Éloge de la vie nocturne

Vie nocturne à Puerto Plata © Osman

Un samedi soir de novembre, le ciel de plus en plus grisâtre laisse peu de bonnes prévisions à la vie nocturne. Mais ici, en République dominicaine, où le peuple souverain serait né avec une prédisposition génétique liée au plaisir, on n’a jamais besoin du beau temps pour répondre aux appels du divertissement. Surtout le week-end.

À bientôt 21h30, alors que le décor commence à se planter sur les trottoirs animés, à la gloire de mon corps et de mon esprit ennuyeux de l’espace physique de ma chambre, je me retrouve une nouvelle fois perdu dans les bras de la nuit à Puerto Plata ; le temps de m’offrir une partie de bonheur. Une autre occasion d’explorer le dynamisme de cette ville insomniaque.

Vêtu de ma nouvelle chemise noire, griffonnée Calvin Klein, d’un jeans bleu LTB, de baskets Lacoste de couleur noire […], je crois avoir bien acquitté ma dette au comptoir de l’élégance. Entre-temps, emportée par la brise du soir, la fragrance de mon Kenneth Cole se propage discrètement dans le voisinage. Aucun détail n’a été laissé au hasard pour ce nouveau samedi soir sur terre.

Il était presque vingt-deux heures quand je suis arrivé à The Bar, ce café qui doit sa notoriété aux traitements réservés aux clients. Certains habitués vous diront tout simplement qu’ils sont gâtés par la courtoisie des serveuses, toujours aussi affriolantes dans leur uniforme, taillé pour la séduction.

La parure festive du bar, les jeux de lumière, la jovialité du public, le décor est planté pour une partie de jouissance comme je les aime. Du Jazz à l’oreille, du spectacle pour les yeux, accompagné de mon verre de vin je trouve un complice pour mater le gris du temps qu’il fait dehors. Ainsi, entre la saveur du liquide fermenté et une partie de sérénade bien concoctée, la nuit me tend ses lèvres et m’offre toute l’intimité de son corps, dont la chaleur m’enivre  jusqu’à l’ivresse.

Plus le temps passe, plus les tables et les chaises trouvent des occupants. Un air de ravissement se lit sur le visage du propriétaire, s’assurant que chaque client soit reçu avec le plus grand soin possible. À ce point, il n’a pas trop à reprocher à ses employés, faisant un travail de qualité.

Juste à côté de moi, un jeune couple canadien parle de projets de voyage en Haïti, notamment à Port-au-Prince. Les deux amoureux espèrent aller voir de leurs propres yeux ce qui reste de la ville après le séisme de 2010. Entre-temps, même en se rappelant aux milliers de victimes de la tragédie, ils ne peuvent pas s’empêcher de trinquer leur verre en signe de leur bonheur partagé. Le mal est déjà fait.

Dans la foulée, pendant que l’odeur des mets parfume l’espace, sur la petite estrade dressée à quelques pas du comptoir, un groupe de quatre musiciens joue pour la satisfaction de l’assistance, majoritairement composée d’étrangers. Après chaque morceau, les musiciens lancent des « gracias », « thank you » et « merci » au public, déjà acquis à leur cause. Chaque interprétation est suivie d’un torrent d’applaudissements. Tout le monde est en liesse. On se réjouit.

Parfaitement à mon aise, au rythme du contentement collectif qui s’empare du milieu, de plus en plus euphorique, je vide mon verre par instant, bois à ma santé et à celle de tous ceux qui pensent toujours à leurs moments de divertissement. L’homme ne vit pas seulement de travail. Se récréer est profitable à la santé mentale.

Le tic-tac des verres, les sourires complices, les regards satisfaits, les selfies pour les réseaux sociaux, les gens sont ivres de plaisir. Le plaisir se répand autour de moi, la propagation des ondes positives d’une joie contagieuse prend possession de toute la salle, déjà grisée de bonne humeur.

Il sera bientôt deux heures du matin. L’endroit commence à se vider de ses abonnés. Je fais signe à la serveuse de m’apporter l’addition. Mais son regard est plutôt une invitation à rester plus longtemps. Dans les horloges du bar, il est encore tôt. J’ai bien compris son attitude séductrice, car tout ceci sera au profit de la caisse de son patron. Mais je dois partir, retrouver mon lit, plonger dans la solitude de mon absence.

Osman Jérôme  

 

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture.

2 réflexions au sujet de « Éloge de la vie nocturne »

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