Haïti : ce que l’on retiendra du Carnaval des fleurs ?

 Carnaval des Fleurs à Port-au-Prince/Crédit photo : Tilou Jean Paul

Carnaval des fleurs à Port-au-Prince/Crédit photo : Tilou Jean Paul

Petit pays, grandes festivités. Du 27 au 29 juillet 2014, les friands des grandes foules ont été une fois encore servis. Des chars allégoriques. Des décibels à hauts débits. Des corps en sueur. Des hanches en mouvement. Des bousculades musclées. Port-au-Prince a piaffé pour oublier ses déboires.

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Haïti: après le carnaval, retour à la réalité

Photo montage (Osman J.)

Photo montage (Osman J.)

Ceux qui adorent les ambiances mondaines, ne peuvent pas se plaindre ces temps-ci en Haïti. Le Président Michel Martelly pense bien à eux. Car depuis sa prise de pouvoir, il y a déjà deux ans de ça, l’ancienne vedette de Sweet Micky s’investit avec joie dans une politique de divertissement sans précédent.

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Haïti-carnaval: l’élite intellectuelle sort de son silence

Photo : Ministère du Tourisme

                         Photo : Ministère du Tourisme

Depuis quelque temps, la société haïtienne fait l’expérience d’une classe intellectuelle trop passive dans les affaires publiques du pays. Parfois, cette abstinence traduit l’inexistence même de nos femmes et hommes cultivés. Mais, n’a-t-on pas toujours dit : « Méfiez-vous du chat qui dort ? » 

En effet, cette élite qu’on croyait être moribonde s’est brusquement réveillée de son coma. La cause ? Contre la tenue du prochain carnaval des fleurs, dont le premier jour gras est prévu pour le 28 juillet à Port-au-Prince.

En effet, cinq mois après le carnaval du Cap-Haïtien, c’est au tour de la capitale d’accueillir cette bamboche populaire à la fin de ce mois ?

 La classe intellectuelle est contre ?

Dans notre histoire de peuple, nous autres en Haïti, nous avons des dates significatives ayant marqué notre passé. Des dates qui appellent à la jouissance populaires, d’autres qui demandent à la réflexion.

Le 28 juillet 1915 marque le début de l’Occupation américaine en Haïti. Près d’un siècle après, le pays porte encore les séquelles de cette intervention militaire. Donc, la date du 28 juillet doit être dédiée à la réflexion ou à l’ambiance ?

Certes, le carnaval en Haïti est une manifestation socioculturelle de grande envergure. Une vitrine pour vendre les potentialités touristiques de ce pays, qui n’en manquent surtout pas. Mais parfois, on peut bien être sceptique quant aux moments choisis pour la réalisation de cette fête populaire.

En effet, par coïncidence ou au mépris de l’histoire, le début des prochaines festivités carnavalesques est prévu pour le même 28 juillet. Des citoyens élèvent la voix.

Ils sont environ une trentaine d’écrivains, de professeurs d’Université, et membres du secteur artistique à signer une pétition pour le report des prochaines activités carnavalesques à la date prévue.

Ils avancent bien des raisons pour appuyer leur démarche. Voici le contenu de ce papier, publié le 11 juillet dernier sur la version numérique du Nouvelliste :

« Nous, citoyens haïtiens, signataires de cette pétition, sommes choqués du choix de la date du 28 juillet par le gouvernement pour l’inauguration de son « carnaval des fleurs ». C’est le 28 juillet 1915 que débuta l’Occupation américaine d’Haïti. Souffrons que le gouvernement choisisse d’engager des dépenses dans un carnaval de plus, alors que le pays a besoin d’argent pour organiser des élections et pour les besoins d’une population en souffrance. Souffrons encore que le gouvernement ait oublié ou fasse semblant d’oublier dans quel contexte et à quelles fins la dictature des Duvalier avait créé le « carnaval des fleurs ». Mais que le gouvernement choisisse la date du 28 juillet, c’est un manque de respect pour les citoyens ayant combattu l’occupation, c’est un manque de respect pour un pays qui a besoin de réfléchir au chemin de la sortie de cette occupation que nous vivons aujourd’hui. La journée du 28 juillet doit être une journée de réflexion et de souvenir, pour que de tels malheurs ne se reproduisent plus. A un moment où les voix du pays se lèvent pour demander le départ de la MINUSTAH, si le président, le Premier ministre, le ministre de la Culture, le ministre de l’Education nationale et l’ensemble du gouvernement estiment que cette date symbolique appelle à la bamboche, ils peuvent la célébrer ainsi en privé, mais ils n’ont pas le droit de mobiliser les ressources de l’Etat pour nous voler notre droit à nous d’utiliser cette date pour réfléchir sur notre histoire et la situation actuelle du pays. Nous demandons que le gouvernement choisisse une autre date pour organiser son « carnaval des fleurs ». Nous demandons aux médias de présenter en cette journée du 28 juillet 2013 des émissions de réflexion et à caractère pédagogique autour des causes et conséquences du 28 juillet 1915, et portant sur la situation actuelle du pays. Au nom de celles et de ceux qui ont combattu l’Occupation. Au nom des enfants haïtiens que nous n’avons pas le droit de laisser grandir dans l’ignorance et l’indignité ».

Parmi les signataires, figurent notamment les noms de Pierre Buteau Georges Castera, Syto Cavé, Lyonel Trouillot, Evelyne Trouillot, Rodney Saint-Eloi, entre autres.

Seulement, certains observateurs espèrent que cette démarche servira désormais de prétexte pour une implication plus visible de la classe intellectuelle dans les affaires du pays. Sinon, à quoi sert cette élite qui se meurt avec les doigts entre les stylos et les pages des livres ?

D’ailleurs, toute classe intellectuelle existe en vertu de sa participation dans les affaires de sa patrie. Et l’intelligentsia haïtienne semble vient tout juste de se le rappeler.

Bien à vous, mes chers intellectuels !

Osman Jérôme