Lettre à une amante en voyage

 

Lettre écrite à la main © : http://publicdomainvectors.org/photos/writinghand.png

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Admirable Fabie,

En cette fin d’après-midi brumeuse, où le soleil a dû précipitamment céder à la pression de cette colonie de nuages de plus en plus épaisses, dans le froid de ma chambre un peu terne, mes doigts me servent d’appui, pour caresser les touches rebelles de mon ordinateur, et t’écrire ces quelques lignes déjà mal agencées dans ma pensée chancelante.

Tendre amour, à toi dont la seule énonciation du prénom me procure du plaisir, je t’écris aujourd’hui dans l’idée d’avouer la nudité de mon âme éreintée depuis ce jour où l’avion a décollé avec toi dans le ciel de Port-au-Prince, à destination de New-York.

Et depuis, les yeux grands ouverts, je revois les images de ce vendredi singulier. 15h30 : avant d’emprunter les couloirs qui mènent à la douane, au vu de tout le monde, sans broncher, dans la singularité de ton élégance de femme, tu es venue m’embrasser, laissant ainsi la couleur de ton rouge à lèvres sur les miennes déjà un peu moites. Ce baiser, imprégné d’une passion mélangée de mélancolie, était comme pour me rappeler que je vais te manquer durant ton séjour.

Entre-temps, me serrant contre ta poitrine haletante, je pouvais ressentir les battements irréguliers de ton cœur, telle une invitation à te suivre dans ton chemin. Puis, les accents de ce dernier « je t’aime » que tu m’as murmuré, en me caressant les joues, m’a laissé le cœur tout enchanté.

En effet, avec la promesse d’un retour anticipé, je croyais pouvoir résister. Mais notre attachement m’a trahi. Car depuis ton départ, l’accord ne se fait plus entre mon corps et le lit. Mes paupières et mes yeux ne dansent plus au même rythme. Il y a une déconnexion totale.

Ma petite chérie, voilà seulement sept jours que tu es partie, et déjà, je m’ennuie de supporter ces quelques jours sans toi. D’où cette passion brûlante avec laquelle je tiens à te faire parvenir cette lettre, cri d’une âme inconfortable dans l’absence d’un être aimé.

Chère dulcinée, cela fait presque une semaine depuis que tu as foulé le sol américain. Une semaine sous le ciel de l’Oncle Sam, d’admiration des gratte-ciels de New-York [..], mais surtout d’exposition au froid hivernal de la « Big Apple », cette ville qui ne dort presque pas.

Entre-temps, ici à Port-au-Prince, rien n’a trop changé : les mêmes mauvaises nouvelles polluent les antennes des radios et télévisions, la police nationale se montre toujours impuissante face à la montée de l’insécurité, la situation politique reste toujours complexe, avec un président provisoire, élu dans une séance d’assemblée nationale hilarante… la routine, en quelque sorte.

Ma bien-aimée, tu es à New-York et moi à Port-au-Prince. Toutefois, l’aiguille de mon esprit n’arrête pas de tourner dans le cadran de ton horloge. Furieux, jaloux, j’aurais tellement aimé t’accompagner dans tes sorties nocturnes, tes visites touristiques et que je sais-je encore. Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, je serais quand même ravi de savoir que tu es heureuse, même quand je ne suis pas là.

Fabie, depuis que tu es partie, je suis victime d’une distorsion auditive. Mes oreilles recherchent ta voix dans chaque son qu’elles arrivent à détecter. À tel point que parfois, je crois être en train d’halluciner, confondant tout ce qui arrive à mes tympans avec l’écho de ta voix, résonnant à des milliers de kilomètres, de l’autre côté de l’Atlantique.

Ce soir, en t’envoyant cette lettre, j’ai failli pleurer comme une bête devant l’écran de mon appareil. Seul l’espoir que tu reviennes sous peu a pu retenir l’immense torrent de larmes qui allaient inonder mes joues.

Cette missive, écrite dans le silence du temps et loin d’être un témoignage de la souffrance physique et psychologique engendrée par ton absence, se veut plutôt un hymne à cette force affective nous unissant dans la profondeur d’un amour à la fois tendre et sauvage.

Enfin, connaissant ta méticulosité aux choses de l’esprit, je sais que tu vas prendre en compte chaque petit détail de ces paragraphes. Néanmoins, en dépit de la probable déficience stylistique de cette lettre, je souhaite qu’il soit capable de traduire l’impatience de ton amant, attendant ton retour pour être égayé dans sa joie habituelle. Tu me manques déjà trop, mon péché. Reviens, reviens-moi vite.

Ton chéri qui t’embrasse.

Osman Jérôme

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture.

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