Qui parle à la radio en Haïti?

(C) pixabay.com
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Selon certains dictionnaires, dont LAROUSSE ou LE PETIT ROBERT, le journaliste est défini  comme quelqu’un « qui s’occupe de l’information dans un système de média ». Donc, un journaliste est celui « qui fait, qui publie ou qui collabore à la rédaction d’un journal ». De là viennent rédacteur, présentateur, reporteur, chroniqueur, correspondant, éditorialiste, nouvelliste, publiciste. Le tout,  formant des maillons de la grande chaîne journalistique œuvrant pour le compte d’un quelconque média.

La radio, comme canal d’information, vecteur de formation, source de divertissement devient depuis des lustres un outil indispensable dans la vie quotidienne des peuples. Comme pour le malade qui a besoin de consulter un médecin pour se faire soigner, l’individu, peu importe son rang social nécessite la radio, tant pour sa formation que sa distraction.

Donc, à l’instar de n’importe quelle autre activité professionnelle, s’exprimer à la radio comme journaliste, animateur, chroniqueur exige une certaine rigueur, relative aux principes du métier.

Quelques années avant, parler à la radio était un titre honorifique en Haïti. Les journalistes, les animateurs, les analystes politiques, les chroniqueurs, les publicistes, les critiques étaient des têtes cultivées, des voix respectées. Ils maîtrisaient avec art ce qu’ils faisaient. Du professionnalisme, de l’étique, de l’amour pour le métier, tout paraissait bien confectionné pour faire du journalisme une activité professionnelle d’une certaine classe. Bob Lemoine, Félix Lamy, Jacques Maurice, Jean Léopold Dominique, Michelle Montas, Sony Bastien, Francois Latour, sont entre autres des figures modèles de cette génération de journaliste, ayant marqué leur passage sur le paysage radiophonique haïtien.

A noter qu’à l’époque, la machine technologique n’était pas encore ce qu’elle est aujourd’hui. Cependant, avec les ressources disponibles, ces hommes et femmes ont marié leur savoir-faire avec le support de leur voix pour fournir un travail exceptionnel. Ils développaient un sens aiguisé pour la communication.

Le déclin

Dans son dynamisme permanent, le temps bouge, et  l’homme évolue avec son environnement. Aujourd’hui nous vivons les années 2010, la radio haïtienne n’émet plus dans ce format restreint où une dizaine de fréquences partage les bandes AM et FM du cadran pour desservir la population. C’est plus le temps des émissions à ondes courtes. Bref tout a révolutionné. Maintenant, c’est le temps du relais ou de l’Internet. Ce qui réduit les distances de l’info entre ce qui fait à Port-au-Prince et les autres villes de province, entre ce qui se passe à Lisbone (Portugal) et Tiburon (Haïti). Pourtant, il parait que  ces avantages sont loin d’être bénéfiques  à certains hommes de presse.

« Tous les chemins mènent à Rome », pour reprendre le vieux dicton. Cherchant  à fuir le chômage chronique qui frappe le pays par tous les moyens, bon nombre de gens, enquêtant d’un aller-mieux à leur situation, se voient intégrer certaines sphères non cohérentes à leur profil. Le secteur médiatique en est l’un des plus touchés.

Actuellement en Haïti, être journaliste ou être animateur à la radio a l’équivalence de n’importe quelle autre activité de peu de valeur de la vie courante. Les gens de toutes couches s’approprient du titre honorifique d’homme de micro.

Bénéficiant parfois de la complicité aveugle de certains patrons de ces organes de presse, qui, pour la plupart d’entre eux ne s’intéressent bien souvent qu’aux côtés économiques, beaucoup de voix, peu importe le niveau intellectuel ou l’amour pour la radio envahissent la bande FM (Fréquence Modulée) haïtienne.

Du matin au soir, on les entend commenter l’actu sociopolitique comme bon leur semble, analyser les activités artistico-culturelles à leur guise. Ces nouveaux hommes de micro qui, pour la majorité d’entre eux n’ont pas fréquenté une école de communication ou un centre de formation en journalisme, n’épargnent jamais les tympans avisés de leurs phrases mal construites, leurs analyses mal habillées.

« Il fallait quand même avoir une bonne diction, pouvoir s’exprimer clairement en respectant les règles de grammaire et de stylistique. Il y avait un directeur de programmation compétant et influant qui ne laissait pas passer n’importe quelle connerie à l’antenne », m’a dit un animateur sénior qui se mord les doigts en constatant à quel niveau de médiocrité,  fonctionne vaguement certains animateurs. « Aujourd’hui n’importe quoi passe à la radio. On entend des profanités à n’importe quelle heure de la journée sans aucun respect pour les enfants qui sont à l’écoute. La plupart de nos travailleurs de la presse ne respecte pas aucun code d’étique. Ceux qui font la différence sont piétinés, oubliés, négligés et même engloutis par les médiocres », a-t-il conclut sur un ton désespéré.

Aujourd’hui, à Port-au-Prince (capitale du pays) comme dans certaines villes de province. À l’image des stations de radio qui poussent comme des champignons sur le cadran de la  Fréquence Modulée, des nouveaux animateurs, chroniqueurs sportifs, analystes politiques, commentateurs culturels, publicistes, naissent à la vitesse de l’éclair.

Dans les émissions de débats, c’est une atmosphère accablante. N’importe qui interroge n’importe qui, lance n’importe quelle question sur n’importe quel sujet, lequel, souvent qu’il (l’intervieweur) ne maîtrise ou ne connait même pas. Ils émettent n’importe quoi sans le moindre respect pour ceux qui sont à l’écoute. Hélas, c’est une dérive totalitaire.

Actuellement, le micro se sert moins à l’instruction, mais plus à la vantardise, dans la plus pure des médiocrités, vu nous vivons une société où n’importe qui pense pouvoir être n’importe quoi, où également l’inaceptable devient presque l’acceptable. Le micro devient un couloir pour «se vedettariser », mais non un espace pour former, informer et divertir comme l’exigent bien les principes déontologiques du métier journalistique. Cependant, en dépit de tout, il y a pas mal de jeunes à l’image de certains aînés, encore présents sur le terrain qui se distinguent valablement dans le secteur.

Minime qu’il soit, outre la FASH (Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’Etat d’Haïti), le pays est doté de plusieurs écoles en communication, disponibles à inculquer les notions de base de la communication et du journalisme aux personnes voulant emprunter cette voie.

Donc, dans la perspective de l’autre et de la nouvelle Haïti, ceux qui veulent se faire une place dans le secteur médiatique avec le micro comme arme sensible et fragile doivent tout d’abord prendre le chemin de l’école, car la radio peut contribuer à l’épanouissement d’un individu sur tous les plans, mais elle peut-être aussi nuisible lorsqu’on l’attribue autres sens que ceux d’informer, de former et de divertir.

De ce fait, il y a obligation de se former avant même de s’autoproclamer journaliste, animateur (homme de micro). Car, s’exprimer à la radio demandent et la matière et la manière. Et je vous jure que Daniel Marcelin, Joe Dams, Ed Lozama, BJ Latortue, Clarens Renoit, Smoye Noisy ces vieux de la vieille ne vous diraient pas le contraire.

 Osman Jérome

 

 


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Osman
Licencié en Psychologie, diplômé en communication sociale. Passionné des médias, durant plusieurs années, j’ai collaboré avec plusieurs radios et télévisions en Haïti. Amoureux des lettres, je fais du blogging tout d'abord par passion à l’écriture. Il est aussi important de signaler que je suis un photographe "amateur" qui veux tout immortaliser sur mon passage.

4 réflexions au sujet de « Qui parle à la radio en Haïti? »

  1. Excellent article cher Osman. Tu commence deja a faire la difference et je te souhaite bonne chance et surtout du courage. Qu’Allah te protege.

    Bien a toi…

    Frangin..

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