Osman

Richie, un musicien de « klass »

Jean Hérard Richard (Richie)

Ingéniosité, dextérité, créativité, virtuosité, originalité… Les mots ne sont pas trop flatteurs pour présenter Jean-Hérard Richard aka Richie, l’un des plus talentueux musiciens que le Kompa Direct, la musique dansante haïtienne, a connu durant ces vingt dernières années. Richie, un nom qui, après 12 ans d’exercice musical professionnel s’inscrit déjà en grandes lettres dans le panthéon des figures emblématiques de la musique locale. Ce qui lui a valu l’estime de toute une génération, de tout un peuple.

Capois très fier, l’homme au look tape à l’œil appartient à cette Nouvelle Génération du Kompa, fortement estampillée par la paresse et la médiocrité avilissantes des compositeurs, musiciens et paroliers qui se versent plutôt dans la facilité au détriment du travail bien fait. Après quelques expériences, peu fructueuses, celui qui avoue être né avec la musique dans le sang a commencé officiellement à jouer le Kompa en 1992 au sein du groupe de Tah-paj avec des têtes qui, aujourd’hui sont très connues et appréciées en Haïti dont Arly Lariviere, Gazzman “Couleur” Pierre, Nixon Mésidor, etc. Cette expérience, bien que fugace, lui a tout de même valu quelques lauriers de compliments.

Il est arrivé à Zenglen en 1997. Dès son mariage et jusqu’à sa séparation avec le l’équipe « 5 étoiles« , Richie a majestueusement laissé son empreinte sur ce groupe qui l’a vraiment propulsé sur la scène musicale. La virtuosité de son écriture musicale est acceptée et approuvée par les critiques les plus acerbes. Sa dextérité à la batterie est chose rare. Ses arrangements musicaux flattent les tympans. Percussionniste, compositeur, arrangeur, chanteur, producteur l’auteur de « Fich bòlet » possède un art envoûtant et inclassable.

Aujourd’hui, après avoir tourné la glorieuse page de Zenglen, il revient sur le podium musical avec « klass« , sa propre  formation musicale, en nous proposant « Yon bagay 9 » (quelque chose de neuf). Après plus dune décennie de carrière, richement couronnée de succès et de gloire, certains chuchoteraient que le « Super star maker » n’a pas trop grand-chose à prouver de son talent de musicien accompli, respecté et respectable. Mais à 43 ans le Professeur, ayant bonne maîtrise de sa grammaire musicale, veut encore prouver à tous que la matière grise de son être est toujours en constante ébullition et prête à accoucher de nouvelles sonorités rythmiques comme il en a l’habitude. D’ailleurs, en réécoutant « 5 dwèt« , « 5 étoiles », « 5 continents« , « 5 sens + « 1, « 5e vitesse », des tubes qui vous prennent toujours aux triples à chaque audition, il ne serait pas moche et vain d’espérer du nouveau de ce musicien de « klass 5 étoiles ». Vous avez !

Osman Jérôme


Je suis Haïtien, donc je suis retardataire

Comme dans toutes sociétés du monde, la quotidienneté de l’Haïtien est fortement influencée par sa vision des choses, sa mentalité, ses expressions culturelles, ses traditions ancestrales qui, entre autres forment son identité de peuple.

Comme faire pipi dans la rue, être en retard à un rendez-vous pour certains Haïtiens est un rien. Un rien avec lequel qu’on s’accommode tellement, jusqu’à ce qu’il devienne une seconde nature pour certains.

En effet, si vous voulez bien garder votre amitié  avec certains Haïtiens, ne leur prends jamais de rendez-vous à x ou z heure précise. A moins que vous soyez un donneur de visa américain, canadien ou français travaillant à l’une de ces ambassades.

Pour l’Haïtien, l’heure n’est jamais l’heure. Donc, arriver en retard à une rencontre à l’heure exacte est une maladie dont il ne peut se permettre de ne pas souffrir. Et ce,même dans les rendez-vous les plus importants. A l’église, à l’école, à l’hôpital, à l’aéroport, au travail… l’Haïtien se fait souvent réprimander pour son retard.

Moi, ce qui me dérange le plus dans tout ça, c’est que le retardataire vous trouve toujours une histoire à compter, une excuse pour tenter de légitimer son comportement irresponsable.

Parfois, on se demande, si ce n’est pas un fait exprès ou c’est quelque chose qui nous est propre? On dirait les deux ; car il y a certains de ces rendez-vous, dont ceux à l’ambassade par exemple, les gens préfèrent d’être là de bonnes heures avant au lieu d’être en retard d’une seule minute. Les agents de sécurité et ceux-là qui s’occupent du nettoyage dans les plus grandes ambassades à Port-au-Prince en témoigneraient avec plus de précision. Personne ne voudrait jamais manquer un rendez-vous à l’ambassade des Etats-Unis, du Canada ou de la France, etc. Même si c’est pour recevoir un ticket de refus à la demande d’un visa, que l’on n’accorde pas tous les jours.

Osman Jérôme

 


MINUSTAH : une Mission de Paix et de Peur !

Via noticiassin.com
Via noticiassin.com

Entre la paix et la peur, grande est tellement l’écart qu’il serait difficile d’imaginer, de concevoir une cohabitation des deux ensemble. Mais le caractère dualiste du monde, exige que le bonheur et le malheur partagent le même lit, le bien et le mal boivent dans le même verre, l’amour et la haine habitent le même cœur. D’ailleurs, on a même avancé que “ Toute chose existe par son contraire“.

Haïti, début 2004. Départ fracassant de l’ancien Président Jean-Bertrand Aristide du pouvoir le 29 février. Un décor inesthétique du chaos est dressé sur Port-au-Prince. L’Organisation des Nations Unies (ONU) dont Haïti est membre depuis le 24 octobre 1945,  a en urgence délégué un contingent de militaires et soldats à Port-au-Prince dans une mission de stabilisation : MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti).

Ils sont pour la plupart des Brésiliens, Chiliens, Uruguayens, Népalais entre autres ayant constitué le noyau de ces soldats et militaires étrangers, basés presque sur tous les 22750 km2 du territoire national. Entre eux, on compte quelques ingénieurs et médecins de formation.

Avant comme après la chute du leader de l’Organisation Politique « Fanmi Lavalas », le pays était sous le poids d’une série d’actes de banditisme et de criminel rendant la vie presqu’impossible  aux citoyens. Ces derniers qui se voient obliger d’éviter certaines zones chaudes de la capitale haïtienne, pour ne pas être kidnappés, violés voire même tués.

Face à ce contexte de trouble, d’insécurité généralisée, les membres de la Police Nationale paraissaient visiblement impuissants. Surtout avec les faibles moyens et ressources dont ils se disposent. Les gangs armés qui opéraient dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince, dont Cité Soleil, Martissant, Bel-Air ont été fortement mieux équipés que nos sœurs et frères policiers.

Avec l’arrivée des soldats et militaires onusiens, armés jusqu’au seuil de la provocation, on s’attendait à une baisse de l’insécurité sur le pays, notamment dans certaines grandes villes ( Gonaïves, Cap-Haïtien, Saint-Marc, Petit-Goave) ayant été toujours des points de mobilisations ayant conduit au départ de l’ancien prêtre de Saint Jean-Bosco.

En effet, comment on pouvait s’y attendre, conjointement à certains corps spécialisés de la Police Nationale d’Haïti (PNH), les membres de la mission de paix arrivaient à maitriser, contrôler certaines zones de turbulence de la capitale en éliminant énergiquement plusieurs chefs de gang, très réputés et reprochés pour leurs implications dans des actes de kidnapping et de meurtres commis sur les membres de la population. Malgré des rapports, pas toujours très harmonieux avec les agents locaux, les membres de la MINUSTAH ont beaucoup aidé à la PNH à pacifier (approximativement) certaines régions du pays, ayant été sous le contrôle de certaines bandes armées.

Sécurité, construction d’écoles, réparation d’hôpitaux…certaines œuvres sociales portent la signature de la mission internationale. Plus de huit ans après, ce serait une expression d’ingratitude de nier l’apport des casques bleus dans un retour approximatif à la normale au pays, après la chute de Jean Bertrand Aristide à la tête du pouvoir.

Cependant, 8 ans après, le bilan des agents onusiens ne fait pas l’unanimité. Cela suscite beaucoup de remous au sein la population haïtienne, dont plusieurs membres sont déjà victimes d’une manière ou d’une autre de la présence prolongée de ces soldats et militaires onusiens, ironiquement qualifiés de “tourista“ par les membres de population.

Vol, viol, détournements de mineurs, les membres de la MINUSTAH ont participé dans divers actes malhonnêtes, ayant indigné les haïtiens. Leurs implications dans la propagation de l’épidémie de choléra, qui a fait plus de 7000 cadavres, plusieurs actes de viol dont celui de Johny Jean commis par des uruguayens. Des crimes qui ont soulevé les mécontentements de la population, qui voit en ces soldats et militaires des agents de déstabilisation que de stabilisation.

MINUSTAH est loin de réussir à sa mission de paix, opinent certains observateurs, qui ne nient pas non plus l’importance de la présence des casques bleus aux côtés des policiers nationaux pour sécuriser le pays. Cependant, d’autres plus sceptiques, se demandent plutôt ; jusqu’à quand, sont-ils au pays, ces soldats et militaires de Paix et de Peur ? Suivez bien mon regard !

Osman Jérôme


Qu’est-ce qu’un parlementaire en Haïti ?

Parlement haïtien-crédit : haitipressnetwork
Parlement haïtien-crédit : haitipressnetwork

«Qu‘est-ce qu‘un parlementaire en Haïti?»Ha ! Voilà une question que, beaucoup d’autres avant moi ont déjà posée. Une question à laquelle ils ont tenté d’apporter des éléments de réponse.

En effet, par le titre de cette réflexion, à la limite de mes capacités, j’ose essayer de réfléchir sur le fonctionnement démagogique du parlement haïtien. Un parlement aux allures turpides, qui dégage durant ces derniers temps une odeur fétide, susceptible de  contaminer toute une République, déjà souffreteuse.

En effet, dans tous systèmes politiques organisés, être parlementaire est ou serait un titre honorifique, au tant qu’il s’attache à sa principale mission, qui est de légiférer (faire et voter des lois) pour la bonne marche de la cité. Donc, quand la principale mission d’un député ou d’un sénateur de la République ne s’inscrit pas dans cette perspective, on pourrait qualifier le député ou le sénateur de tout, sauf de parlementaire.

Il me parait dans mes recherches que, être député ou sénateur à l’Assemblée Nationale haïtienne n’a pas toujours été un exercice de sainteté. Surtout que ce n’est pas tous les jours que le palais national (Pouvoir Exécutif) entretienne de bons rapports avec le parlement (Pouvoir Législatif).

Il ne serait pas inutile de rappeler que, le système politique haïtien est basé sur un triangle, dont les Pouvoir Exécutif, Législatif et Judiciaire en forment les angles. Je ne dis pas égaux, en tout cas. Dans ce système, ces trois Pouvoirs sont appelés à une franche et bonne collaboration pour la bonne marche des affaires de l’Etat. Ce qui reste encore un rêve pour les jeunes de ma génération, témoins d’une crise politique tentaculaire qui retient le pays dans cette situation de sordide, dont il peine encore à s’en sortir.

Au tant que les législatures se succèdent, le parlement haïtien perd constamment sa valeur.

Député, sénateur, parlementaire, Assemblée Nationale, sont parmi les expressions les plus populaires dans les médias en Haïti, depuis déjà quinze mois que, S.E.M Joseph Michel Martelly s’est installé à la tête du pouvoir. Et depuis, être parlementaire en Haïti se réfère à une super star politique. Depuis lors, être parlementaire en Haïti est une honte, une injure.

Etre parlementaire actuellement en Haïti se réfère à celui qui vote en échange d’une enveloppe. Celui qui négocie son vote pour un poste ministériel en faveur de son parti politique. Dorénavant, le parlement se transforme en un marché où l’on discute le prix d’un vote.

Etre parlementaire aujourd’hui en Haïti, est du n’importe quoi que s’exerce n’importe qui, et n’importe comment. Les sièges de l’Assemblée Nationale sont occupées par n’importe quelle tête, peu importe son statut social et sa faible formation académique. Et le parlement s’est honteusement converti en un lieu de « Bras« , fortement dominé par les « deals » politiques.

Toto, un personnage imaginaire très populaire dans les tranches d’humour chez les utilisateurs haïtiens du réseau social Facebook. On l’a demandé un jour : c’est quoi un parlement ? Il a répondu : « un parlement est un lieu où l’on parle et ment. » Donc, c’est un lieu de « parle-mentteur». Et d’ailleurs, qui dirait le contraire en Haïti ?

Osman Jérôme


Ils ne viennent que pour la réception!

Source Photo:Haitipeyinou

Mariage, baptême, communion, graduation, enterrement, telles sont entre autres certaines activités sociales, où l’Haïtien se donne souvent à cœur joie.  Les raisons sont simples. D’abord, on ne paie pas pour y aller. Ensuite, c’est le temps de se faire voir dans sa nouvelle robe, dans son nouveau costume, sa dernière marque de chemise, sa nouvelle paire de chaussures. Enfin, traditionnellement, ces fêtes  se terminent bien souvent par une réception à l’honneur des invités.

En effet, si certaines activités comme les funérailles, la communion se font à portes libres, d’autres, par contre, exigent très souvent une carte d’invitation, qui donnera accès à la table de réception, en cas où li y en a, selon le protocole. C’est le cas des cérémonies de mariage, graduation…  D’ailleurs, pas de fêtes sans réception ici. C’est faire ou ne pas faire.

Sachant pertinemment qu’il ne va pas pouvoir recevoir toute la République, celui ou celle qui organise une telle activité, s’est préparé à recevoir x invités. Et des cartes d’invitation leur ont été préalablement envoyées.  Mais, dans certains milieux en Haïti, c’est une autre réalité : des  gens s’invitent  toujours à la fête, et s’emparent souvent du couvert.

Gâteau, champagne, vin, viande, tout est emporté par ces sanguinaires, venant de je ne sais où. Ils opèrent en toute quiétude.   Pendant que les vrais invités restent debout, faute de sièges, les gens qui s’invitent à la fête sont assis confortablement. On les appelle « gratè », « chen priyè ».

Dans la plupart des cas, ils sont faciles à identifier, car ils ne respectent que rarement le protocole vestimentaire.  Souvent flanqués d’une veste froissée en mauvais état, d’un jeans, des baskets…. Et voila qu’ils s’installent sans aucune scrupule, sans aucun gêne au milieu des personnes finement habillées pour l’occasion.

On dirait  qu’ils ne font que ça,  puisqu’ils  sont toujours informés de toutes les réceptions de la ville.   En tout cas, il est difficile de dire pourquoi exactement ces « gratè » agissent de la sorte, mais on sait que: « La faim chasse le loup hors du bois« .

 Osman Jérôme


Saint-Marc en mode vacances estivales

Amani-Y Beach de Saint-Marc © Osman
Amani-Y Beach de Saint-Marc © Osman

Animation de Disc-Jockeys (DJs), journées de mer, championnats de football, de basket-ball et de volley-ball interzones, bals, festivals…traditionnellement, les grandes vacances en Haïti, à Saint-Marc notemment présentent toujours un plat dont l’ambiance, le défoulement et le divertissement constituent les principaux ingrédients. Peu importe les conditions économiques exécrables, les contextes politiques sans issue, les situations sociales inélégantes, je peux jurer sur la tête des vacanciers qu’il en sera toujours ainsi. Surtout que l’Haïtien est réputé pour être un peuple festif, courageux même dans les plus pires moments de son existence.

En effet, depuis quelques jours on respire l’odeur festive des grandes vacances estivales. Elles s’annoncent pour une nouvelle fois en fanfare sur la ville, dont le visage est en train d’être soigné avec l’assainissement de certains quartiers. Même si par contre, la réparation de la place Philippe Guerrier et le phénomène du black out restent des défis majeurs pour les autorités municipales.

Sur les ondes des stations de radio et dans plusieurs affiches placées à divers carrefours, nombreuses sont les annonces faisant de la pub pour des activités et spectacles, les uns s’annoncent plus intéressants que les autres. On peut citer par exemple Disip au Corsaire Nigth Club le 2 août, Nu-Look à la Colline Hôtel le 9 août et surtout la troisième édition du festival d’été Saint-Marc, très attendue au parc Levelt les 4 et 5 août avec un line-up vachement alléchant.  L’été s’annonce plutôt à la cité du Lion.

Mis à part ces affiches mentionnées, il y aura bien évidemment les traditionnelles activités ,dont les championnats de football/quartier, le basket-ball au G&C complexe sportif et récréatif, le volley-ball au Petit-Club, les week-ends de mer à Amani-y et Grosse-roche Beach, et notamment les animations des Disc-jockeys (DJ).

Soirées dansantes, boites de nuit, football, basket-ball, volley-ball, pool party, plages…cette année encore, le menu des grandes vacances est bien concocté pour les Saint-marcois et ceux qui y seront en visite au cours de cette chaude période estivale. Et ce, malgré les faibles conditions économiques des « bredjenn », qui ne garantissent pas une participation massive dans les spectacles payés. Cependant, comme d’habitude, certains misent encore et toujours sur l’aide financière d’un quelconque papa, maman, oncle, tante, cousin, cousine ou un ami de la diaspora pour se procurer une nouvelle chemise, un nouveau jeans, une nouvelle paire de chaussures. Sinon, ils ne pourront pas se mettre à « Open the Body » avec beaucoup de « swag ». Surtout qu’ici à Saint-marc, ce que tu portes comme vêtements est presque pris pour ta carte d’identité ou de présentation.

 Osman Jérôme

 


3 raisons pour ne pas changer ses devises en pleine rue à Port-au-Prince

Entre le formel ou l’informel, parfois on se demande lequel est normal ici, tant que la façon de faire de certains ne répond pas très souvent à aucune norme, ne respecte aucune règle. L’Haïtien fonctionne parfois dans un « Je m’en-foutisme » agressif et aveugle qui met en péril sa propre vie et celle des autres. Comme la vente des nourritures et les médicaments sur les trottoirs, l’achat et la vente des devises étrangères se font aussi en pleine rue.

By Trisku (collection privée de Trisku)

Outre les services de change offerts par les Banques commerciales et les maisons de transfert d’argent, il y aussi des maisons particulières, appelées « Bureau de Change » où l’on achète et revend les devises étrangères. Dollar américain, Dollar canadien, Euro, Peso dominicain, je cite donc les plus connues. Parallèlement aux Banques, aux maisons de transfert et aux Bureaux de change, on retrouve également les « cambistes ». C’est un groupe de jeunes garçons regroupés aux coins de certaines rues, bien souvent accompagnés d’un paquet de Dollars et de Gourdes (la monnaie locale) et une calculatrice.

Dans les Banques et les maisons de transfert, on achète et vend les monnaies étrangères selon le taux standard du marché de change local. Dans les Bureaux de change, c’est presque similaire, mais parfois avec une poussière d’augmentation dans l’achat, suivant le Bureau ou du montant de la transaction. Cependant, aux coins des rues, où fonctionnent les « cambistes », c’est un peu différent. Pour l’achat de tes  jolis « billets verts », on t’offre toujours un petit quelque chose de plus par rapport au taux normal du marché de change. Raison, pour laquelle sans doute que, plus d’un préfèrent se pointer vers eux au détriment des Banques, des Maisons de transfert et des Bureaux de change pour vendre leurs devises.

Et le péril dans tout ça…

Ici en Haïti, dans certaines grandes villes, pour mieux préciser, s’exhiber en pleine rue avec son porte-monnaie garni, c’est comme accepter volontairement de porter sa tête à l’abattoir. Changer son argent sur les trottoirs est un grand danger ayant déjà fait des victimes. Un risque auquel il ne faut pas s’habituer, si on ne veut pas se faire attaquer et déposséder de sa poche.

Il peut y avoir d’autres raisons, mais dans ce billet je te soumets les trois que je crois  être  importantes :

Première raison

Tout d’abord, dans l’environnement où fonctionnent ces acheteurs de devises, opèrent fréquemment des bandits masqués, difficiles à identifier. Un assassin ayant assisté de près ou de loin à ta transaction, peut te suivre jusqu’à la porte de ton domicile pour te déposséder de ton avoir. Souvent, ces actes affreux se produisent en pleine rue même.

Deuxième raison

Ensuite, il y a le phénomène de « faux billets« , qui est très courant en Haïti. Donc, pour tes vrais Dollars ou Euros, tu peux rentrer chez toi avec la poche pleine, mais de faux billets. Le temps de retourner à faire ta réclamation, le « cambiste » qui se trouvait au coin de la rue x, déjà n’est plus. Maintenant, où tu vas porter plainte, où tu vas te plaindre ? Sous le drap ton lit sûrement, pour avoir été suffoqué d’étonnement.

Troisième raison

Enfin, il y a ce troisième facteur, auquel moi personnellement je n’accorde pas trop d’importance pour bien des raisons, mais qui renvoie au fond à une réalité typique, qui existe dans notre société ; c’est celle de la sorcellerie ou de la magie. Ha !, tu ne vas pas croire. Tu as fait ta transaction dans la meilleure des simplicités. Le mec te remet tout ton argent bien compté, mais une fois arrivé chez toi, il te manque la moitié. Pire, parfois ta bourse ou ta poche est retrouvée vide comme un tronc d’arbre évidé. C’est très rependu ici, et plein de gens ont déjà payé les frais.

Que ces petits conseils te soient bénéfiques et pour ta poche et pour ta vie, car à la recherche d’une gourde de plus, tu peux tout perdre. A bon lecteur, prudence !

Osman Jérôme


Mondoblog et moi : un an déjà et ça ne fait que commencer…

Ma rencontre avec la plateforme de Mondoblog se diffère peut-être de celle de certains autres collègues « mondoblogueurs ». En effet, j’étais déjà membre de l’Atelier Des Médias (ADM) où je commençais timidement à publier mes réflexions sur l’actu sociopolitique haïtienne. Sans un guide, sans un coach, je me peinais à comprendre cet intéressant outil de communication en ligne, qui est le blogging, auquel je me suis lancé.

Mon inscription à l’ADM fut pour moi une grande première dans la blogosphère , même si j’étais pas à mon premier coup d’essaie. Car j’ai déjà tenté à canalblog et overblog. Mais ça n’a pas toujours marché. C’est en effet à l’ADM que je sais que des gens visitent ma page, lisent mes billets et en font des commentaires.

Et l’aventure de Mondoblog 

Sur l’ADM, Ziad Maalouf, l’un des animateurs de ce programme hebdomadaire sur RFI et également membre administratif de la plateforme sur le web, fait partie de ma petite liste d’amis. Sachant pertinemment de quoi monsieur est capable, je me rappelle avoir toujours lui proposé de jeter un regard critique et correcteur sur les billets que je publie sur ma page. Puis un beau jour, il m’a envoyé une correspondance, dans laquelle il m’a suggéré d’améliorer, voire même corriger certaines choses. Il en a également profité à me proposer de rejoindre la communauté de Mondoblog, une autre entité de l’ADM. Une bénédiction du ciel, retrouvée sur terre. Et voilà comment, depuis le mois de juillet de l’année dernière, a pris la naissance de ma belle aventure avec la plateforme. Et c’est de là aussi que ma passion pour le blogging a véritablement commencé.

12 mois d’apprentissage, 12 mois de partage, 12 mois de passion pour la lecture et l’écriture. Parallèlement à mes études, depuis ces 12 douze derniers mois, j’ai consacré une bonne partie de mon temps à ce blog dont je compte améliorer de jour en jour.

Juste avant de passer aux titres de certains billets, qui ont retenu le plus mon attention durant cette année, je ne dois pas sitôt oublier l’accueil chaleureux que m’ont réservé les membres de la plateforme, quand Simon Decreuze m’a présenté à eux sur notre page Facebook. C’est inexplicable, ce qui se passait cet après-midi là ; Charles, René, Florian, David, Alimou et les autres, tous ont d’une manière ou d’une autre  apporté quelque chose de spécial pour m’accueillir « mondoblogueusement » parmi eux. Et ça m’a beaucoup marqué.

Durant ces douze derniers mois, beaucoup de billets sont déposés sur la plateforme, dont certains plus intéressants, plus drôles, plus instructifs que les autres. Evidemment, j’ai pas eu le temps de tout lire, mais quand c’est possible je dévore avec appétit ceux qui sont tombés sous mes yeux. Certains, pour une raison ou une autre ont épousé avec galanterie mon attention et ma curiosité de lecteur :

« A Abidjan, tout le monde veut être claire » de SUY Kahofi. Dans ce billet, l’auteur nous raconte avec clarté et précision le phénomène de la dépigmentation très en vogue dans la capitale économique ivoirienne où les produits cosmétiques occupent une place de choix dans les rayons de certains magasins.

« Douala, version sans caleçon » de  René Jackson. Ha !, voilà un titre qui a fait hit sur Mondoblog, jusqu’à être ensuite publié sur la page Facebook de RFI. Consterné jusqu’aux tripes, le blogueur camerounais n’a pas mâché ses mots pour dénoncer ces activités nocturnes au menu dévergondé dans lesquelles prennent part certaines adolescentes de Douala, qui y viennent pour s’exposer presque dans leur nudité provocatrice.

« Ces démon_crates qui nous gouvernent » de Jeogo. On dit Démocrate, ou Démon_crate ? Dès le premier coup d’œil, le titre de ce billet a vitement capté mon attention pour l’image qu’il incarne.

« L’homme est un loup pour l’animal » d’Alimou Sow. Encore un titre très incitateur comme le précédent. Dans cet intéressant billet, l’homme de « Ma Guinée plurielle » nous parle avec peine, bien sûr, de la mésaventure du chien de sa maison, que son oncle ne voulait plus voir sous ses yeux.

« Facebook, youtube, twitter, mon expérience des réseaux sociaux ». Tout le monde veut être ami avec tout le monde. Tel est la phrase qui me revient toujours à l’esprit quand je reçois sur ma page Facebookdes demandes d’amis que je ne connais pas dans la vraie vie. Je l’ai tirée dans ce joli billet de Andriamihaja.

Je ne peux oser conclure ce chapitre sans faire un coup d’œil à David Kpelly et Charles Lebon qui ne nous épargnent jamais de leurs textes provocateurs dont eux seuls savent comment le faire.

Big dédicace à Manon, Salma, Ariniaina, Nelson et j’en passe.

En fin, merci à toute l’équipe administrative dont Simon Decreuze en particulier, qui ne ménage jamais son effort pour apporter son appui technique à chacun des blogueurs quand c’est nécessaire. Merci à chacun de vous, collègues et amis de la plateforme qui, par votre sens d’humour, de partage et de professionnalisme arrive à faire du projet MONDOBLOG ce qu’il est aujourd’hui. Je termine ce post avec un clin d’œil bien mérité à Florian et Boukary, nos deux champions de la dernière édition de la BOB’s.

Que vive la blogosphère ! Que vive Mondoblog et ses blogueurs !

Osman Jérôme

 

 


Des veillées de prière, pas trop spirituelles

Assemblée de l'église (C) Osman
Assemblée de l’église (C) Osman

Les avis peuvent se partager quant au titre de ce billet. Si le ton peut paraître un peu provocateur pour certains, d’autres pourront le prendre plutôt avec humour. S’il en est ainsi vraiment, je dois m’en réjouir, puisque, en produisant ce texte j’ai nullement l’intention de plaire à un groupe et d’insulter à un autre.

À l’instar de certaines activités mondaines, jugées dévergondées par leur contenu, des « veillées de nuit » et « services de prière nocturne » ne jouissent pas d’une bonne réputation à Saint-Marc, voire en Haïti. Certaines sont souvent étiquetées de désordre organisé. Les mauvaises langues parlent même des rendez-vous entre amoureux. C’est  sans nul doute la raison pour laquelle certains parents y interdisent  l’accès à leurs jeunes filles.

Il y a de ces scènes, dont il fallait être témoins pour mieux en comprendre les faits. Certaines histoires méritent d’être vécues, non être tout le temps racontées. Surtout qu’ici on a une spécialité dans l’art de faire courir les rumeurs.

En effet, c’est en participant à une veillée de prière que l’opportunité m’a été donnée de confirmer cette information, déjà très répandue sur la ville. Josaphat Petit-homme, un bon ami à moi m’a demandé de participer avec lui dans une habituelle veillée de prière qui se tenait à son Eglise. Je me garde le droit de ne pas dire quelle Eglise, mais c’est un temple très connu, très fréquenté d’ailleurs tous les dimanches par les jeunes.

Après maintes réflexions, j’ai accepté l’invitation, sous prétexte de ne pas décevoir à cet ami, long temps plus âgé que moi. Et d’ailleurs, pourquoi ne pas y aller, c’est l’Eglise, et j’ai déjà pris part à plusieurs activités similaires. Tout compte fait, on se rend au programme qui débute à 9h PM et se termine à 5h AM.

A l’église…

Des mots de bienvenue d’une jolie sœur qui, par sa tenue horripilante a fait beaucoup plus d’impact sur l’assemblée, que par sa voix captivante. Elle portait un corsage, ayant laissé facilement deviner la forme modérée de sa poitrine ensorcelante. Une jupe, qui a épousé avec agressivité les courbes généreuses de ses fesses. Oh…, mon Dieu, une autre de plus pour nous induire à la tentation !

Un chant, une prière d’ouverture et tout a bien démarré sous les cris assourdissants et incessants des « alléluias« , « Bénit soit l’Eternel, « Gloire à Dieu« …Au tant que les minutes s’égrènent, l’ambiance augmente en intensité et les frères et sœurs ne se font pas prier pour se donner corps, cœur et âme dans cette pure et folle ambiance, concoctée de chants de louanges sous une orchestration magistrale de certains jeunes musiciens de l’Eglise. Habitué, mon ami ne restait pas indifférent. Il bougeait à tue-têteau rythme de l’animation. Moi j’étais plutôt observateur. Et mon indifférence était tellement évidente ,qu’une sœur m’a touché à l’épaule droite, en me m’invitant à rentrer dans l’ambiance. Des chants, des prières, des méditations, des témoignages, oh…on ressent une parfaite communion entre le peuple et le ciel.

Et ma surprise…

Il était déjà minuit, quand j’ai demandé à mon ami, membre permanent de la dite Eglise de m’indiquer vers les toilettes en vue de décharger ma vessie, presque trop pleine. « Tu prends le couloir, et au fond tu tournes à gauche« , m’a-t-il bien expliqué. Et c’est en prenant ce vaste long couloir qui mène aux toilettes, que j’allais tomber sur un autre spectacle, pas trop spirituel, à moins que selon mon avis, dont prennent part certains jeunes du temple. Dans cet espace, faiblement éclairé, des jeunes couples s’entre-brassent, s’entre-lassent langoureusement. Et cela, sans le moindre souci d’être surpris, encore moins  de respect pour le  grand Architecte de l’univers, lui qui voit tout.

Pendant qu’à l’intérieur, certains cherchent à combler leurs besoins spirituels, tandis qu’au couloir, d’autres s’empressent parallèlement à combler leurs besoins corporels. Suffoqué d’étonnement, j’ai failli même faire pipi sur moi.

5h du mat’, fin de cérémonie. Tout le monde repart bénit, spirituellement ou corporellement. A mercredi prochain sœur Natacha, frère Pierre. Le rendez-vous est à la même heure, au même endroit. A l’intérieur ou dans le couloir ? Qui sait !

Osman Jérôme


Lettre ouverte aux reporters culturels/Le Message poétique

Après 18 ans d’existence, « Livres en Folie«  est, incontestablement la plus grande foire du livre en Haïti. C’est un espace de partage entre auteurs et lecteurs qui sont toujours heureux de se rejoindre. Cependant, malgré le succès et la notoriété dont jouissent cette activité littéraire, son mode d’organisation laisse toujours une saveur insatisfaisante aux lèvres de certains observateurs, dont Webert Charles, un jeune auteur, qui ne va pas avec le dos de la cuillère pour critiquer la manière inélégante dont certains reporters culturels abordent les auteurs en signature. Lis et comprends.

Depuis plusieurs années je suis l’événement traditionnel, Livres en Folie (Haïti). Nombreux sont ceux qui critiquent l’organisation voire la tradition de cette foire du livre. Moi, ce qui m’a toujours intrigué, ce n’est pas l’organisation ni l’activité ou les rencontres, c’est de préférence les reporters culturels. Etre reporter culturel, ce n’est pas cela le problème, mais la nature des questions qu’on pose aux écrivains. Doit-on aborder un écrivain politique de la même manière qu’un poète ou un romancier ? Je crois qu’il y a là une erreur méthodologique qu’il faudrait réparer.

L’année dernière, à la 17e édition de Livres en Folie, un reporter posa la question suivante à Frankétienne après l’avoir posée à Dany Laferrière et à bien d’autres : « quel message voulez-vous faire passer dans ce livre ? » La question, bien sur, a embarrassé les écrivains et Frankétienne a même répondu avec un peu d’ironie : « Je vois que aimez cette histoire de message » Et cette année encore la même erreur s’est reproduite. Une œuvre poétique, a-t-elle un message ?

La réponse pourrait bien vous surprendre. Pour le critique littéraire François Bilodeau « une œuvre n’a rien à dire, sinon elle le dirait sans ambages ; une œuvre existe, à la façon d’une personne, avec un halo qui la définit dans sa réalité intime » Pour l’auteur de Balzac et le jeu des mots, l’œuvre (poétique) est. Elle n’a pas de fonction, donc pas de message. Je pense ici, sans doute, à Charles Baudelaire qui questionnait la fonction de la poésie. Je ne veux pas tomber dans une poétique du non-sens ou dans un surréalisme à outrance. La poésie, dans son sens premier (créer, fabriquer) ne s’enracine pas forcément dans une réalité, Elle peut évoquer cette réalité, la transfigurer ou la fuir. Lyonel Trouillot, dans son esthétique du délabrement avait bien compris que les poètes n’ont « pas de mémoire », d’où l’incommodité de la poésie moderne à faire passer un message social. Le poète est différent du journaliste, son rôle est de créer un effet esthétique. Le linguiste Jakobson n’avait pas omis cette fonction du langage qui est la fonction poétique, Son « message est centré sur lui-même, sur sa forme esthétique ». Loin de tomber dans la théorie de l’art pour l’art qui serait une mauvaise interprétation du message poétique ou dans une masturbation intellectuelle. On doit comprendre, par là, que le message poétique est sensoriel. C’est un impact crée chez le lecteur. La poésie, comme toute œuvre littéraire, s’accomplit dans sa lecture. Donc « l’histoire d’une œuvre serait avant tout l’histoire des lectures qui ont en été faites » (F. Bilodeau). De là, surgit la problématique de la littérarité ou de la poéticité d’une œuvre, Existe-t-il d’œuvres poétiques ou de lectures poétiques d’une œuvre ? C’est ici un autre débat. Le message poétique se crée dans sa lecture, d’où sa pluri-dimensionnalité. Pour expliciter le message poétique on peut prendre l’exemple du fameux poème de Man Ray, le poème phonétique, qui est composé uniquement de barres horizontales et d’espaces, sans mots. Tout le monde s’accorde pour dire que c’est un poème, par sa forme et livre son message esthétique. On peut voir ici que la poésie est antérieure au sens, à la compréhension et au message. La poésie n’est pas une confrérie et sa lecture n’est pas réservée aux intellectuelles comme on a tendance à le penser. Le problème se pose dés le départ. Il ne s’agit pas de comprendre, ni d’informer mais de sentir. Car la poésie s’ouvre au lecteur créant ainsi son propre message esthétique.

Webert Charles