Champ-de-Mars : le trottoir a son charme

Champ-De-Mars, Port-au-Prince(Haïti) : Crédit photo © Osman Jérôme
Champ-De-Mars, Port-au-Prince(Haïti) : Crédit photo © Osman Jérôme

Nouveau titre, nouvelle destination. Pour ce nouveau billet, je vous emmène avec moi au Champ-de-Mars, quelque part  au cœur de Port-au-Prince. Ici, la vie a son sens. La chaleur humaine est contagieuse. Le divertissement est à revendre. Le charme y est. Tout simplement.

On est samedi. Il est presque 18h. Un groupe de nuage épais défile lentement sous un ciel déjà menaçant. Dans les environs, des petits marchands détaillants s’empressent à vider les lieux, pendant que d’autres s’arrangent à y faire une place. D’ailleurs, Champ-de-Mars doit un peu de sa popularité à cette cadence « san pran souf » (sans arrêt).

À quelque part du commissariat de Port-au-Prince, des petits marchands de tafia prennent position. L’odeur des poulets rôtis embaume l’environnement. Des usagers du transport en commun font des petits groupes. Tout le monde est en alerte d’un klaxon. Destination de Delmas ou de Pétion-Ville, chacun dégage son énergie. Pas de question de manquer une occasion. Un véritable va-et-vient. Mais on dirait bien synchronisé.

Place de Pétion, en face de la Faculté d’Ethnologie. Sac au dos, des jeunes des deux sexes, apparemment étudiants pour la majorité, forment un groupe. Un débat philosophique parait interminable. L’avortement est au centre des échanges. Entre Utilitaristes et Moralistes, les arguments s’affrontent avec parfois une pertinence pointilleuse. Les discussions intellectuelles comme je les aime.

Maintenant, nous sommes à l’angle des rues Magny et Capois. Avec toute la quiétude du roi, un marchand de CD et de DVD piratés, étale ses produits illicites au ras le sol. Sans gêne, le jeune homme à la mine dure, distribue les produits de nos artistes à des prix rabattus.

Tout juste à côté, un sexagénaire, vendeur de diverses sortes de grog local, décore sa table claudicante. Entre-temps,  dans des slogans très à la mode (Resan, Real, Zoe…) deux jeunes aux tenus branchés, encensent le barbu pour la bonne qualité de son « asowosi ».

Entre deux gorgées d’alcool, les deux hommes beuglent et piaffent au rythme endiablé de « Ti Mamoun ». Le dernier tube controversé du moment, diffusé à hauts décibels dans les parages. Satisfaction garantie.

En effet, malgré certains soucis, une étincelle d’espoir se lit sur chaque visage. Une envie de vivre dans chaque conversation. La vie a une autre couleur au Cham-de-Mars.

À la rue Capois, les marchands de produits artisanaux font les dernières ventes. Dans la même zone, avec air insatisfait, un bouquiniste ramasse ses bagages. Peu importe la recette du jour, le rendez-vous est pour demain.

La nuit va bientôt disparaître. Champ-de-Mars connaît une allure pressante. Les ombres du soir attirent au tant de visiteurs que les rayons du soleil.  Cette grande place publique située au cœur de la capitale a donc la particularité d’être toujours en mouvement.

À mesure que les minutes s’égrainent, le ciel devient de plus en plus gris. Mais ça n’inquiète point les visiteurs. Marchandes de fritures, cireurs de bottes, laveurs d’auto, mendiants, à chacun son activité. Comme par nature, j’étais plutôt observateur.

Il est déjà la nuit. J’ai failli de ne pas m’en rendre compte. Petit à petit, toute la place est éclairée. On dirait 10h du matin, tant que le rythme de la vie est bouillonnant ici. Si tout le pays serait ainsi !, soupirai-je.

Il est bientôt 20h. La pluie crache ses premières gouttelettes.  Rue Capois, tout juste en face du Rex Théâtre, sous le lampadaire du coin, j’espère un taxi pour rentre chez moi.

Dans les parages, il se donne un spectacle, digne de la provocation. Tenues aguichantes, gestes séduisants, des jolies demoiselles, pour la plupart dans la vingtaine, étalent ce qu’elles ont de plus vendable pour attirer la clientèle sexuelle du trottoir. Exhibitionnisme, extravagance, excitation, une véritable scène hystérique. Mais en réalité, qui ne dérange point les amoureux du « corps-beau ».

Constatant que, je ne reste pas flegmatique face à leur parade séductrice, l’une d’entre elles décide de me rapprocher. Et sans méandre, elle me lance crûment : « Ou bezwen yon sèvis ?» (Avez-vous besoin d’un service ?).

L’odeur de son parfum, sa démarche assurée sur ses talons, ses boucles d’oreilles, son pendentif qui décore joliment le creux de ses seins, la fille ne porte rien de clinquant. Un véritable patrimoine esthétique qui promène son joli corps sur le trottoir du Champ-de-Mars.

Sous le charme, je n’étais pas prêt à refouler cette sensation de plaisir et de bien-être émotionnel que me procure la seule posture de la gazelle. Mais, malheureusement, le temps de lui répondre, plein comme un œuf, un minibus arrive avec comme destination Nazon-Delmas. Je cours monter à la hâte. Sinon, je risque de rentrer chez moi plus tard que prévu.

Madame, monsieur, amis lecteurs, ici que s’achève notre galante balade au Champ-de-Mars. Merci de m’avoir tenu compagnie. J’espère que ça vous a plu.

À bientôt.

Osman Jérôme 

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture.

10 réflexions au sujet de « Champ-de-Mars : le trottoir a son charme »

  1. J’aime l’effervescence et l’animation du Champs-de-Mars.Merçi pour cette agréable Visite dans ce coin de Port-au-Prince avec toute cette Population.

  2. A moi de te remercier pour le passage, Rita. Qui sait, un de ces jours, tu feras un petit tour sous le soleil tropical de Port-au-Prince. Champ-de-Mars et ses habitués seraient heureux de te voir 🙂

  3. Huuummmmmm, très entraînante et trop jolie cette promenade au champ de mars.par contre je t’aurais peut être cru, si t’avais pas menti en ecrivant que tu n’as pas eu le temps de converser avec la gazelle rien que pour eviter de rentrer trop tard chez toi.lollll

    1. Rodolph, je te préviens hein, je t’envoie un mandat pour fausse accusation cachée 🙂 Tu peux me croire mon amie. Tu connais bien la situation des « pyeton » à Port-au-Prince à ces heures avancées.

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