Haïti : beaucoup de malades, mais peu de soins

 Hôpital Universitaire de Mirebalais-© Osman Jérôme

         Hôpital universitaire de Mirebalais-© Osman Jérôme

Les temps ont changé. Les mentalités aussi. L’époque où l’Haïtien attend son dernier gémissement avant d’aller consulter un médecin est révolue. Ainsi, la clientèle des centres hospitaliers s’agrandit au rythme de la propagation des maladies et des virus. Toutefois, se faire soigner reste encore un combat. 

Comme beaucoup de familles n’ont pas accès à un médecin privé, la grande population se rue vers les centres publics pour se faire soigner. Malheureusement, ce n’est pas toujours avec succès. Indisponibilité des médecins, dispensaires pauvrement équipés, employés en grève…Aujourd’hui, c’est la triste image des hôpitaux publics du pays.

L’hôpital universitaire de Mirebalais

Dans des conditions de grandes nécessités, l’Haïtien fait souvent preuve de modération. Il se contente du peu. Surtout dans un pays où les dirigeants font peu de cas du bien-être collectif de la population.

Durant ces trois dernières années, l’hôpital universitaire de Mirebalais est une référence en matière de soins de santé en Haïti. De la douleur imaginaire jusqu’à l’intervention chirurgicale la plus compliquée, on y vient pour tous types de problèmes. Le centre est matériellement bien équipé, les médecins sont qualifiés indiquent plusieurs témoignages.

Dans la réalité, comment fonctionne l’hôpital ? Quelle attention est donnée aux patients ? Comment traiter les visiteurs ? Retour sur une expérience décevante.

La petite carte

 Hôpital Universitaire de Mirebalais-© Osman Jérôme

        Hôpital universitaire de Mirebalais-© Osman Jérôme

Première remarque : contrairement à la majorité des centres hospitaliers du pays, ici, presque tout est informatisé. C’est quand même à féliciter.

En effet, tout accès à un quelconque service exige une petite carte digitalisée. Pour l’avoir, on fait deux longues files; une pour femmes enceintes et vieillards et l’autre pour les enfants. Aspect disciplinaire remarquable. Même si l’Haïtien n’aime pas trop.

Suivant l’affluence du jour, il faut attendre une demi-heure, voire une heure même avant d’avoir cette fameuse carte. La fatigue et l’épuisement se lisent clairement sur le visage de plus d’un. Mais personne ne va pas laisser la ligne. Qui va à la chasse perd sa place.

La consultation

Au premier jour de votre visite au centre, vous n’avez pas droit à la consultation. À moins d’un cas d’urgence,vous êtes sur le point de trépasser.

Imaginez-vous qu’on est le 3 septembre. Je ne me sens pas bien, sans avoir une idée précise de quoi je souffre, on me donne un rendez-vous au 24 septembre. Rien que pour une première consultation. Franchement, j’ai préféré mourir de rire au lieu de pleurer face à une telle aberration. Ce fut ma première grande stupéfaction.

Des employés sans politesse

Certaines activités professionnelles exigent plus de courtoisie que d’autres. Force est de constater que plusieurs employés de l’hôpital universitaire de Mirebalais devraient suivre des cours en communication sociale et en relations humaines surtout.

En fait, sans avoir été une victime directe,  j’ai été témoin de scènes pas cordiales entre patients et travailleurs de l’institution sanitaire. Si certains ont tenu tête aux comportements agressifs des employés, d’autres ont tout simplement plié bagage.

Une urgence fantomatique

Regard inquiet, nourrisson en pleurs sur les bras, depuis plus de 60 minutes, une dame supplie devant la porte de la salle d’urgence. Son bébé, dit-elle, ne fait pas pipi depuis déjà trois jours. Ce cas semble-t-il n’est pas une urgence pour les médecins. Ils ne font pas cas de la maman en détresse. Il a fallu l’intervention brutale d’un monsieur, pour qu’une infirmière vienne enfin s’occuper du petit innocent. Terrible.

Des malades qui dorment à la belle étoile

Il est environ 17 h ce mercredi. Fatigue pour les uns, douleurs physiques pour d’autres. Sur les longs sièges en bois de la grande salle d’attente, péniblement, certains cherchent à se reposer. Car après une si rude journée, il faut de l’énergie pour en affronter une autre. Une aventure qui s’annonce longue. Plusieurs sont là depuis 3, 4 ou 5 jours déjà.  Ils attendent une consultation, un résultat d’analyses médicales, une intervention chirurgicale.

À ma grande surprise, un agent de sécurité est venu demander à tout le monde de partir pour éviter que les lieux ne se salissent.

Maintenant, où aller dormir ? L’option de l’hôtel ? Il faut débourser entre 50 à 80 dollars américains pour une nuit d’hôtel pas trop loin de l’hôpital.

Dans cette condition, un seul choix s’impose : dormir devant la barrière principale de l’hôpital.

Hôpital Universitaire de Mirebalais-© Osman Jérôme
Hôpital Universitaire de Mirebalais-© Osman Jérôme

Tout compte fait. La nuit est tombée. Les chauffeurs de taxi-moto n’y sont plus. Et en un clin d’œil, chacun essaie de se faire une place dans cet espace exigu  Draps, serviettes,  sacs de voyage sous la tête, on se débrouille comme on peut.

Image choquante : comme des lots de mangues exposées au marché, les gens s’entassent pour ne pas dormir debout. Véritable scène cinématographique.

Au départ, j’avais une grande inquiétude de me jeter sur les adoquins. Une marchande de boissons gazeuses tente de me rassurer : « T’inquiètes pas mon fils. C’est comme ça tous les soirs ici. Dieu surveille sur ses enfants. Il ne permettra que rien de mal arrive à eux ». À ces mots, je me mets timidement dans la foule.

Ce soir, dans cette condition alarmante, je retiens encore l’image de cette dame. Sa panse est légèrement allongée, ses pieds un peu enflés. Elle refuse de se mettre sur le froid de la chaussée. Elle a peur d’attraper des maladies ou des infections, ce qui risque d’aggraver son cas. C’est pourquoi elle a laissé Port-au-Prince pour venir ici.

La grande foule

Hôpital Universitaire de Mirebalais-© Osman Jérôme
Hôpital Universitaire de Mirebalais-© Osman Jérôme

Jeudi 4 septembre 2014. Il est 5 h à peine, tout le monde est déjà debout. Handicapés physiques, femmes enceintes, vieillards, on se bouscule pour se faire une bonne place dans la longue file. Une file qui grossit au fil des minutes.

« Ici ce n’est pas un hôpital pour les malades », a rageusement lâché un homme sur une paire de béquilles. Quelques secondes avant, le souffrant a failli être renversé par une dame ne faisant aucun cas de son incapacité physique.

Dans ces situations de force, difficile de maintenir la discipline. Souvent, les agents de sécurité sont dépassés. Ils perdent leur calme.

Des médecins qualifiés

Patience et courage, voilà deux expressions qui reviennent fréquemment sur les lèvres de plusieurs patients croisés dans les couloirs de ce populaire centre hospitalier du pays.

L’hôpital de l’université de Mirebalais ne doit pas sa renommée seulement à la gratuité des services offerts. C’est beaucoup plus que ça. Le centre est réputé pour l’expertise des médecins (haïtiens et étrangers).

Et voilà pourquoi, en dépit de toutes ces imperfections organisationnelles, la clientèle de l’hôpital ne diminue pas.

Maintenant, la balle est dans le camp des responsables de la santé publique. Ils doivent prendre des mesures adéquates en vue d’un meilleur fonctionnement de ce centre de santé qui, en si peu de temps passe de présentation dans le milieu sanitaire haïtien.

Osman Jérôme

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture. Je suis un photographe "amateur" qui veux tout immortaliser sur mon passage.

2 réflexions au sujet de « Haïti : beaucoup de malades, mais peu de soins »

  1. Une situation triste mais similaire a ce qu’on vit aussi aux Cayes. Entre le peu de courtoisie des employes (jamais content), l’acces difficile aux soins, des medecins qui tripotent sans expliquer pourquoi, le mauvais etat de certains centre, la cherete des services, on a vraiment de quoi devenir PLUS MALADE.

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