« Palito de coco » ou l’exemple de la créativité haïtienne en République Dominicaine

Si vous êtes en Amérique, vous avez sûrement déjà entendu parler de « Palito de coco » ? Cette « musique » d’un jeune vendeur ambulant haïtien résidé en république dominicaine, sujet d’une véritable prouesse sur la toile, sur les réseaux sociaux en particulier. L’auteur est désormais célèbre. D’ailleurs, on compare déjà sa popularité à celle de Justin Bieber.

En effet, madame, monsieur, « Palito de coco » sert donc de prétexte à notre réflexion, qui se veut un regard sur la vie créative que mènent les Haïtiens dans les rues dominicaines.

République Dominicaine, Eldorado de toujours !

Séparée géographiquement d’Haïti par des frontières, la République Dominicaine est, depuis des lustres, une sorte d’«Eldorado» pour certains Haïtiens. Le mot n’est pas trop fort hein. Légalement ou clandestinement, l’Haïtien y arrive par tous les moyens. Quelque soit le prix. D’ailleurs, peu importe leurs conditions de vie ici, certains immigrés haïtiens y préfèrent croupir au lieu de retourner à leur pays.

Travailleurs, commerçants, hommes d’affaires, étudiants, ici, les Haïtiens sont nombreux. Ils sont partout. Ils participent activement à la vie socio-économique du pays. Voire que la main d’œuvre haïtienne est presque gratuite ici.

Après s’être installé, celui qui y vient pour travailler, se dépouille de toute sa complexité à l’haïtienne et se donne à toutes sortes d’activités aux rentrées économiques : marchands détaillants, cireurs de bottes, femme de ménage… Il n’y a pas de sot métier.

La majorité des hommes se concentre sur les chantiers des constructions. D’ailleurs, dans ce secteur, ils font bien parler leurs compétences. Si certaines femmes se font des places dans les marchés publics, d’autres préfèrent arpenter  les rues avec une cuvette sur la tête. Fruits,  articles de toilettes ou  accessoires de beauté, elles promènent presque tout sous le soleil tropical du pays voisin.

Parallèlement à ces activités, la présence haïtienne est fortement remarquée aussi dans d’autres secteurs de la vie nationale : hôpitaux, complexes touristiques, Call center, enseignement, art, etc. L’Haïtien est actif.

La détente est un droit sacré. Pour se divertir, les Haïtiens s’organisent parfois entre eux-mêmes pour s’offrir des ambiances à l’haïtienne. Par exemple, ici à Puerto Plata, ils organisent des tournois de foot, des soirées dansantes, des journées de mer pour se donner un peu de loisir.

Et le phénomène « Palito de coco »

Entre l’utopie et la réalité de la vie en République Dominicaine, parfois certains se sont trompés, ils deviennent frustrés. Cependant, une fois arrivés, malgré la dure réalité, nombreux sont ceux qui y restent pour affronter leur destin. Résilience avouée.

Roman Dorlean, l’auteur du fameux « Palito de coco » appartient à ces Haïtiens, ayant atteint de manière irrégulière le sol de la république voisine. Il est résidé ici depuis déjà deux ans. Comme beaucoup de ses paires, il est à la recherche de cette source de miel et de lait qu’on croit couler au pays de Danilo Medina.

Pour gagner sa vie, tout d’abord le jeune homme commence à sillonner les rues en tant que vendeur de papiers hygiéniques. Ensuite, il côtoie les chantiers de construction, s’essaie aux guidons des motocyclettes. Les recettes tardent encore à faire sourire celui qui, du jour au lendemain va devenir l’icône de tout un pays.

Après ces tentatives peu fructueuses, l’homme de 32 ans se tourne vers « Palito de coco » (sorte de sucrerie faite à base de coco). Pourvu qu’il ne soit pas seul dans ce petit commerce informel, le type s’invente un aria pour attirer le regard des clients. Preuve d’intelligence.

De la rue aux studios

N’a-t-on pas toujours dit que chacun a son étoile ? Et les étoiles n’ont pas toutes la même luminosité. D’un soleil à un autre, du simple vendeur de rue, désormais Roman épouse la célébrité. Et devient un artiste avec des projets concrets. Tout ceci, grâce à la magie de l’internet, notamment les réseaux sociaux.

Un jour, un client décide de filmer le vendeur en pleine activité et poster la vidéo sur Youtube. Et c’est le début d’un succès phénoménal. À la minute de la publication ce billet, une version de « Palito de coco » a déjà dépassé la barre d’un million de vue sur Youtube. Sensationnel !

Actuellement, Rumai, pour l’appeler désormais par son nom d’artiste, est une voix très sollicité pour des collabos. Sa musique défraie la chronique sur les ondes, et dans les discothèques. Dieu seul sait combien de remix déjà réalisés avec le hit du moment.

En effet, si certains observateurs parlent d’un bon coup du hasard dans ce succès, d’autres y voient plutôt la concrétisation d’un talent artistique. En tout cas, peu importe les opinions, l’artiste a déjà son producteur. Cinq titres sont en préparation.

« Palito de coco » vient de confirmer, ce qui est depuis long temps une réalité ; l’Haïtien de la République Dominicaine est actif et créatif.

Bonne chance Rumai. Ya tu saves !!!

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture.

9 réflexions au sujet de « « Palito de coco » ou l’exemple de la créativité haïtienne en République Dominicaine »

  1. C’est n’est pas la première fois qu’un Haïtien fait des merveilles dans la musique dominicaine. Nos artistes à la république voisine font toujours de très belles musiques dont les Dominicains font passer pour les leurs. Qui ne se souvient pas, entre autres, de François Lacroix (Francisco Lacruz), plus connu au nom de FELICUMBE, avec sa chanson EL GATICO en 1982, parce qu’avant la fameuse et très populaire EL GATICO, il avait composé FELICUMBE qu’avait volé Fernandito Villaroma, le propriétaire de l’orchestre avec laquelle il chantait. Comme le public dominicain demandait pour lui partout où se présentait l’orchestre, Villaroma, poussé par une jalousie extrême lui avait mis sur la sellette disant que cette terre appartient aux Dominicains et sa popularité aussi. C’était alors qu’il avait été contacté par l’Orchestre Tipica Dominicana qu’on connaissait à peine. Toute suite après, avec la nouvelle orchestre, il refaisait surface avec El GATICO, LINDA CIBAENA, TREMENDO PECOSON et AUTRES COMPOSITIONS avec lesquelles il a fait le tour du monde, jusqu’à ce que, trop jaloux de son talent, les musiciens dominicains lui ont chassé et comme il avait un visa américain, il s’est réfugié à Queens, New York où il a fondé son propre groupe musical nommé FELICUMBE. Notre conseil pour PALITO DE COCO, c’est de prendre beaucoup de précautions car les musiciens dominicains sont très jaloux du talent haïtien.

  2. G rien a dire car les mots sont un peu rares mais l’haitien ne se résigne jamais a son sort, il lutte et lutte encore jusqu’à ce la vie lui sourit et Palito en est l’exemple. Gagner sa vie en Rep Dom c’est comme la descente en enfer dans SPARTACUS car rare sont sont qui y retourne saint et sauf. Tres beau billet!!!

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