Je me souviens de cette ville

Desdunes (C) Marie-Ange Faro
Desdunes (C) Marie-Ange Faro

Un anniversaire, peu importe sa nature, a toujours une importance spéciale pour le fêtant. On s’offre, on reçoit des cadeaux. Et hier c’était mon anniversaire, je me suis offert ce billet. Un saut dans le passé de mon enfance.

«Qui conque oublie son passé est condamné à le revivre». En effet, le film de nos quotidiens, comme il se déroule sur l’écran géant de notre vie, est une collection de scènes et de faits divers. Un ensemble d’histoires. Des histoires qui pondent des souvenirs. De bons ou de mauvais souvenirs qui habitent nos pensées jusqu’à l’inactivité des neurones de notre cerveau.

Depuis quelques jours, je suis enveloppé sous le manteau froid de la nostalgie. La pendule de mes souvenirs tourne en permanence sur le passé de mon enfance. Je rêve trop de cette petite localité du département de l’Artibonite qui m’a vu naître et grandir.

Et dans cette galante aventure onirique avec le passé, ma mémoire se renoue avec plein de bons souvenirs, qui viennent débarrasser mes pensées, trop préoccupées par les soucis du présent et trop fourbu par les projets d’avenir.

Géographiquement, Desdunes fait partie des 15 communes étendues sur les  4984 km² du département de l’Artibonite. L’un des plus vastes du territoire national en thème de superficie.

Difficile de vous dire avec exactitude d’où vient le nom de Desdunes. Cependant, certaines informations feraient croire que cela est remonté à l’époque coloniale. Ce nom serait celui que portait un planteur colon français, riche propriétaire de plusieurs milliers hectares de terre dans cette zone d’Haïti où la terre est très favorable à l’agriculture. D’ailleurs, Desdunes, comme le département de l’Artibonite en soi, c’est l’agriculture, la plantation de riz, l’élevage des bétails. C’est l’amour et l’attachement à la terre cultivable.

Ici, presque tout le monde se reconnait. Car, comme pour répéter ma défunte grand-mère: »Desdunes est une famille, repartie en plusieurs maisons« . Donc, les gens se connaissent entre eux dans les «konbit» sur les plantations, sous les péristyles des «bòkò», dans les temples des églises, sous les toits des écoles, sur les terrains de football entre autres.

Hier. Desdunes, c’était le champ verdoyant, la ronde des enfants tous les soirs en pleine lune sous les arbres. C’était le cocorico des coqs qui réveille les paysans au fond de la campagne, le croassement harmonisé des grenouilles et des crapauds au font des lagons, la pétillante odeur du café noir de tous les matins, la délicieuse saveur de l’«akasan», la voluptueuse senteur du thé à la citronnelle qui s’évapore dans les «gòdèt», le plat du riz au «lalo» dont on en raffole.

Hô ! Desdunes. Quand j’étais petit, je me rappelle bien que c’était le roucoulement des pigeons dans les «kalòj», les rivières aux contours verdoyants qui arrosent les plantations, les frappements synchronisés des tambours, résonnant sous les péristyles des «bòkò»,les cohortes matinales des chrétiens protestants, le bruit assourdissant des moulins à riz, la lueur des lampes «tèt gridap» quand l’électricité y fait défaut le soir, le football pye atè (à pieds nus) de tous les après midi, les bandes à pieds(rara) des périodes pascales, dont la population ne négocie pas pour «5 kòb».

Ah, ne soyez pas étonnés, que ce fussent également des obscénités, des expressions grivoises quand deux «kotri» se battent ou se disputent pour un mec dont elles partagent à deux. Des sanglants affrontements quand des grands propriétaires terriens, communément appelés «Grandon» s’entre-tuent pour quelques hectares de terre.

Je me rappelle, à quelques pas de chez moi, il y avait une petite salle de ciné (si j’oserais utiliser le terme). Puisqu’il n’y avait que des bancs et un petit téléviseur et une vidéo cassette pour la diffusion d’une pléiade de films à succès de Bruce Lee, Jackie Chang, Jean Claude Vandamme, entre autres. Pour m’y rendre, je dois absolument tromper la vigilance de mes parents, sinon «se nad marinad». Je ne vais nulle part. Je ne peux m’empêcher de tordre de rire et de ronger de nostalgie en remémorant ces souvenirs.

Que de beaux et de bons souvenirs ayant marqué mon enfance, mon adolescence dans cette pittoresque localité, que j’ai voulus partager avec vous.

Osman Jérôme

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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture. Je suis un photographe "amateur" qui veux tout immortaliser sur mon passage.

11 réflexions au sujet de « Je me souviens de cette ville »

  1. T’as raison Osman mais tu ne parle pas de ceux qu’on a l’habitude de faire tous les soirs(kwit gwo chodye diri chak swa epi tapata yiyi ap vinn manjel) nous etions tres heureux de vivre cette vie la.

  2. Je ne vous connais pas pas Osman, mais ton oeuvre est superbe, continue à écrire en plus vous nous apprenez bcp de choses de notre commune

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