaliser en bonne et due forme.

Structure. Instabilité. Moyens. Où est le problème ? En tout cas, en attendant d’apporter des éléments de réponse à cette question, il est à signaler que ces bouleversements « goudoudou » en cascade qui secouent notre industrie musicale sont loin d’être pour son avancement, à moins qu’on se trompe.

Le mieux doit être envisagé dans un meilleur délai pour éviter le pire, si non on court le risque de perdre notre identité musicale au profit des autres rythmes qui courtisent  constamment notre paysage artistique.

Osman Jérôme


Deux ans après, Port-au-Prince pleure et plaît encore

 

Un marché sous les débris du 12 janvier 2012 (Haïti) © Osman J.
Un marché sous les débris du 12 janvier 2012 (Haïti) © Osman

Port-au-Prince, 12 janvier 2010, la terre a tremblé. La ville s’est effondrée. Elle tremble. Elle tremble encore et la capitale est sous les décombres. Des gens sur des bétons. Des bétons sur des gens. Personne ne bouge. La danse est macabre.

Du 12 janvier 2010 à 12 janvier 2012, nombreuses sont les personnalités politiques, les icônes du show-biz mondial ayant foulé les artères de la capitale haïtienne. Ils sont venus en signe d’appui et de solidarité au peuple haïtien. Un pays endeuillé par cette catastrophe naturelle qui laisse des sans abris, des sans habits. Qui entraîne des pleurs et des peurs.

De l’Orient à l’Occident, les caméras du monde ont été braquées sur Haïti. Des centaines, des milliers de morts, Port-au-Prince occupait les colonnes des grands journaux internationaux. Ce 12 janvier a tristement fait d’Haïti un « hit country ».

Des cinq (5) continents, des aides n’ont pas tardé à venir. Des ONG poussent comme des champignons. Cependant,  aujourd’hui, vu l’état actuel de la situation qui va de mal en pire après la tragédie, certains chuchotent qu’il y a « des aides qui n’aident pas ».

Commission de construction par-ci, commission de reconstruction par-là. Malgré certains efforts observés, le gros du travail pour refaire le visage de la ville tarde encore à être effectif. Nouveau gouvernement, nouvelles perspectives, certains recoins de la ville sont toujours décorés par les décombres. Laides. Hideuses. Les tentes qui abritent certains rescapés du désastre du 12 janvier 2010 se retrouvent presque partout dans la capitale. Les restes du bâtiment qui logeait notre beau palais national sont encore par terre.

Cependant, au milieu de cette situation apathique, qui ronge la capitale, Port-au-Prince plait encore. Durant la période de Noël écoulée, la capitale a été la destination préférée d’une kyrielle de stars aux prénoms sensationnels; Elephant Man, Fat Joe, Corneille, De Marco, Ne-yo, Kim Kardashian, Alpha Blondy, Oprah Winfrey, Sean Penn, Patrica Arquette… sont entre autres certaines de ces figures artistiques du show-biz mondial ayant pilé le sol de l’aéroport international Toussaint Louverture au cours des fêtes de fin d’année.

Venus pour des raisons distinctes, certains de ces artistes ont intelligemment profité de hospitalité haïtienne pour redonner vie à leur statut de star en déséquilibre. Ils ont joué dans nos clubs. Sillonné nos rues. Joui de notre soleil tropical. Photographié nos images. Et après ? Que bénéficie Port-au-Prince de ces visites en série ? Opinent certains. De l’aide, de la pub ? « A quelque chose, le malheur est bon ». Peut-être.

Deux (2) après le séisme dévastateur, Port-au-Prince peine amèrement à esquisser son sourire. La ville est toujours sous les poids des décombres. Il manque toujours de médicaments pour cicatriser les grosses plaies léguées par les secousses mortelles du tremblement de terre.

Mais malgré ces vives lésions qui font encore peur à certains, Port-au-Prince plait une fois de plus à d’autres. Des artistes qui y viennent pour performer. Des entrepreneurs qui y sont pour investir, etc.

Témoin de près ou de loin de cette macabre scène aux images horribles, aujourd’hui encore l’Haïtien porte les séquelles du drame apocalyptique du 12 janvier 2010 dans son parler, dans son penser, dans son fonctionner…Certains survivants restent toujours traumatisés. Ils sont sensibles à tout bruit. L’effet tragique du « goudougoudou » est encore visible.

 Osman Jérôme


Haïti reçoit Corneille pour la Noël

Corneille (C) https://www.artsetculture.ca
Corneille (C) https://www.artsetculture.ca

Les conditions économiques restent toujours précaires pour la grande majorité de la population. Cependnt, entre des affiches les unes plus alléchantes que les autres, les fêtes de fin d’année s’annoncent déjà grandioses en Haïti, notamment à Port-au-Prince. Pour la Noël, soit  18 décembre prochain, l’interprète de « seul au monde » est attendu au Parc historique de la Canne à sucre pour un concert. Entre-temps, l’annonce dans les médias ne suscite pas encore trop d’engouement.

Invité par la bière Prestige, l’artiste canadien d’origine rwandaise partagera l’affiche de ce premier spectacle en Haïti avec quelques têtes bien connues de la musique locale. Bélo (lauréat du Prix RFI Découvertes 2006), Mikaben, Ti Jo Zenny seront de la partie pour afin d’assurer une belle ambiance au public. Même si, moi personnellement j’ai des réserves quant au choix de Ti Jo à performer à cet évènement. BIC ou Jean-Jean Roosvelt, deux figures au profil plus ou moins avoisinés Corneille, ferait mieux la beauté du line-up. Bref. Passons.

Les accros des grandes affiches, les fans de Corneille en particulier pensent déjà à économiser les 1500 gourdes haïtiennes (GHT), ou environ USD $ 35, étant le prix du billet qui ouvre les portes d’accès à ce programme. Il y a certaines de ces occasions qu’on ne manque pas pour rien au monde. Maintenant, reste à savoir si l’évènement sera à la hauteur des attentes.

Osman Jérôme


″Radio-télé″, un nouveau format dans les médias haïtiens : pour le meilleur ou pour le pire ?

Crédit : pixabay.com
Crédit : pixabay.com

Dans nos sociétés actuelles, s’informer occupe une place prépondérante dans le menu quotidien des gens. On veut tout le temps être branché de la moindre info qui domine l’atualité nationale, voire mondiale. Ce, à quelque soit espace abandoné du monde que se trouvent les individus. Donc, restant toujours sur la soif de savoir comment va le monde, la présence des médias dans nos vies est d’une valeur inestimable.

Former, informer et distraire, telle est la principale mission à laquelle la presse locale essaye tant bien que mal à se tenir avec les moyens et les ressources disponibles. La radio, la télévision, les magazines, les revues, les sites web, la communauté médiatique haïtienne s’efforce à s’accomoder aux exigences du temps pour offrir ses services à la population.

A Port-au-Prince (capitale du pays) comme dans certaines grandes villes de province,  le long cadran de la bande FM (fréquence modulée) est quasiment saturé. Les fréquences livrées ou non autorisées par le CONATEL (Conseil National des Télécommunications) se multiplient quotidiennement sur tout le territoire national.

Sur les ondes de ces quelques dizaines de fréquences reconnues ou pas, toutes catégories de programmes sont disponibles, toutes sortes d’émissions sont diffusées à toutes les heures de la journée et de la nuit : politique, sociale, éducative, santé, etc., il y a pour toutes les oreilles.

Une heure de lanterne allouée sur les ondes des plus connues de ces dites stations est très coûteuse. Majoritairement privés, dans la plupart des cas, ces médias  fonctionnent au dépend des contrats publicitaires, parfois très juteux paraphés avec des entreprises, institutions, (privées et publiques) désirées de promotionner leurs services et leurs produits à un public plus élargi. De ce fait, pas même besoin de porter des verres si vous êtes myope ou presbyte pour analyser et comprendre le profit tiré par les patrons de ces organes de presse qui, pour la grande majorité d’entre eux ne vit que de cette activité, dont ils jugent souvent pas trop rentable ou bénéfique ; vérité ou mensonge ? Secret des dieux. Mais ce qui est certain, pendant qu’ils s’en plaignent d’une rentrée pas trop intéressante de cette activité, la quasi-totalité de ces hommes et femmes des radios haïtiennes nourrit chacun l’idée d’avoir une chaine de télévision en complémentarité avec la fréquence radiophonique déjà acquise.

En effet, ce format radio-télé, en germe depuis quelque temps dans le paysage médiatique local, semble aujourd’hui arriver à sa phase la plus active.  La plupart des grandes stations de radio de la capitale et de certaines grandes villes du pays émet dorénavant sur leur propre fréquence de VHF (très hautes féquences) ou UHF (ultra hautes fréquences). La liste est longue, mais on peut tout de même mentionner quelques unes, peut-être les plus connues :

Radio-télé Caraïbes (94.5, chaine 22), Port-au-Prince

Radio-télé Eclair (100.5, chaine 4), Port-au-Prince

Radio-télé Super star (102.9, chaine 68), Port-au-Prince

Radio-télé Vasco (93.7, chaine 50), Port-au-Prince

Radio-télé Ginen (92.9, chaine 69), Port-au-Prince

Radio-télé Antilles (93.3, chaine 42), Port-au-Prince

Radio-télé Métropole (100.1, chaine 52), Port-au-Prince

Radio-télé Méga star (93.7, chiane 60), Port-au-Prince

Radio-télé Indigène (88.9, chaine 54), Port-au-Prince

Radio-télé Lumière (97.7, chaine 24), Port-au-Prince

Radio-télé Soleil (105.7, chaine 25)

Radio-télé Zénith (102.5, chaine 26), Port-au-Prince

Radio-télé Galaxie (104.5, chaine 68), Port-au-Prince

Radio-télé Vénus (104.3, chaine 5), Cap Haïtien

Radio-télé New Star (97.3, chaine 13), Gonaïves

Radio-télé Provinciale (99.9, chaine 9), Gonaives

Radio-télé Dynastie (107.7, chaine 9), Saint-Marc

Radio-télé Dynamic (93.7, chaine 3), Saint-Marc

Radio-télé LJS (100.5, chaine 7), Saint-Marc

Radio-télé Power (94.5, chaine 8), Ouanaminthe pour ne citer que celles-là.

La grille de programmation de ces nouvelles chaines de télédiffusion n’affiche presque rien de nouveau si non la retransmission d’une pléiade d’émissions diffusées sur les plus grandes chaines internationales. L’apparition de cette nouvelle formule ″radio-télé, est ce pour multiplier le nombre restreint des émissions socio-éducatives dans les médias ?, s’interrogent certains. Ou, est ce pour accroître le profit des patrons en quête de nouveaux horizons économiques en vue de bien assurer leurs bourses?, inquiètent d’autres plus sceptiques. Si ces questions restent encore pendantes, cependant, un fait est certain, outre la rentrée des publicités radiophoniques, les directeurs des ces radio-télés font désormais des recettes pour des promotions audiovisuelles.

Osman Jérôme


Champ-de-Mars, champ de ″masse″

 

Via Google-images
Via Google-images

Construite en 1954, soit à l’occasion du 150e anniversaire de l’indépendance haϊtienne. Sans contestation aucune, cette place monumentale, baptisée Champ-de-Mars (nom probablement inspiré de ce vaste et joli jardin public déjà existé dans la métropole française) située au cœur de Port-au-Prince était dans le temps l’une des plus courtisées de la capitale, non  seulement pour son emplacement géographique, mais également pour son physique bien architecturé.

Il fut une époque, aux dires de ceux qui ont été témoins oculaires où elle était la destination préférée et préférable des port-au-princiens en quête d’une saine détente, Champ-de-Mars avec son resplandissant visage était digne à épouser le regard exigeant des touristes qui visitaient la capitale haïtienne. Le rendez-vous du dimanche après midi au Champ-de-Mars était à ne pas manquer. Là, on venait pour voir et pour être vu aussi. A dieu, le temps qui passe et qui ne reviendra plus. Champ-de-Mars était un joyau. On dirait une émeraude tombée de la bague de Dieu.

Son intéressante position géographique, ajoutée à sa grande capacité fait du Champ-de-Mars le centre d’accueil de presque toutes les grandes manifestations artistico-culturelles d’envergure nationale et internationale réalisées en Haϊti. Alpha Blondy, Wyclef Jean, Akon, Shaggy, Luck Mervil, Elephant Man, Saël, Rick Ross, sont entre autres les quelques figures connues du showbiz international ayant déjà foulé les artères de cet espace, situé non loin du palais national.

Les années se suivent, et à l’image typique même du pays qui perd constamment son élégance, cette grande place publique de la capitale qui, habituellement, depuis quelques années accueille le parcours carnavalesque national se détériore à une vitesse incontrolable. Au fil du temps, la fraicheur du Champ-de-Mars se consume sous la flambée d’un marché informel, (on dirait improvisé, mais bien planifié parait-il) qui grille son attirant visage. Les contours de la place, sans exception aucune regorgent de petits marchands de tout acabit, étalant leurs produits à la vue des habitués ou à des simples passants qui fréquentent cet endroit. Chen janbe (sorte de plats préparés à petit prix), pen ak bè (pain au beurre), pate cho (pâtée), tafia, krèm glase (crème à la glace), livres, journaux, produits artisanaux, presque tout y est disponible pour faire du Champ-de-Mars, espace où sont aussi exposés les statues de nos héros de l’indépendance un vrai centre commercial.

Champ-de-Mars ne dort jamais

Quand le soleil n’est plus sur Port-au-Prince. Quand vient la nuit, une autre catégorie de marchandes investit le béton du Champ-de-Mars. Dans des tenues attirantes aux allures agassantes, ces dernières, détrompez-vous chers lecteurs, ne vendent aucun produit alimentaire, aucun article artisanal, aucun autre accessoire, si non leur entre-cuisse. 9h, 10h du soir. Entre la vendeuse qui expose son bas ventre et l’acheteur qui discute le prix du produit, les négociations entre hommes et femmes gagnent le périmètre de la place, qui ne dort presque pas sous les ″gouyad″ (les déhanchements) et les ″alsiyis″ (cris sous l’effet du sexe) de ces jeunes qui s’adonnent à ce plaisir sexuel ″vendu-payé″ jusqu’à la disparition des étoiles dans le ciel.

A ces groupes de ″jamè dodo″ (des sans sommeil), des vendeuses de chair noctambules, le sommeil du Champ-de-Mars se voit aussi pertuber par un autre groupe de gens : des ″koko rat″ (des sans abri), faisant du site leur centre d’hébergement. Dans une ambiance animée par le poker, amplifiée par les bouffées des cigarettes, colorée par  l’alcool, le soir, certains d’entre eux peuvent passer toute la nuit sans se coller les paupières jusqu’au lever du soleil pour reprendre leurs activités de tous les jours : quémander les passants, piquer les porte-feuilles des gens, laver des automobiles, etc.

Champ-de-Mars, champ de débats

Jouissant d’un espace géographique très convoité, l’air frais du Champ-de-Mars attire la sympathie des écoliers, étudiants, travailleurs ou des simples passants à la recherche d’un petit repos just’avant de rentrer à la maison. Donc, de-là, l’espace de la place va se convertir en un véritable temple de discussion où tous les sujets sont traités. Entre prétendants connaisseurs, idiots specialisés et simples bavardeurs qui parlent de la vie, de l’amour, de la politique, de la philosophie, du foot, de la religion, de Dieu, des dieux, du vaudou, de l’homme, de la femme et j’en passe, rien échappe aux discussions qui se répètent presque quotidiennement dans une athmoshpère ″de tout et de rien″. Ici, point de chômage pour ″les beaux parleurs″ et les infatigables auditeurs qui s’adonnent à cœur joie à cet exersice de mots et de verbes, qu’on oserait qualifier d’intellectuel, mais pas trop structuré, en tout cas. Catholiques, chrétients protestants, vaudouhisants, duvaliérisme, aristidisme, étudiants, cireurs de bottes, jeunes, vieux, presque toutes les couches de la société s’y retrouvent dans l’un de ces petits cercles, formés bien souvent autour d’un quelconque ″qualifié″, à qui on lance toutes les questions (raisonnables ou insensées), auxquelles il tente de répondre dans une ambiance parfois de tohu-bohu. En dépit de tout, certains habitués à ces séances verbales ne  vous feront pas pitié de ses propos pour  vous dire que c’est la plus libre, la plus démocratique université du pays où tous les débats contradictoires, tous les sujets jugés tabous sont toujours acceptés et attirés des atentions soutenues. Champ-de-Mars se transforme en une sorte d’″Agora d’Athènes″.

Et le 12 janvier…

Le passage apocalyptique du tremblement de terre de ce 12 janvier 2010, qui a mis Port-au-Prince à genoux sous ses sécousses dramatiques allait définitivement ôter le peu qui restait de beau du Champ-de-Mars. Dans une perspective de ″sauver la vie″, des pauvres victimes du drame allaient être logées sur tout le périmètre de cette grande place publique, située non loin du MUPANA (Musée du Panthéon National) sous des tentes. Aujourd’hui, 21 mois après le cataclysme, on a comme l’impression que rien de concret n’est encore envisagé pour permettre à cette ″masse″ d’abandonner ce lieu, qui fut jadis un endroit référenciel à vendre la beauté d’Haϊti à l’étranger.

Entre les commerçants qui y exposent leurs marchandises, les odeurs des  poulets boucanés, l’insalubrité croissante créée par le lavage des automobiles, l’odeur nauséabonde causée par les toillettes publiques (non hygiéniques) disponibles sur les lieux, les tentes hideuses qui abritent certains rescapés du 12 janvier 2010, et l’incapacité avouée des dirigeants à gérer la situation allant de mal en pire, malheureusement de notre Champ-de-Mars, il n’en reste que le nom. Et la beauté de la place reste dans un souvenir du temps passé, le regret du présent et le non espoir d’un futur amélioré. ″Le temps qui passe, ne reviendra plus″, certes, mais la conscience du beau finira par animer la vision endormie de nos responsables. Qu’ils puissent  permettre au Champ-de-Mars de retrouver son parfum d’antan, toujours dans l’objectif de la nouvelle et de l’autre Haïti, que rêve chaque vrai haïtien.

Osman Jérôme

 

 

 


Qui parle à la radio en Haïti?

(C) pixabay.com
(C) pixabay.com

Selon certains dictionnaires, dont LAROUSSE ou LE PETIT ROBERT, le journaliste est défini  comme quelqu’un « qui s’occupe de l’information dans un système de média ». Donc, un journaliste est celui « qui fait, qui publie ou qui collabore à la rédaction d’un journal ». De là viennent rédacteur, présentateur, reporteur, chroniqueur, correspondant, éditorialiste, nouvelliste, publiciste. Le tout,  formant des maillons de la grande chaîne journalistique œuvrant pour le compte d’un quelconque média.

La radio, comme canal d’information, vecteur de formation, source de divertissement devient depuis des lustres un outil indispensable dans la vie quotidienne des peuples. Comme pour le malade qui a besoin de consulter un médecin pour se faire soigner, l’individu, peu importe son rang social nécessite la radio, tant pour sa formation que sa distraction.

Donc, à l’instar de n’importe quelle autre activité professionnelle, s’exprimer à la radio comme journaliste, animateur, chroniqueur exige une certaine rigueur, relative aux principes du métier.

Quelques années avant, parler à la radio était un titre honorifique en Haïti. Les journalistes, les animateurs, les analystes politiques, les chroniqueurs, les publicistes, les critiques étaient des têtes cultivées, des voix respectées. Ils maîtrisaient avec art ce qu’ils faisaient. Du professionnalisme, de l’étique, de l’amour pour le métier, tout paraissait bien confectionné pour faire du journalisme une activité professionnelle d’une certaine classe. Bob Lemoine, Félix Lamy, Jacques Maurice, Jean Léopold Dominique, Michelle Montas, Sony Bastien, Francois Latour, sont entre autres des figures modèles de cette génération de journaliste, ayant marqué leur passage sur le paysage radiophonique haïtien.

A noter qu’à l’époque, la machine technologique n’était pas encore ce qu’elle est aujourd’hui. Cependant, avec les ressources disponibles, ces hommes et femmes ont marié leur savoir-faire avec le support de leur voix pour fournir un travail exceptionnel. Ils développaient un sens aiguisé pour la communication.

Le déclin

Dans son dynamisme permanent, le temps bouge, et  l’homme évolue avec son environnement. Aujourd’hui nous vivons les années 2010, la radio haïtienne n’émet plus dans ce format restreint où une dizaine de fréquences partage les bandes AM et FM du cadran pour desservir la population. C’est plus le temps des émissions à ondes courtes. Bref tout a révolutionné. Maintenant, c’est le temps du relais ou de l’Internet. Ce qui réduit les distances de l’info entre ce qui fait à Port-au-Prince et les autres villes de province, entre ce qui se passe à Lisbone (Portugal) et Tiburon (Haïti). Pourtant, il parait que  ces avantages sont loin d’être bénéfiques  à certains hommes de presse.

« Tous les chemins mènent à Rome », pour reprendre le vieux dicton. Cherchant  à fuir le chômage chronique qui frappe le pays par tous les moyens, bon nombre de gens, enquêtant d’un aller-mieux à leur situation, se voient intégrer certaines sphères non cohérentes à leur profil. Le secteur médiatique en est l’un des plus touchés.

Actuellement en Haïti, être journaliste ou être animateur à la radio a l’équivalence de n’importe quelle autre activité de peu de valeur de la vie courante. Les gens de toutes couches s’approprient du titre honorifique d’homme de micro.

Bénéficiant parfois de la complicité aveugle de certains patrons de ces organes de presse, qui, pour la plupart d’entre eux ne s’intéressent bien souvent qu’aux côtés économiques, beaucoup de voix, peu importe le niveau intellectuel ou l’amour pour la radio envahissent la bande FM (Fréquence Modulée) haïtienne.

Du matin au soir, on les entend commenter l’actu sociopolitique comme bon leur semble, analyser les activités artistico-culturelles à leur guise. Ces nouveaux hommes de micro qui, pour la majorité d’entre eux n’ont pas fréquenté une école de communication ou un centre de formation en journalisme, n’épargnent jamais les tympans avisés de leurs phrases mal construites, leurs analyses mal habillées.

« Il fallait quand même avoir une bonne diction, pouvoir s’exprimer clairement en respectant les règles de grammaire et de stylistique. Il y avait un directeur de programmation compétant et influant qui ne laissait pas passer n’importe quelle connerie à l’antenne », m’a dit un animateur sénior qui se mord les doigts en constatant à quel niveau de médiocrité,  fonctionne vaguement certains animateurs. « Aujourd’hui n’importe quoi passe à la radio. On entend des profanités à n’importe quelle heure de la journée sans aucun respect pour les enfants qui sont à l’écoute. La plupart de nos travailleurs de la presse ne respecte pas aucun code d’étique. Ceux qui font la différence sont piétinés, oubliés, négligés et même engloutis par les médiocres », a-t-il conclut sur un ton désespéré.

Aujourd’hui, à Port-au-Prince (capitale du pays) comme dans certaines villes de province. À l’image des stations de radio qui poussent comme des champignons sur le cadran de la  Fréquence Modulée, des nouveaux animateurs, chroniqueurs sportifs, analystes politiques, commentateurs culturels, publicistes, naissent à la vitesse de l’éclair.

Dans les émissions de débats, c’est une atmosphère accablante. N’importe qui interroge n’importe qui, lance n’importe quelle question sur n’importe quel sujet, lequel, souvent qu’il (l’intervieweur) ne maîtrise ou ne connait même pas. Ils émettent n’importe quoi sans le moindre respect pour ceux qui sont à l’écoute. Hélas, c’est une dérive totalitaire.

Actuellement, le micro se sert moins à l’instruction, mais plus à la vantardise, dans la plus pure des médiocrités, vu nous vivons une société où n’importe qui pense pouvoir être n’importe quoi, où également l’inaceptable devient presque l’acceptable. Le micro devient un couloir pour «se vedettariser », mais non un espace pour former, informer et divertir comme l’exigent bien les principes déontologiques du métier journalistique. Cependant, en dépit de tout, il y a pas mal de jeunes à l’image de certains aînés, encore présents sur le terrain qui se distinguent valablement dans le secteur.

Minime qu’il soit, outre la FASH (Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’Etat d’Haïti), le pays est doté de plusieurs écoles en communication, disponibles à inculquer les notions de base de la communication et du journalisme aux personnes voulant emprunter cette voie.

Donc, dans la perspective de l’autre et de la nouvelle Haïti, ceux qui veulent se faire une place dans le secteur médiatique avec le micro comme arme sensible et fragile doivent tout d’abord prendre le chemin de l’école, car la radio peut contribuer à l’épanouissement d’un individu sur tous les plans, mais elle peut-être aussi nuisible lorsqu’on l’attribue autres sens que ceux d’informer, de former et de divertir.

De ce fait, il y a obligation de se former avant même de s’autoproclamer journaliste, animateur (homme de micro). Car, s’exprimer à la radio demandent et la matière et la manière. Et je vous jure que Daniel Marcelin, Joe Dams, Ed Lozama, BJ Latortue, Clarens Renoit, Smoye Noisy ces vieux de la vieille ne vous diraient pas le contraire.

 Osman Jérome


MINUSTHA dans le collimateur du peuple haïtien

 

MINUSTHA via cubadebate.com

29 février 2004, à la suite d’une série de violents affrontements entre les forces de l’ordre, les proches et les opposants du pouvoir, Jean Bertrand Aristide a finalement chuté. Et le chaos s’installe à Port-au-Prince.

Dans l’urgence, le Conseil de Sécurité de l’ONU a délégué une Force Multinationale Provisoire pour éviter le pire.

Premier juin de la même année, par la résolution S/RES/1542 (2004), MINUSTHA (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti) succède à la première délégation provisoire. Une mission armée pour un retour à la normale dans une république fragilisée après le départ du leader de « Fanmi Lavalas ». 

Depuis son arrivée sur le sol haïtien, la mission de paix onusienne n’a cessé d’être l’objet de toutes les critiques, positives et négatives. Tantôt pour sa collaboration avec la PNH (Police Nationale d’Haïti), tantôt aussi pour son implication dans des actes regrettables, comme le vol, le viol, le détournement des mineurs, propagation de maladie, entre autres.

Le Brésil, l’Argentine, le Népal, la Jordanie, le Chili, le Pérou, l’Uruguay, sont entre des pays membres de l’ONU ayant composé cette mission de paix déployée presque sur tout le territoire national.

Du gouvernement provisoire de Boniface-Latortue, en passant par celui de Préval-Bellerive jusqu’aujourd’hui, la participation des soldats onusiens à la sécurité intérieure du pays est remarquable. D’ailleurs, annuellement le mandat de ladite mission est sujet de renouvellement.

Alors qu’ils participent au rétablissement de la paix dans le pays, certains soldats de la MINUSTHA sont souvent accusés d’avoir participé à des actes horribles commis sur la population: du viol au détournement des mineurs, du vol à la propagation de la maladie, le comportement de certains casques bleus n’a cessé de soulever la colère de la population haïtienne, qui n’a pas pris temps à réclamer leur départ du sol de Dessalines.

Jouissant de la complicité des dirigeants, qui peut-être, ne voulant pas mettre en péril leur sécurité personnelle, malgré les dénonciations, les débats médiatisés, les marches de protestations, rien de concret n’est jamais entrepris pour le retrait de ces troupes étrangères, qui ont pratiquement failli à leur mission de paix selon certains observateurs.

Récemment, les dernières études scientifiques pour déterminer l’origine de l’épidémie du choléra ont responsabilisé aux bataillons népalais de la mission onusienne de la propagation de cette maladie, ayant tué plus de 5500 personnes et aujourd’hui encore continue à faire des victimes au sein de la population. Cette affaire a engendré pas mal de mécontentements à travers tout le pays où les gens des dix départements géographiques se montrent hostiles aux casques bleus.

L’affaire Johny Jean

La dernière goutte d’eau qui allait faire renverser la coupe, est cet acte de sauvagerie et de sodomisation duquel a été victime Johny Jean. Ce jeune haïtien de 18 ans, brutalement violé par quatre (4) soldats uruguayens de la force onusienne, basée à Port Salut (dans le Sud du pays).

Les soldats impliqués dans cette affaire ont été vitement identifiés et transférés en Uruguay pour qu’ils puissent être jugés selon la gravité de leur acte en vertu des lois établies par l’ONU. Cette situation n’a pas tardé à soulever la conscience de plus d’un.Ce qui a engendré depuis quelques jours des manifestations contre la présence trop durée des troupes onusiennes en Haïti.

Entre le soutien de certains hauts dirigeants du pays, appuyant sa présence et le mécontentement avoué de la population qui réclame son départ sans condition, l’avenir de la MINUSTHA inquiète certains observateurs.

Osman Jérôme 


Une étudiante haϊtienne tuée en République dominicaine

Rooldine Lindor-Source:maximini.com
Rooldine Lindor-Source:maximini.com

La communauté estudiantine haϊtienne en République dominicaine est sous le choc après la triste annonce du décès tragique de Rooldine Lindor, violée, puis assassinée mardi dernier par deux bandits dominicains à Santo Domingo.

Le corps de la victime, perforé de plusieurs coups de poignard a été retrouvé dans une maison en construction, située à la rue Fallarón où le crime a été perpétré. Cet acte affreux, ajouté à tant d’autres formes de brutalité et de discrimination auxquels sont quotidiennement victimes les Haϊtiens soulèvent la colère de ces expatriés, vivant à l’autre bout de l’île.

Dans une atmosphère d’indignation et de consternation, diverses manifestations et marches pacifiques ont été immédiatement organisées par le secteur universitaire haϊtien, le plus affecté par le drame. La défunte, Rooldine Lindor, âgée de 20 ans, étudia les sciences informatiques à l’Université Technologique de Santiago (UTESA).

La police dominicaine a déjà procédé à l’arrestation de deux individus, identifiés comme auteurs du meurtre. Le premier du nom de Alberto Arias Garcia, est un cadre de la Force Aérienne Dominicaine (FAD), et le second, un civil du nom de Eddy Starlin Mendoza Ramos, qui n’a que 21 ans.

Les deux présumés coupables sont vite retrouvés, certes, mais à quelle justice doit-on s’attendre quand on sait que les étudiants haϊtiens en République dominicaine se livrent à eux-mêmes?

Des étudiants haïtiens en République Dominicaine en mémoire de Rooldine Lindor-Crédit : Osman
Des étudiants haïtiens en République Dominicaine en mémoire de Rooldine Lindor-Crédit : Osman

Aujourd’hui, plus que jamais, n’est-il pas temps de remettre en question la responsabilité et l’implication de la diplomatie haϊtienne à Santo Domingo dans ces affaires qui se répètent trop souvent où les Haϊtiens ne savent pas vraiment à quel Saint se vouer quand ils sont l’objet de toutes sortes d’abus de la part des policiers et civils dominicains.

En effet, plus d’un pensent qu’on ne serait peut-être pas là aujourd’hui, si Haϊti était disposée à accueillir tous ces milliers d’étudiants qui traversent les frontières séparant les deux morceaux de terre de l’île pour venir et se faire souvent humilier, discriminer dans des centres universitaires dominicains à la recherche d’une certaine structure mise en place, favorisant des études supérieures.

En attendant que les responsables  du crime soient jugés et punis selon la gravité de leur acte, le président de la République d’Haϊti, son Excellence Michel Joseph Martelly, dans un message publié sur son compte Facebook a exprimé ses sincères condoléances à la famille de la disparue et a affirmé que son gouvernement est en contact avec les autorités compétentes dominicaines en vue de faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles la jeune étudiante a perdu la vie.

Par ailleurs, du Cuba à l’Argentine, des Etats-unis à la France, d’autres marches pacifiques sont prévues pour la semaine prochaine dans différentes régions du monde, habitées par des étudiants haϊtiens, touchés par ce crime horrible.

Aujourd’hui c’est Rooldine, demain qui sera la prochaine victime du banditisme urbain dominicain ? Qui sera la prochaine victime de la haine dominicaine envers les Haϊtiens ? Dieu seul sait. Mais ce qui est certain, on est loin de finir avec ces pratiques, vieilles depuis bien des temps, si rien de concret n’est envisagé au pays de Jean-Jacques Dessalines en vue de permettre à ses fils et filles d’avoir libre accès à des centres universitaires, répondant au moins à une certaine exigence recommandée.

 Osman Jérôme